Dominique de Villepin avait totalement « disparu des écrans » depuis qu’il avait, assez piteusement, jeté l’éponge lors de la dernière présidentielle. Rares étaient ceux qui avaient vraiment cru qu’il n’avait pas pu obtenir les fameuses 500 signatures nécessaires pour se présenter et, aux yeux des Français, l’ancien Premier ministre n’était, finalement, qu’un élégant velléitaire qu’on pouvait ranger définitivement dans le magasin des souvenirs oubliés. Un certain nombre de nos compatriotes (une poignée ?) qui avaient cru voir en lui un homme recours si ce n’est providentiel en avaient été profondément déçus, voire dépités. L’homme du discours de l’ONU n’avait, sans doute, pas les reins assez solides et préférait, affublé de sa nouvelle robe d’avocat (d’affaires), aller vendre ses conseils aux potentats du Golfe plutôt que d’affronter toutes les avanies réservées à ceux qui se veulent au-dessus de la mêlée de toutes les magouilles politicardes et ont, du coup, tendance à se prendre pour de Gaulle en personne. Mais voici que, tout à coup, on a vu Villepin jaillir de sa boite et réapparaitre un peu partout. Ces dix derniers jours, on l’a entendu sur France-Info, RFI et France-Inter, on l’a vu sur la 2 et on l’a lu dans Le Figaro et Nice-Matin. Il est vrai que les ridicules gesticulations de François Hollande qui voulait aller faire la guerre en Syrie ne pouvaient que remettre, pour un instant, sous les feux de la rampe celui qui avait su, brillamment, dire « non » aux Américains et à la guerre d’Irak. Que les journalistes aient soudain repensé à lui n’est donc pas étonnant. Ce qui est plus surprenant c’est qu’il ait accepté, goulument, de remonter sur les planches. Et d’autant plus que l’ancien ministre des Affaires Etrangères ne s’est pas contenté de rappeler à Hollande et à la cantonade que « l’usage de la force n’était pas une potion magique » tout en soulignant que « la diplomatie française avait du mal à trouver sa place ». L’ancien Premier ministre qu’il est aussi en a profité pour parler de la crise, du chômage, de l’insécurité, du « manque de cohérence et de volonté » de François Hollande, « des tergiversations, des allers et retours, des déclarations alambiquées » de l’opposition, allant jusqu’à fustiger François Fillon et ses dernières déclarations en affirmant : Il ne faut aucun compromis avec le FN. Plus la situation est grave, plus il faut être clair ». Interrogé par Nice-Matin sur un éventuel retour de Sarkozy, Villepin a, peut-être, montré le bout de l’oreille en répondant : « Manifestement, il y a aujourd’hui beaucoup de flottements qui laissent libre cours à toutes les espérances personnelles ». Aurait-il, lui aussi, des « espérances personnelles » ? Ce n’est pas impossible car quand on a été pendant douze ans au pouvoir -à l’Elysée, au Quai d’Orsay, place Beauvau et à Matignon- qu’on a « plein d’idées », un amour de la Nation chevillé au corps et qu’on voit le pays sombrer de jour en jour, il est sûrement difficile de se contenter de lire les journaux pour maugréer, solitaire, dans son coin, même si on a le plus profond mépris pour le suffrage universel. Villepin a-t-il, d’ici à 2017, la moindre chance de pouvoir refaire surface ? Si les Français ont oublié l’affaire Clearstream à laquelle ils n’avaient jamais rien compris, ils se souviennent encore de sa pitoyable « dérobade » de 2012. Mais il est vrai que la droite manque cruellement de « pointures » non seulement pour affronter un Hollande qui, sur les genoux, sollicitera sa réélection mais aussi et surtout pour incarner un espoir de sursaut, en fait, de résurrection. On connait la phrase : « Si Villepin n’était pas Villepin, il aurait toutes les chances d’être élu président ». Finira-t-il par comprendre que ce n’est pas en maltraitant ses proches, en méprisant les électeurs et en se prenant pour de Gaulle à Colombey qu’il pourra devenir l’homme providentiel dont la France a besoin ?

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