C’est curieux. Ce matin, en parcourant la presse, on s‘aperçoit que tous nos journaux ne font que poser des questions. Tous les titres ou presque ont des points d’interrogation. En principe, les journaux sont là pour répondre aux interrogations que pourraient éventuellement se poser les lecteurs. Aujourd’hui, ce sont les éditorialistes qui posent les questions (sans y répondre d’ailleurs) et le plus drôle est que non seulement ces questions ne se posent pas vraiment mais qu’en plus tous les lecteurs ont déjà les réponses. La presse se demande, le plus sérieusement du monde, s’il y a eu, ou non, un « versement de rançon » pour obtenir la libération de nos quatre compatriotes qui étaient otages des terroristes islamistes du Sahel depuis plus de trois ans. Or, tout le monde le sait. Qui pourrait croire un seul instant que ces bandes de rebelles auraient fait ce geste simplement par francophilie et pour faire plaisir à François Hollande ? Certes, ces émules africains de Ban Laden reçoivent des fonds importants de nos « amis » du Qatar et d’Arabie saoudite et arrondissent leurs fins de mois avec tous les trafics et notamment celui de la drogue. Mais le trafic des otages fait aussi partie de leurs vieilles traditions, depuis l’époque de l’esclavage. N’ayant pas pu lancer une opération commando pour récupérer nos otages, nous avons payé la rançon. Fabius et Le Drian ont beau jurer le contraire et rappeler que François Hollande avait clairement affirmé que la France ne paierait plus jamais, Hollande a fait comme tous ses prédécesseurs, Giscard, Mitterrand, Chirac et Sarkozy. Il a prélevé dans les fonds secrets et envoyé l’argent en petites coupures. Certains font remarquer que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ne paient jamais de rançon et que, du coup, leurs ressortissants sont moins souvent pris en otages que les nôtres. C’est vrai. Mais on peut aussi rappeler que leurs otages sont assassinés bien plus souvent que les nôtres. La presse du jour se demande ensuite si les clubs de football vont, ou non, devoir, comme tout le monde, payer la fameuse taxe des 75%. On sait qu‘ils ont décidé de faire grève pour protester contre cette mesure et que le président de la République les reçoit cet après-midi à l’Elysée. Là encore, le lecteur de base connait la réponse. Le président va affirmer solennellement que la loi est la même pour tous et que les clubs paieront. Mais, naturellement, sous la table et entre copains, on trouvera des « arrangements ». Personne ne peut imaginer qu’Hollande veuille déplaire au Qatar qui possède le Paris-Saint-Germain. Autre question, même naïveté, nos journaux se demandent, et là encore la plus sérieusement du monde, s’il y a, ou non, un « cabinet noir » à l’Elysée, Valeurs Actuelles ayant affirmé que des collaborateurs du président de la République organisaient, à coup de fuites dans la presse, une véritable campagne contre Nicolas Sarkozy, notamment avec l’affaire Tapie. C’est faire preuve de la plus totale ignorance des moeurs de la République que de se demander s’il n’y aurait pas dans l’entourage du chef de l’Etat quelques « pères Joseph » qui joueraient les Talleyrand, voire les Fouché, pour magouiller des chausse-trapes contre les opposants. Il y a toujours eu un cabinet noir ou du moins gris foncé rue du Faubourg Saint Honoré. Que faisaient d’autre les Foccart, Juillet, Grossouvre, Villepin, Guéant et consorts dans leurs beaux bureaux dorés si ce n’est essayer de déstabiliser l’adversaire ? Autre question du jour et toujours la même naïveté : « Les écologistes vont-ils quitter le gouvernement ? » Mais bien sûr que non et là encore tout le monde le sait. La soupe aux choux est trop bonne ! Comment imaginer qu’un parti politique qui ne représente rien dans le pays (2% à la dernière présidentielle) et qui a, malgré cela et en dépit de toutes les règles de la démocratie, un groupe à l’Assemblée et au Sénat et deux ministres au gouvernement souhaiterait disparaitre de la scène simplement… pour rester fidèle à ses engagements ? Enfin, dernière question du jour, certains audacieux se demandent si nous ne serions pas « à la veille d’un nouveau 1789 ». La question est plus pertinente. Il est vrai qu’il y a quelque chose de pourri dans le royaume de François Hollande et une odeur de poudre dans le pays. Mais nos commentateurs patentés ne savent pas, là non plus, répondre. Il est bien dommage que la presse ne donne pas davantage de réponses. A croire qu’à l’image du pouvoir, le « 4ème pouvoir » a désormais peur de regarder la vérité en face. Ou, sans doute, de la dire.

Mots-clefs : , , ,