Marseille, avec ses règlements de comptes entre truands et sa violence aux coins des rues, ressemblant de plus en plus au Chicago d’antan, nos dirigeants ne savent plus quoi inventer face à leur impuissance et au mécontentement qui se généralise. Manuel Valls, notre pétillant et sémillant ministre de l’Intérieur, vient de proposer un « pacte national » auquel s’est immédiatement rallié Jean-Claude Gaudin, l’éternel maire de la cité phocéenne. A première vue et surtout si on ne connait pas le sens des mots, l’idée pourrait être séduisante. Ce serait « l’union sacrée » contre la délinquance et la criminalité. On oublierait tous les clivages politiques et droite et gauche se mobiliseraient pour lutter contre les narcotrafiquants qui font la loi dans les quartiers difficiles et terrorisent la population. Il faut bien dire que, depuis des années, alternativement, droite et gauche ont totalement échoué dans toutes leurs tentatives de rétablir un semblant d’ordre dans cette ville maudite. Les responsabilités pour ne pas dire les culpabilités sont donc équitablement réparties. Valls est aussi mauvais aujourd’hui place Beauvau que l’a été, hier, Sarkozy, dans les mêmes fonctions. Mêmes déclarations intempestives, mêmes coups de menton, mêmes moulinets avec un sabre en bois, mêmes renforts de police, de gendarmerie et mêmes résultats nuls, avec des zones de non-droit, comme on dit pudiquement, qui n’ont fait que s’étendre sur la carte. L’idée du « pacte national » permettrait au moins de partager la culpabilité. Droite et gauche ensemble, droite et gauche aussi inefficaces l’une que l’autre ! Où, au-delà de l’effet d’annonce purement démagogique, la proposition de Valls devient parfaitement absurde c’est que droite et gauche sont fondamentalement opposées en ce qui concerne la lutte contre la délinquance. En principe, la droite pourchasse les délinquants et les criminels pour les punir, pour les mettre, un temps, hors d’état de nuire, pour venger leurs victimes et pour l’exemple alors que la gauche, en prétendant vouloir s’attaquer aux racines du mal, cherche à comprendre pourquoi les malfrats ont basculé dans la délinquance. La droite a recours à la police et à la justice ; la gauche convoque les sociologues, les urbanistes, les enseignants, les gourous de tous poils. La droite instaure des peines planchers, la gauche des peines probatoires. Chacun sa méthode ! Il n’y a aucun doute qu’avec leur taux de chômage record, leur immigration mal gérée, leurs barres et leurs tours délabrées, les quartiers Nord de Marseille sont un terreau particulièrement fertile pour tous les trafics et toutes les violences. Allons même plus loin. Il n’y a aucun doute que notre société génère, a fortiori en période de crise, des injustices qui peuvent inciter certains à la délinquance. Mais il faut être utopiste comme un socialiste pour croire qu’on règlera le problème de la délinquance en changeant notre société. L’URSS battait tous les records mondiaux de délinquance, comme le prouvaient les millions de détenus des goulags qui n’étaient pas tous, loin de là, des prisonniers politiques. Certes, la précarité, le chômage, l’exclusion, l’illettrisme aggravent le taux de délinquance mais ils ne l’excusent pas et, quand il y a urgence, comme c’est le cas, la répression est plus efficace que la prévention. Les « philosophies » de la droite et de la gauche sont donc, ici aussi, radicalement contradictoires et l’idée d’un « pacte national » ne tient pas la route une seule seconde. Le problème c’est que la droite, au nom du politiquement correct et de la pensée unique, a bien souvent oublié ses propres principes et que, ironie de l’histoire, Manuel Valls, confronté aux dures réalités, semble désormais oublier ceux de la gauche dite « généreuse ». Mais quoi qu’il en soit il est absurde de répéter inlassablement que droite et gauche c’est la même chose, bonnet blanc-blanc bonnet, et que notre vieux clivage n’existe plus. C’est en finissant par l’admettre que la droite s’est suicidée. Souhaiter aujourd’hui un « pacte national » droite-gauche c’est se soumettre totalement à l’idéologie de la gauche. C’est tolérer que Christiane Taubira rende la justice dans ce pays, ce qui a bien peu de chances de ramener la tranquillité dans les quartiers Nord de Marseille…

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