On comprend que François Hollande ne rate jamais une occasion d’aller à Bamako. C’est la seule ville de la planète où il peut encore espérer se faire acclamer par les foules, en savourant tous les plaisirs de la Françafrique qu’il avait jadis condamnée. La dernière fois qu’il y était allé, il avait déclaré –sans se rendre compte du ridicule de la chose- que c’était « le plus beau jour de (sa) vie ». Espérons pour lui qu’il va connaitre aujourd’hui un deuxième « plus beau jour de sa vie ». Par les temps qui courent ses « beaux jours » sont, en effet, comptés. Il est vrai que pour un ancien apparatchik étriqué du PS apparaitre soudain en empereur romain le soir d’un triomphe doit avoir quelque chose de grisant. A Bamako, il est non seulement le général vainqueur qui a su faire reculer les Barbares et que la plèbe applaudit à tout rompre mais il est aussi celui qui intronise son « cousin » le nouveau chef d’Etat et, cerise sur le gâteau, il reçoit l’allégeance d’une trentaine de « rois nègres » de la région qui viennent s’incliner respectueusement devant lui. Pour un chef d’Etat qui n’a pas su faire reculer le chômage, qui est totalement à la ramasse dans tous les sondages, qui est infoutu de tenir sa majorité et que même son propre Premier ministre ridiculise maintenant, Bamako ne peut apparaitre que comme une oasis luxuriante et voluptueuse. Ce socialiste à la sauce sociale-démocrate a fait renaitre de ses cendres l’Afrique de Foccart, quand Paris envoyait une section de parachutistes pour rétablir l’ordre et choisissait les fantoches à couronner. C’était le bon temps ! Notre président de la République ne va d’ailleurs pas s’arrêter en si bon chemin puisqu’à Bamako aujourd’hui « Papa Hollande » va sans doute annoncer dans le secret des palabres officielles ce qu’il a décidé de faire pour sauver à son tour la Centrafrique où tout dégénère dangereusement, une fois de plus. Qui aurait pu imaginer que ce socialiste ramollo se lancerait ainsi dans la reconquête de l’Empire ? Tous ceux qui connaissent un peu l’histoire de la gauche française et savent donc que, de Jules Ferry à Guy Mollet en passant par Léon Blum, cette gauche « humaniste » a toujours été passionnément… colonialiste. Une fois de plus, Hollande est parfaitement fidèle à Guy Mollet. Si on doit reconnaitre qu’au Mali Hollande a stoppé net l’avancée des islamistes et évité –pour un temps- que le cœur de l’Afrique ne devienne le redoutable sanctuaire des « fous d’Allah », on peut tout de même lui reprocher d’avoir, dans son délire de reconquête, oublié que la Syrie, elle, n’avait jamais été une colonie française mais qu’elle était simplement « sous mandat français ». Il faudrait donc que notre matamore néo-colonialiste se calme un peu. Cela dit, la vraie question est de savoir si les Français ont vraiment élu François Hollande pour qu’il aille se faire plébisciter sur les rives du Niger. Le chômage augmente toujours et on a appris, hier, à la fois qu’1,6 million de Français supplémentaires allaient devenir imposables et que les dépenses publiques pour 2013 allaient battre tous les records historiques en atteignant 57,1% du PIB. Ainsi, contrairement à toutes les balivernes de notre marabout local, la courbe du chômage ne va pas s’inverser dans les trois prochains mois, la « pause fiscale » n’est pas pour aujourd’hui, ni pour demain, et les dépenses de l’Etat continuent à exploser. On finit par se dire que si François Hollande est si bien au Mali, il pourrait peut-être y rester…

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