Manuel Valls et Marine Le Pen sont aujourd’hui, et haut la main, les deux personnalités politiques préférées des Français. Le ministre de l’Intérieur est en tête dans toutes les études d’opinion et, selon le dernier sondage CSA/BFMTV publié ce matin, 46% de nos compatriotes estiment que la présidente du Front National est la meilleure opposante à Hollande, loin devant Fillon, 18%, Copé ou Mélenchon, 13%, Bayrou ou Borloo, 5%. En clair, la France se radicalise de plus en plus et rejette désormais les notables installés, qu’ils soient au pouvoir ou qu’ils l’aient été. Elle veut « du neuf » pour tenter de s’en sortir. On a tout dit sur la montée du FN et on attend les prochaines élections, municipales et européennes, pour voir jusqu’où Marine Le Pen pourra conduire ses troupes. Le succès de Manuel Valls pose davantage de problèmes. Jusqu’à présent, le ministre de l’Intérieur guerroyait avec Christiane Taubira et Cécile Duflot. Cela faisait un peu désordre au sein du gouvernement mais, la garde des Sceaux étant radicale et la ministre du Logement étant écologiste, ces affrontements semblaient n’être que des querelles classiques dans une majorité incohérente que le chef de l’Etat était incapable de maitriser. Maintenant, c’est avec le Premier ministre que le ministre de l’Intérieur a maille à partir. Et l’expression est bien faible. Visiblement, Valls veut la peau d’Ayrault pour le remplacer à Matignon. Hollande s’imagine que Valls est sa meilleure (sa seule) arme pour tenter de contrecarrer le FN, notamment sur les thèmes de l’immigration et de l’insécurité. Ravi de l’aubaine, Valls fonce tête baissée, multiplie les opérations coup de poing (et coup de pub) dans les quartiers de non-droit, les expulsions (médiatisées) de clandestins et gagne chaque semaine des points dans les sondages. Rien ne dit que Valls fera reculer le FN en adoptant son langage et ses postures. Mais il est évident que la situation devient totalement intenable et que cette « cohabitation » entre un ministre de l’Intérieur « de droite » et flamboyant et un Premier ministre inexistant et se voulant « de gauche » ne pourra plus durer très longtemps. Même si Hollande n’a jamais pu choisir, arbitrer, trancher, il va bien falloir, cette fois, ou qu’il vire Valls qui va continuer à multiplier les provocations en tous genres ou qu’il capitule devant l’agressivité du bonhomme et qu’il le nomme Premier ministre. Virer Valls serait évidemment faire plaisir aux « alliés », Front de gauche et écologistes, qui ruent de plus en plus dans les brancards, à une grande partie du PS qui déteste souverainement le ministre de l’Intérieur et donner un sérieux coup de barre à gauche ce que l’opinion n’apprécierait sans doute pas. Le nommer à Matignon serait faire éclater la majorité présidentielle, scandaliser la gauche militante, renier un bon nombre de promesses mais donnerait un coup de pied dans la fourmilière et, peut-être, permettrait à Hollande de repartir d’un nouveau pied pour la suite de ce quinquennat qui sombre dans tous les abîmes. Certes, à Matignon, Valls triomphant deviendrait un redoutable concurrent pour Hollande dans la perspective de 2017. Sauf que… pour un président, le meilleur moyen d’éliminer un adversaire c’est en faire son Premier ministre pour qu’il se casse les dents. Mitterrand a tué Rocard en le nommant à Matignon et aucun Premier ministre en poste n’a jamais pu se faire élire président, ni Chirac en 1988, ni Balladur en 1995, ni Jospin en 2002. Si Hollande ne tranche pas, ni dans un sens ni dans un autre, les Français, submergés par la crise et écoeurés de tout, vont continuer à assister, avec mépris et dégoût, à ce spectacle affligeant d’un pouvoir incompétent et incohérent où les acteurs s’étripent à plaisir sous les huées du public qui va bientôt jeter des tomates sur le metteur en scène qui ne sait même plus quelle pièce il est en train de jouer. Et Valls deviendra alors le meilleur des candidats de la gauche pour affronter en 2017 Marine Le Pen et accessoirement Sarkozy, Fillon ou Copé.

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