Vincent Peillon, notre ministre de l’Education Nationale, fait afficher aujourd’hui une « Charte de la laïcité » dans toutes les écoles de France et de Navarre. On pensait, naïvement, que Jules Ferry avait déjà fait savoir quels étaient les droits et les devoirs de l’Ecole en matière de neutralité et que les « Hussards de la République » avaient su se conformer à ses instructions. Mais il est vrai qu’au fil des décennies tout a changé, notre société, nos enseignants, nos élèves, et que notre Ecole n’est plus ce qu’elle était et encore moins ce qu’elle devrait être. Il n’y a d’ailleurs plus de « Hussards de la République ». Un petit rappel aux grands principes n’était donc pas inutile. Les problèmes de notre Ecole sont nombreux et celui de la laïcité n’est sans doute pas le plus préoccupant. Notre Ecole ne sait plus préparer les jeunes à entrer dans la vie active comme le prouve le nombre des jeunes au chômage, ni même parfois leur apprendre à lire ou à écrire. Elle est incapable de transformer des « sauvageons » en citoyens en leur donnant un minimum de culture et de morale, incapable d’assimiler nos jeunes immigrés en leur faisant aimer leur nouveau pays. En 1936, Blum avait transformé le ministère de « l’Instruction » en ministère de « l’Education » ce qui voulait bien dire que, devant la défaillance de la famille et de l’Eglise, l’Ecole devait désormais prendre en charge toute la formation des enfants et des adolescents. Le moins qu’on puisse dire c’est que l’Ecole a échoué devant le gigantisme de la tâche qu’on lui assignait. Il est vrai que l’explosion de nombre d’enfants scolarisés aurait exigé une véritable révolution de tout notre système éducatif. Notre Ecole est restée celle de jadis où l’on préparait des enfants de bourgeois à devenir médecins, avocats, ingénieurs ou enseignants en entrant dans l’Université après le fameux bac. Elle n’a pas compris que notre société ne pouvait pas intégrer des centaines de milliers de « cadres » supplémentaires chaque année et qu’il convenait, évidemment, de multiplier à l’infini les formations, les cursus, les filières, les sélections, non seulement en fonction des goûts et des dispositions de chacun mais aussi et surtout en fonction des besoins de notre économie. Et ce n’est ni en changeant, une fois de plus, les rythmes scolaires, ni en affichant une « Charte de la laïcité » qu’on sauvera cette Ecole qui est devenue, selon la célèbre formule, « une usine à chômeurs et à analphabètes ». Mais il faudrait alors qu’un ministre ait le courage de s’attaquer et aux gourous de la rue de Varenne et aux syndicats de l’Education Nationale. Or tout nouveau ministre de l’Education Nationale a pour première instruction de ne provoquer ni grèves ni manifestations d’enseignants, a fortiori quand il est de gauche, c’est-à-dire chargé avant tout de caresser dans le sens des poils la base de la clientèle électorale de son camp. Peillon fait donc dans le gadget en serinant un certain nombre de lieux communs sur la République, ses valeurs et la laïcité. Soyons clairs, en France le problème de la laïcité est celui de l’Islam. Les Bouddhistes, les Sikhs, les Hindouistes ne mettent pas en péril la République. Ceux qui sont dangereux ce sont ceux qui exigent la séparation garçons-filles, des menus hallal à la cantine et qui refusent certains enseignements sous prétexte qu’ils ne sont pas conformes au Coran et encore moins à la Charia. Le pauvre Peillon se trouve, en première ligne, confronté à la grande question que personne n’ose poser : « L’Islam est-il compatible avec la démocratie ? » Et, forcément, il se prend les pieds dans le tapis (de prière) de peur d’être accusé d’islamophobie, la pire des ignominies dans notre pays par les temps qui courent. L’article 3 de sa charte affirme « La laïcité garantit la liberté de conscience, chacun est libre de croire ou de ne pas croire. Elle permet la libre expression de ses convictions dans le respect de celles d’autrui et dans les limites de l’ordre public ». Comme les autres, un petit musulman a donc parfaitement le droit d’exprimer ses convictions, de faire ses cinq prières par jour, de refuser de manger du porc, de ne pas vouloir être assis à côté d’une fille et sa petite sœur a même le droit de porter un voile à moins que cela ne porte atteinte à l’ordre public ce qui, malgré la loi, n’est pas prouvé. Mais l’article 14 de cette même Charte précise : « Le port de signes ou de tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ». On peut donc « exprimer » ses convictions mais on ne peut pas les « manifester ». La laïcité version Peillon a des subtilités ! Le voile, la croix chrétienne, l’étoile de David sont donc interdits. Mais qui peut croire un instant que le ministre vise la croix ou l’étoile ? Cela dit, c’est sans doute l’article 11 de sa Charte qui va poser le plus de problèmes à Peillon. Il y est dit, en effet, que « Les personnels ont un devoir de stricte neutralité, ils ne doivent par manifester leurs convictions politiques ou religieuses dans l’exercice de leurs fonctions ». Bravo ! On attend donc avec impatience que Peillon vire sans pitié tous les profs qui n’hésitent pas, à longueur de cours, à intoxiquer nos chères têtes blondes (ou brunes) avec leur idéologie de soixante-huitards attardés ou de militants du PS. Mais il sera sûrement plus difficile encore au ministre d’imposer ce minimum de neutralité à son « personnel » que de faire manger du porc aux petits musulmans…

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