Nicolas Sarkozy a peut-être abusé bien souvent de la naïveté de ses électeurs mais il n’a sûrement jamais « abusé de la faiblesse » de Liliane Bettencourt. Il n’en avait pas besoin. La famille Bettencourt a toujours arrosé très copieusement la droite et, bien souvent, la gauche. Comme d’ailleurs la plupart de nos grandes fortunes. Quand on est milliardaire, on se doit d’avoir ses « bonnes œuvres » et de ménager l’avenir quel qu’il soit. Le procès qu’on faisait à l’ancien président était donc absurde et le non-lieu que vient de prononcer la justice était plus que prévisible. Rappelons qu’en plus l’accusation ne portait pas sur d’éventuels financements plus ou moins occultes de sa campagne mais sur cet « abus de confiance » sur une vieille dame ne possédant plus tous ses moyens (intellectuels). Il est invraisemblable que la justice française se soit saisie d’une telle affaire et qu’on ait laissé un petit juge hargneux poursuivre pendant des mois cette piste qui ne pouvait être visiblement qu’un cul-de-sac. Certains espéraient sans doute éliminer ainsi Sarkozy de notre vie politique. C’était bien mal connaitre le bonhomme qui, comme tous les taureaux, n’est jamais aussi teigneux que quand on lui plante des banderilles dans l’échine. Certes, Sarkozy traine encore un bon nombre de casseroles tintinnabulantes derrière lui : l’affaire Karachi et le financement par des rétro-commissions de la campagne d’Edouard Balladur en 1995, l’affaire Tapie et son règlement à l’amiable, entre « copains », qui a coûté une petite fortune à la République, l’affaire des sondages de l’Elysée qui ont été pour le moins juteux pour l’âme damné du président, le funeste Buisson. Sans parler d’un éventuel financement de sa campagne par Kadhafi en personne. Tout le monde est intimement convaincu que les sous-marins vendus au Pakistan ont permis de financer la campagne de Balladur, que l’affaire de Tapie n’est pas nette et que les sondages étaient inutiles et en tous les cas surpayés. Et quelques-uns se demandent pourquoi Sarkozy a voulu faire abattre Kadhafi plutôt que de le faire remettre à la justice internationale. Mais chacun sait qu’on ne pourra jamais impliquer personnellement Sarkozy dans toutes ces magouilles et que ce seront toujours les lampistes qui trinqueront. Il n’y a d’ailleurs pas eu de non-lieu pour Eric Woerth dans l’affaire Bettencourt. La justice peut tenter de salir un « grand » mais, au moment de prononcer son verdict, elle doit se contenter des « petits », des sous-fifres, de la piétaille, des larbins. On peut parier que ni Mitterrand, ni Chirac, ni Sarkozy, ni Hollande ne se sont jamais promenés avec des valises bourrées de billets de banque. Pas plus qu’ils n’ont jamais signé le moindre reçu ou le moindre ordre précis et compromettant. Il y a des trésoriers de campagne, des directeurs de cabinet, des « amis » pour toutes ces basses besognes. Les « patrons » pataugent dans la boue mais ne se salissent jamais les mains. « C’est à ça qu’on les reconnait » aurait pu dire Audiard. Toujours responsables mais jamais coupables, la formule est connue. Rabelais écrivait dans Gargantua : « Les lois sont comme les toiles d’araignées ; les simples moucherons et petits papillons y sont pris ; les gros taons malfaisants les rompent et passent à travers ». Quelques siècles plus tard, Balzac reprenait dans La Maison Nucingen la comparaison : « Les lois sont des toiles d’araignées à travers lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites ». Autant dire qu’il n’y a jamais rien de bien nouveau sous le soleil.

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