Chacun se réjouit, bien sûr, de la libération de nos quatre otages que les terroristes islamistes détenaient au fin fond du désert depuis plus de trois ans. C’est enfin une bonne nouvelle au milieu d’un déluge de catastrophes. On ne connait pas les conditions exactes de leur libération. Ont-ils été échangés contre des rebelles que nous aurions fait prisonniers au cours de l’opération Serval ? La France a-t-elle payé une lourde rançon ? Des personnalités touareg à mi-chemin entre le gouvernement de Niamey et la rébellion ont-elles voulu faire la preuve de leur bonne volonté ? On ne saura jamais la vérité quelles que soient les déclarations officielles qui, comme c’est la règle dans toutes les affaires d’otages, affirment qu’il n’y a pas eu le moindre troc. Mais personne n’est dupe. Les preneurs d’otages ne libèrent jamais leurs prisonniers pour les beaux yeux de la République. Ce matin, tous les commentateurs se demandent si cet heureux dénouement va permettre à François Hollande de redorer un tant soit peu son blason et de regagner quelques points dans les sondages. On veut espérer que le président de la République n’aura pas l’impudeur de s’attribuer le mérite de ce succès et qu’il n’imitera pas son prédécesseur qui prétendait toujours avoir été seul à la manœuvre et avoir lui-même libéré nos compatriotes enlevés. Tout le monde sait parfaitement que ces opérations, bien délicates, sont menées par de grands professionnels de l’armée, des services secrets ou de notre diplomatie, avec généralement l’aide de personnages parfois peu recommandables. L’Elysée se contentant de donner son feu vert pour l’ultime phase des négociations. Ayant été mêlé étroitement pour des raisons purement professionnelles à la première grande affaire d’otages français (l’affaire Claustre en 1975) je peux attester que tout s’était fait entre des diplomates –et notamment notre ambassadeur à Tripoli, le très brillant et regretté Guy Georgy- des officiers du 1er RPIMa de Bayonne, quelques « anciens du Tchad » connaissant parfaitement les us et coutumes des Toubous et une certain nombre d’intermédiaires plus ou moins véreux (qui n’avaient servi à rien). Les rares interventions du président de la République d’alors, Valéry Giscard d’Estaing, et du ministre chargé du dossier, le bien médiocre Pierre Abelin, n’avaient fait que compliquer les choses à plusieurs reprises. Il n’y a guère de doute que le mérite de la libération de nos quatre otages d’Arlit revient aux successeurs de ces hauts ou anciens hauts fonctionnaires que leurs fonctions obligent, bien sûr, à rester dans l’ombre. Les Français vont-ils savoir gré au chef de l’Etat de ce succès ? On peut en douter. D’abord, parce qu’aucune libération d’otage n’a jamais bénéficié à aucun de ses prédécesseurs. Ensuite et surtout, parce que François Hollande est désormais totalement « carbonisé ». Les Français ont compris que sa politique échouait sur tous les fronts, le chômage, les déficits, le redressement (« productif ») de notre économie et voient leur vie quotidienne se dégrader de jour en jour. Pire, ils estiment maintenant que François Hollande est totalement incapable d’assumer ses fonctions. Ses hésitations permanentes, ses volte-face, ses reculades, son incapacité à tenir sa majorité l’ont, sans doute à tout jamais, discrédité. Après dix-huit mois de pataugeage, on l’a vu se noyer ces derniers jours avec sa gestion stupéfiante de l’affaire Léonarda, son abandon des surtaxes sur l’épargne et sa capitulation devant les manifestants bretons. Il est groggy. K.O. Allongé les bras en croix au milieu du ring. Même certains de ses amis se demandent maintenant comment il pourra attendre encore trois ans et demi pour entendre le coup de gong final. Alors ce n’est pas parce qu’il aura accueilli ce matin, à Villacoublay nos quatre compatriotes libérés qu’il pourra se remettre sur pied et que les 73% de Français qui ne veulent plus entendre parler de lui changeront brusquement d’opinion. D’ailleurs, même s’il gagne 1 ou 2 points, pour quelques jours, dans les sondages, il restera le président le plus rejeté de toute la Vème République.

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