Comme le disent toujours les vaincus, une élection cantonale partielle n’est jamais… qu’une élection cantonale partielle. Mais quand la gauche a perdu toutes les élections partielles depuis son triomphe à la présidentielle, que les candidats du PS ont, le plus souvent, été éliminés dès le premier tour et qu’une fois de plus le Front National arrive en tête, une élection cantonale comme celle de Brignoles finit tout de même par avoir un sens. Cette fois, le premier tour à Brignoles est sans appel. Le candidat du FN, Laurent Lopez, obtient 40,40% des voix, très largement devant la candidate de l’UMP, Catherine Delzers, 20,80%, et le candidat du PC soutenu officiellement par le PS, Laurent Carratala, 14,6% et éliminé. Il faut ajouter qu’un dissident du FN qui a rejoint le Parti pour la France de Carl Lang, Jean-Paul Dispard, a obtenu 9,10% des suffrages ce qui fait que l’extrême-droite a recueilli à elle seule 49,5% des voix. Naturellement, on dira que le Var est un département particulier et qu’à Brignoles, en 2011, Jean-Paul Dispard, alors candidat du FN, l’avait emporté avec 5 voix d’avance sur le candidat communiste, avant de voir son élection annulée puis qu’en 2012 il n’avait été battu que de 13 voix par le communiste avant que cette élection ne soit à son tour annulée. Le Front National n’en est donc pas à ses débuts dans ce canton. Il n’empêche que ces 40% au premier tour font l’effet d’une petite bombe et que ni l’UMP ni le PS ne peuvent évoquer leurs propres divisions pour expliquer leur déroute puisque l’écolo Magda Igyarto-Arnoult, soutenu par le PS local, n’a obtenu que 8,9% et que l’UDI Christian Proust n’a recueilli que 6,2%. La gauche paie, évidemment, la politique menée par Hollande, la montée du chômage, la baisse des revenus, l’augmentation des impôts. La droite paie, tout aussi évidemment, ses divisions, ses incohérences et peut-être même encore le souvenir du quinquennat passé. Marine Le Pen n’a qu’à tendre son escarcelle pour y voir tomber toutes les voix des déçus, des mécontents, des furieux. Pendant des décennies, ces déçus, ces mécontents, ces furieux passaient d’un bord à l’autre, de la droite à la gauche et vice-versa, à chaque élection. C’était le fameux petit jeu de l’alternance. Ils sont de plus en plus nombreux à avoir trouvé une échappatoire à ce système de balancier et à ne plus hésiter à franchir le pas en tentant un vote qui leur paraissait jusqu’à présent inadmissible. On nous dit que Marine Le Pen a réussi à dé-diaboliser le parti de son père. C’est sans doute un peu vrai. Mais on peut surtout se demander si ce ne sont pas « les autres » qui, à force de se succéder comme des automates au pouvoir, de ne tenir aucunes de leurs promesses et d’échouer systématiquement dans tous les domaines, n’ont pas fait la fortune du FN. Les Français les ont essayés et réessayés, à tour de rôle, à tour de bête, pendant un demi-siècle. Ils en ont assez. Les uns –les riches et les jeunes- s’expatrient, d’autres, les plus nombreux, se réfugient dans l’abstention, quelques-uns se résignent à voter FN. Et il n’est pas sûr qu’un Sarkozy, qu’un Fillon ou qu’un Copé puisse aujourd’hui leur donner l’envie de rejouer une fois de plus cette alternance traditionnelle. Pour le second tour de Brignoles, le PS appelle à la formation d’un « Front Républicain » pour faire barrage au FN. On peut se demander si le parti du chef de l’Etat ne va pas désormais, à chaque élection, en être réduit à appeler ses militants et ses sympathisants à voter pour… l’UMP. 2017 pourrait bien ressembler à 2002. Si ce n’est que cette fois ce serait le président sortant qui serait éliminé…

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