On en revient toujours à la fameuse phrase de Jean-Pierre Chevènement « Un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne ». Mais Chevènement avait oublié une troisième solution. Un ministre qui ouvre sa gueule et ne démissionne pas… se fait virer du gouvernement. Sinon, c’est le chef d’Etat qui est ridicule. Depuis l’arrivée de François Hollande à l’Elysée, un bon nombre de membres du gouvernement ont ouvert toute grande leur gueule, tantôt contredisant le chef de l’Etat, tantôt se contredisant les uns les autres. Aucun n’a démissionné et seule la pauvre petite Delphine Batho a été virée, pour l’exemple. Le problème n’est pas tant que le chef de l’Etat soit incapable de faire preuve d’autorité, de taper sur la table, de mettre un terme à tous ces « couacs » à répétition et d’imposer à ses ministres un minimum de discipline. Le problème, autrement plus grave, est qu’en ayant constitué cette équipe incohérente et en refusant d’arbitrer entre les uns et les autres, François Hollande démontre tous les jours qu’il ne sait pas ce qu’il veut, qu’il n’a aucune vraie politique, aucun cap précis et qu’il navigue (et coule) à vue. On ne sait toujours pas s’il est pour la croissance ou pour l’austérité, s’il est pour ou contre la « pause fiscale » évoquée par son propre ministre des Finances, Pierre Moscovici, qui s’est dit conscient du « ras-le-bol fiscal » de Français, s’il est pour ou contre la réforme pénale de sa Garde des Sceaux Christiane Taubira qui veut remplacer la prison par des « peines probatoires » incertaines, pour ou contre la réforme des rythmes scolaires imposée par son ministre de l’Education Nationale Vincent Peillon et qui provoque déjà la colère des parents d’élèves, pour ou contre une nouvelle politique d’immigration comme l’a souhaitée son ministre de l’Intérieur Manuel Valls, ni même pour ou contre le travail le dimanche dans les grandes surfaces de bricolage. François Hollande laisse ses ministres s’étriper à coup de petites phrases assassines, rappelle à chaque Conseil des ministres, ou presque, le « devoir de solidarité » des membres du gouvernement et fait nommer une commission pour étudier le problème soulevé, comme s’il n’avait lui-même aucune idée sur la question. Non seulement le chef d’orchestre n’a pas de baguette pour taper sur les doigts des chahuteurs mais, surtout, il n’a aucune partition sur son pupitre. En fredonnant sa petite rengaine social-démocrate, il laisse Taubira taper sur son tam-tam, Duflot jouer du pipeau, Montebourg du cornet à piston après avoir tenté le clairon, Valls du (premier) violon, chacun interprétant, bien sûr, son propre morceau. L’affaire des Roms est très révélatrice. Reprenant tous les grands airs de Sarkozy, Manuel Valls a énoncé quelques vérités premières en affirmant que ces citoyens roumains ou bulgares posaient un problème en occupant illégalement des terrains publics ou privés et sans qu’on sache d’où pouvaient bien provenir leurs revenus. Et il était allé jusqu’à dire qu’il était impossible d’intégrer la très grande majorité de ces nomades qui refusaient de se sédentariser. Il était évident que de tels propos, trop frappés au coin du bon sens, ne pouvaient que scandaliser une gaucho-verdoyante comme Cécile Duflot qui, toute ministre du Logement qu’elle est, n’a d’ailleurs toujours rien prévu pour loger ces nomades ailleurs que dans leurs roulottes misérables. Par définition, on ne peut demander ni à un émule de Sarkozy ni à une héritière de mai 68 de « fermer sa gueule ». Hollande, remis une fois de plus en face des incohérences de son orchestre cacophonique, aurait donc dû trancher, c’est-à-dire virer l’un des deux solistes pour faire savoir clairement quel était son choix, sa politique, son cap. Qu’a-t-il fait ce matin lors du Conseil des ministres qui devait ressembler à un conseil de classe ? Rien. Il a rappelé que la République avait des valeurs, ce qui ne mange vraiment pas de pain, et que les ministres devaient être solidaires entre eux, ce qui a dû en faire rigoler plus d’un. Et il a poussé le ridicule jusqu’à ajouter que c’était « la dernière fois » qu’il tolérait ce genre de désordre. Les spécialistes en hollandisme nous disent qu’à quelques mois de municipales qui s’annoncent pour le moins difficiles, le président a besoin de tout le monde –des écolos comme de Valls- pour tenter de limiter la casse. Ce n’est pas sûr car il n’y a rien de plus dévastateur pour lui que le spectacle de ce gouvernement qui ressemble à une auberge espagnole qui sert aux Français un mélange de couscous, de paella et de soupe à la grimace. Autant dire une ragougnasse infecte. Dans la situation catastrophique où se trouve la France aujourd’hui, les Français veulent savoir si le capitaine du pédalo met le cap à droite, à gauche, au centre. A force d’être ainsi ballotés dans tous les sens et de faire des ronds dans l’eau au milieu de la tempête, les passagers ont le mal de mer. On nous dit que François Hollande veut ratisser large. C’est le meilleur moyen pour lui de prendre ce que les jeunes appellent… « un râteau ».

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