François Fillon reconnait, ce matin, dans le Journal du Dimanche, qu’il est… « en compétition » avec Nicolas Sarkozy pour la prochaine élection présidentielle. On s’en doutait un peu. Mais cet « aveu » prouve deux choses. D’abord, qu’il est intimement convaincu que Sarkozy va bel et bien se présenter en 2017, conviction que partagent depuis longtemps tous ceux qui connaissent un peu l’ancien président. Ensuite, qu’il est lui-même bien décidé à « casser un peu de vaisselle » (c’est sa propre expression) pour apparaitre aux yeux des électeurs comme autre chose que l’ancien « collaborateur » docile et soumis de Sarkozy. En fait, l’ancien Premier ministre reproche maintenant à l’ancien président de n’avoir pas su mener pendant son quinquennat la politique de « rupture » qu’il avait promise pendant sa campagne électorale. On peut donc en déduire que Fillon veut reprendre à son compte le thème de la « rupture » et nous faire une campagne à la Sarkozy version 2007. Il n’y a aucun doute que les Français veulent une « rupture » et que la situation du pays qui dégringole de plus en plus dans l’abîme imposerait, depuis des années, des changements radicaux dans tous les domaines. D’ailleurs, tous les candidats à toutes les présidentielles nous ont toujours fait miroiter ces promesses de « rupture », depuis Giscard qui voulait -en 1974 !- faire de la France un « chantier de réformes ». Il faut malheureusement constater, qu’ils aient été de droite ou de gauche, qu’ils ont tous lamentablement échoué à changer, en quoi que ce soit, la maudite « exception française ». Fillon nous promet « dix réformes » qu’appliquerait « un commando de dix ministres » : baisse du coût du travail, fin des 35 heures, réduction du nombre des fonctionnaires, fusion régions-départements, etc. Des bonnes idées qu’on a, hélas, déjà entendues cent fois. Idem d’ailleurs pour la réduction du nombre des ministres. La question est de savoir si le « gentil » Fillon qui, pendant tout le dernier quinquennat, a avalé toutes les couleuvres que lui faisait ingurgiter Sarkozy, a cautionné toutes les reculades, a toléré toutes les volte-face est le mieux à même d’incarner aujourd’hui cette « rupture » après un demi-siècle de médiocrité social-démocratique. On peut en douter. Ce ne serait pas la première fois qu’un ancien Premier ministre se présenterait contre son ancien président. En 1981, Chirac s’était présenté contre Giscard. Mais Chirac avait démissionné avec éclat de Matignon en 1976 en affichant publiquement tous ses désaccords avec le chef de l’Etat et en créant sa propre machine de guerre, le RPR qui s’en prenait aussi bien à la gauche qu’à la droite molle de VGE. Fillon, lui, s’est accroché à Matignon comme une moule sur son rocher, a participé à la campagne présidentielle de Sarkozy en 2012 et n’est entré en « dissidence » qu’au lendemain de la défaite de son bienfaiteur. Depuis, non seulement il n’a pas été capable de s’emparer de l’UMP que lui a ravie sous le nez Jean-François Copé mais il ne sait visiblement plus sur quel pied danser. Lui qui se disait « gaulliste social » et héritier de Philippe Séguin a oublié la fameuse phrase de Georges Pompidou « La présidentielle se gagne toujours au centre ». Et, après avoir reproché à Sarkozy sa « droitisation », il a ignoré les centristes et s’est mis à faire, plus encore que Sarkozy, des sourires appuyés à l’électorat de Marine Le Pen. Après avoir abandonné, prudemment mais un peu pitoyablement, son fief de la Sarthe pour un siège de tout repos à Paris, après avoir loupé la présidence de l’UMP, Fillon erre entre deux eaux et, pour tenter d’exister, multiplie les déclarations surprenantes. Pour réapparaitre sur le petit écran, il veut « casser de la vaisselle » mais ne casse pas trois pattes à un canard. Il n’a pas remarqué que si Sarkozy refaisait « un malheur » dans tous les sondages c’était tout simplement parce que l’ancien président avait disparu. En politique, les absents ont toujours raison. Il faut savoir se faire oublier pour se faire désirer. Et il est vraisemblable que si Sarkozy réapparaissait, avec ses tics, son ton dominateur et tout ce qu’on lui reprochait, il s’effondrerait aussitôt dans toutes les études d’opinion. Si Fillon veut avoir une (petite) chance d’être « l’homme recours » en 2017, il ne faut pas qu’il nous sorte de son chapeau de prestidigitateur une nouvelle idée toutes les semaines. Il faut qu’il disparaisse des écrans et se taise jusqu’en 2016. Le vrai problème de Fillon et de tous les autres c’est que les Français ne veulent plus les voir. Nous les avons trop vus, ils nous ont trop menti, trop déçus. Et même s’ils se déguisent avec de nouveaux oripeaux et de nouvelles grimaces, ils ne pourront jamais se refaire… une virginité.

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