Marine Le Pen ne veut plus qu’on qualifie le Front National de parti « d’extrême droite » et menace même de poursuivre en justice tous ceux qui s’y hasarderaient. La chose est « extrêmement » surprenante. D’abord, il est curieux que la propre fille de Jean-Marie Le Pen qui a été, lui-même, poursuivi en justice dans des conditions souvent bien contestables, reprenne les méthodes des associations et autres groupuscules « droits de l’hommistes » qui allaient devant les tribunaux pour faire condamner Le Pen et ses dérapages verbaux. Marine Le Pen devrait savoir qu’en France, « pays de toutes les libertés » n’importe qui a (ou du moins devrait avoir) le droit de dire ce qu’il pense. Le Front National s’est assez insurgé, à juste titre, contre toutes les lois liberticides prises ces dernières années, depuis la fameuse Loi Gayssot, pour ne pas menacer aujourd’hui d’en faire usage à son tour. Ensuite, on ne voit pas en quoi l’expression « extrême-droite » pourrait avoir quelque chose d’infamant. Certes, la droite la plus classique, la plus modérée, a honte d’elle-même au point de ne plus s’assumer comme telle et de verser, bien souvent, dans un gauchisme qu’elle pense de bon aloi. Mais la force du FN était, précisément, de se revendiquer comme étant vigoureusement, résolument, « extrêmement » à la droite d’une droite qui n’était plus de droite. Etre « extrêmement » quelque chose, quand on peut considérer ce quelque chose comme parfaitement honorable, n’a rien de répréhensible et ne peut pas être considéré comme injurieux. Enfin, on peut se demander si, sur sa lancée, Marine Le Pen ne va pas bientôt refuser qu’on taxe le FN d’être tout simplement « de droite ». Marine Le Pen qui n’a jamais été si haute dans les sondages et qui se lèche déjà les babines à l’idée des scores que son parti pourrait obtenir lors des prochaines municipales et, plus encore, lors des européennes, veut « banaliser » le Front National, devenu souvent « parti Bleu Marine », pour le rendre « fréquentable » non seulement par les électeurs mais aussi par les élus de l’UMP qui auraient besoin d’alliés pour tenter de l’emporter. Elle a déjà réussi à « dé-diaboliser » son parti aux yeux d’un bon quart de l’électorat qui se dit prêt à voter pour elle. Elle a réussi aussi à séduire au sein même de l’UMP puisqu’un François Fillon se dit aujourd’hui capable de voter pour un candidat FN plutôt que pour un candidat PS, pour peu que le premier soit « moins sectaire » que le second. Mais après avoir récusé en grande partie « l’héritage de papa » et élaboré un programme économique qui ressemble, à bien des égards, à celui de… Mélenchon, ne court-elle pas le risque de « perdre son âme pour gagner les élections » ? Elle a su plaire en attaquant l’UMPS et en faisant remarquer à quel point les deux grands partis de gouvernement menaient plus ou moins la même politique. En ne voulant plus qu’on la considère comme étant « ailleurs », à l’« extrême-droite », hors de l’éternel petit jeu de la politique politicienne et politicarde, elle veut rassurer. Elle n’a pas compris que ceux qui la rejoignaient étaient les plus inquiets, les plus révoltés, les plus furieux. Ceux qui étaient justement « extrêmement » mécontents. En niant l’évidence –car vouloir sortir de l’euro, voire même de l’Europe, et, plus encore, chasser l’immigré c’est être d’« extrême-droite »- elle va, peut-être, encore gagner quelques voix mais elle pourrait perdre sa place « à part » qui faisait sa fortune sur l’échiquier politique français. L’avantage considérable qu’avait le FN sur tous les autres c’était qu’il était le seul à n’avoir jamais été au pouvoir. Il pouvait donc jouer les chevaliers blancs. Maintenant que Marine Le Pen croit qu’elle pourrait monter sur les premières marches du trône, elle se met à faire comme les autres, elle ment sans pudeur et se met un faux nez qui se voit… comme le nez au milieu du visage. Même si elle nous menace de toutes les foudres de la justice, nous serons encore un certain nombre à considérer que le Front National, y compris dans sa version Bleu Marine, est un parti… d’ « extrême-droite ».

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