Alors qu’on attend avec curiosité le second tour de l’élection cantonale de Brignoles où le Front National pourrait l’emporter, que Marine Le Pen gagne chaque jour des points dans tous les sondages, que Manuel Valls est parti en personne pour une croisade anti-FN, voici que François Fillon, l’homme qui a déclaré préférer, au nom du sectarisme, voter FN plutôt que PS, nous affirme aujourd’hui dans « Valeurs Actuelles » qu’il est meilleur que Sarkozy et que, quand on a été battu comme l’a été l’ancien président, on doit en tirer toutes les conséquences. On pensait Fillon plus malin. Il oublie –excusez du peu- qu’il a été le collaborateur docile et soumis de Sarkozy pendant cinq ans, qu’il a participé à la (bien mauvaise) campagne de Sarkozy en 2012, qu’il a lui-même dû émigrer de son fief de la Sarthe et se réfugier à Paris et qu’il s’est fait rouler dans la farine comme un bleu par Copé lors de la bataille pour la présidence de l’UMP. Il ne serait pas mauvais qu’il tire lui aussi toutes les conséquences de cette accumulation d’échecs et se remette un peu en question. Il n’a toujours pas compris que les Français qui ne supportent déjà plus ni le PS, ni l’UMP qui, depuis un demi-siècle, se sont montrés totalement incapable, l’un comme l’autre, d’apporter l’ombre du début d’une esquisse de règlement à tous les problèmes gravissimes du pays ne tolèrent plus les guéguerres de chefaillons, les combats d’égos, les querelles intestines et estomacales des partis. Fillon n’a donc pas vu de ses yeux les dégâts considérables que sa bataille au couteau avec Copé avait causés aussi bien pour l’UMP qu’à lui-même. En s’attaquant, cette fois bille en tête, à Sarkozy, devenu à la fois statue du Commandeur et arlésienne, il se tire une balle dans chaque pied. Comme l’ont fait certains amis de ce petit blog, il faut observer à la loupe les résultats de toutes les dernières élections partielles. On remarque alors qu’aux premiers tours le FN n’a guère augmenté le nombre de ses voix. Si l’UMP et le PS ont perdu des électeurs c’est moins Marine Le Pen que le camp des abstentionnistes qui les a récupérés. On peut donc dire que de plus en plus de Français rejettent les deux grands partis de gouvernement sans pour autant rejoindre celui qu’il ne faudrait plus qualifier d’« l’extrême-droite ». Certes, au second tour, la dédiabolisation réussie de son parti par Marine Le Pen lui permet de récupérer toujours davantage de voix qui s’étaient portées ailleurs au premier tour. Mais il serait plus juste de parler d’un rejet massif du PS et de l’UMP que d’une montée fulgurante du FN. Le système des vases communicants joue moins entre l’UMPS et le FN qu’entre l’UMPS et l’abstention. En fait, l’ennemi de la droite est moins le FN que la droite elle-même qui après avoir, pendant des années, montré à quel point elle était incapable de gouverner montre, depuis qu’elle a été battue, à quel point elle est incapable de jouer son rôle d’opposition et de présenter un programme cohérent et des dirigeants à la hauteur. Au lieu de « flinguer » Sarkozy, Fillon ferait mieux de se regarder dans la glace puis de regarder les Français par sa fenêtre. Il se dirait peut-être alors qu’il est inutile de courir après les voix de l’extrême-droite et que ce que les Français attendent, espèrent c’est une droite reconstruite avec -qui sait ?- un peu de gaullisme c’est-à-dire avec le sens de la France, de l’honneur, de l’Etat, du peuple. Mais nos petits marquis qui batifolent dans les allées du pouvoir depuis des décennies n’ont jamais su ce que voulaient dire ces mots, il est vrai considérés comme obsolètes par un bon nombre de leurs congénères. La gauche est désespérante, la droite affligeante.

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