Les clubs professionnels de football ont décidé de faire grève pour protester contre la taxe à 75% que le gouvernement veut imposer sur les salaires de plus d’un million d’euros. Même si l’on n’a jamais vu un match de football de sa vie et même si on a peu de sympathie pour ces stars du ballon rond qui touchent des salaires démentiels, on ne peut qu’applaudir à cette initiative. D’abord, à moins de remettre en cause tout le système capitaliste, on ne peut guère s’indigner réellement des sommes folles que touchent ces sportifs professionnels. Comme les vedettes de cinéma aux cachets comparables, ces joueurs encaissent énormément d’argent parce qu’ils rapportent énormément d’argent. Les talents sont sans doute différents mais les uns remplissent les salles de cinéma et les autres remplissent les stades et font exploser l’audimat. Sans eux, le cinéma se réduirait à quelques salles d’Art et d’Essai et le football aux cours de récréation. Ensuite, et comme toute notre économie, le football s’est internationalisé. Le meilleur club actuel, le Paris-Saint-Germain, appartient à des Qataris et son meilleur joueur, Zlatan Ibrahimovic, est suédois alors que les meilleurs joueurs français évoluent bien souvent, eux, dans des clubs étrangers, allemands, britanniques, italiens ou espagnols. Matraquer les clubs français serait évidemment faire fuir toutes les stars et tuerait le football français. Rappelons que le PSG compte dans ses rangs 5 Brésiliens, 3 Italiens, 2 Argentins, 1 Suédois, 1 Uruguayen, 1 Hollandais et 1 Haïtien. Imposer au-delà du supportable le PSG inciterait tous ces joueurs à suivre le chemin emprunté par Gérard Depardieu. Le fameux Zlatan aux buts acrobatiques ne joue pas à Paris par amour de René Char ou de Debussy mais, plus prosaïquement, pour de l’argent. Naturellement, on peut se dire qu’après avoir perdu toutes les batailles sur tous les fronts, la France peut parfaitement se contenter d’avoir des amateurs bénévoles pour taper dans des ballons ronds le dimanche après-midi. Mais il y a fort à parier qu’il y aurait beaucoup plus de Français pour hurler contre une telle dégringolade qu’il n’y en a pour protester contre la réforme des retraites. C’est bien connu, le peuple veut du pain et des jeux. Comme les Français n’ont déjà plus que des croutons rassis à grignoter, ce ne serait pas une bonne idée que de leur supprimer les jeux. Il va être intéressant de voir comment François Hollande jouera dans cette partie à hauts risques. On sait que pour « sortir de la mêlée », et éviter de « se faire plaquer au sol », il a l’habitude de « botter en touche ». Mais ça c’est du rugby, pas du football. Ici, il peut essayer de « dribler » (il sait faire) mais comme il est dans ce qu’il faut bien appeler, vu les sondages, « la surface de réparation » et qu’il a déjà écopé d’un bon nombre de « cartons jaunes », il ne faudrait pas qu’avec cette petite affaire il aille en « corner » ou, pire encore, qu’il hérite d’un « penalty », voire qu’il marque contre son camp. Une solution « à la Léonarda » comme, par exemple, tirer au sort les trois clubs qui seraient dispensés de cette taxe à 75% ou considérer qu’un club domicilié à Doha (capitale du Qatar) n’aurait pas à payer, serait tentante pour lui mais peu satisfaisante pour l’opinion. Bref, après « l’affaire Léonarda », nous entrons dans « l’affaire Zlatan », et le capitaine de l’équipe France qui va, très certainement, se prendre les pieds dans le ballon risque fort un carton rouge… de plus.

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