Marine Le Pen est convaincue qu’elle entrera à l’Elysée « dans les 10 prochaines années ». Tout le monde a souri en l’entendant l’affirmer hier sur LCI. Mais les sourires étaient tout de même un peu jaunes. Certes, le canton de Brignoles n’est pas la France, mais la très large victoire dans cette petite ville du Var du candidat du Front National, Laurent Lopez, contre la candidate de l’UMP, Catherine Delzers (53,9%/46,1%) confirme bien l’inexorable montée du parti de Marine Le Pen, même si cette région du midi est, depuis longtemps, plutôt favorable au FN et même si le FN avait déjà une fois gagné ce canton avant que l’élection ne soit annulée. Au soir du premier tour, on nous avait dit que la large avance de Laurent Lopez était due au fort taux d’abstention, 67%, et qu’il suffirait que l’UMP et la gauche mobilisent leurs troupes au sein d’un « front républicain » pour faire barrage à l’extrême-droite. Or, hier, la participation a été beaucoup plus importante, 47% contre 33%, et le FN l’a bel et bien emporté, preuve que des abstentionnistes du premier tour sont allés voter pour le FN au second et, bien sûr, que le « front républicain » ne fonctionne plus. Commentant ce scrutin, Jean-François Copé n’a rien trouvé de mieux que de déclarer : « C’est le résultat d’une gestion désastreuse de la ville par le parti communiste et du pays par la gauche ». On tombe à la renverse ! Le président de l’UMP ignore donc que la candidate battue n’est ni du PC ni du PS mais… de l’UMP. La victoire du FN est « le résultat d’une gestion désastreuse du pays » par la gauche et… la droite, toutes deux mises dans le même sac par des électeurs qui n’en peuvent plus de l’incompétence des deux partis « de gouvernement » qui alternent au pouvoir depuis des décennies. Tant que les Français verront le chômage, les impôts, les déficits augmenter, le pays se dégrader d’année en année, un gouvernement incapable de tenir la moindre de ses promesses et une opposition incapable de présenter un programme cohérent, le Front National engrangera de plus en plus de militants, de sympathisants, d’électeurs. Car maintenant toutes les barrières, tous les fossés, toutes les lignes rouges qui permettaient d’ostraciser le parti de la famille Le Pen disparaissent les uns après les autres. D’abord, il n’est plus guère possible de considérer les électeurs du FN comme des « fascistes », des « néo-nazis », d’anciens « collabos » ou des nostalgiques de l’Algérie française. Ensuite, les deux thèmes qui avaient fait la fortune du FN, l’immigration et l’insécurité, sont depuis des années repris en chœur aussi bien par la droite que par la gauche, de Sarkozy à Manuel Valls. Enfin, attaquer Marine Le Pen sur ses idées à propos de l’Europe ou de la mondialisation devient chaque jour plus difficile. L’Europe a sans doute permis de sauver la Grèce mais n’a rien pu faire contre la crise, le chômage, l’insécurité ou l’immigration. Et le déficit de plus en plus catastrophique de notre balance du commerce extérieur démontre, si besoin en était, que la mondialisation n’est pas une véritable chance pour nous et qu’un minimum de protectionnisme ne serait pas absurde. Bref, on ne voit plus pourquoi les chômeurs, les défavorisés, les exclus, les classes moyennes, tous ceux qui ne veulent plus entendre parler ni de Hollande ni de Sarkozy, de Fillon, de Copé, de Borloo ou de Bayrou hésiteraient encore à voter pour Marine Le Pen. Jusqu’à présent, la droite l’emportait quand les Français rejetaient la gauche et vice-versa. Aujourd’hui, ils rejettent à la fois et avec la même vigueur rageuse la droite et la gauche. C’est « tout bénéfice » pour le camp des abstentionnistes mais le FN en ramasse tout de même des miettes de plus en plus consistantes. Le FN va sûrement faire un joli score aux municipales et un encore plus beau aux Européennes. Si le PS et l’UMP ne réagissent pas à ces énièmes avertissements, ne se remettent pas fondamentalement en cause et ne s’attaquent pas aux vrais problèmes des Français en faisant table rase de « l’exception française », des « avantages acquis », du « modèle républicain » (qui ne veut plus rien dire), Marine Le Pen, pourrait bien, aussi incroyable que cela puisse paraitre, se rapprocher dangereusement du 55 de la rue du Faubourg Saint Honoré… Et Hollande et ses amis, Sarkozy et les siens ne pourront pas dire qu’ils n’ont pas été prévenus.

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