Tout le monde comprenait les sondages quand François Hollande y dégringolait de mois en mois et battait tous les records d’impopularité de ses prédécesseurs. D’abord, il avait été élu « par défaut », parce que les Français ne supportaient plus Nicolas Sarkozy et qu’il était arrivé ce que l’on sait à Dominique Strauss-Kahn. Cela donnait à cet apparatchik du PS, a priori, une allure d’intrus si ce n’est d’usurpateur. Ensuite, non seulement il ne savait pas nouer sa cravate et la manche droite de sa chemise dépassait mais c’était tout le costume présidentiel qui était visiblement beaucoup trop grand pour lui. Il y flottait et s’y noyait. Les Français n’avaient décidément pas de chance. Hollande « dégotait » aussi mal que Sarkozy. Après un agité gesticulant dans tous les sens, nous avions un gros mollasson qui semblait lui-même stupéfait de son élection. Et puis, mis à part pour les homosexuels, la première année de son mandat ne fut qu’une succession de déceptions pour ceux qui avaient cru en lui et en ses belles promesses. Les usines continuaient à fermer les unes après les autres même si la presse, bien complaisante, évitait d’en parler, le chômage augmentait, les impôts aussi, la dette aussi, l’insécurité itou. Et le bricoleur avec sa boite à outils et ses contrats bidons pour les jeunes, les vieux, les sans qualification continuait à nous faire ses promesses de Gascon sans avoir pour autant « ré-enchanté le rêve français ». Et voilà que, soudain, il remonte dans les sondages. Six points de plus dans la dernière étude d’OpinionWay pour LCI. C’est totalement incompréhensible. Certes, 36% de nos compatriotes continuent à être « assez mécontents » et 34% à être « très mécontents ». Ce qui fait 70% des Français qui ne croient plus une seule seconde en ses balivernes. Mais il y en a désormais 3% qui sont « très satisfaits » de lui et 26% qui se disent « assez satisfaits ». Soit 29% qui lui font confiance et apprécient sa politique. C’est 6% de plus qu’en juillet. On peut se demander ce qui a bien pu convaincre ces 6% à « l’hollandinisme ». Ses rodomontades de va-t-en-guerre moraliste à propos de la Syrie ? L’écrasante majorité des Français est assez lucide pour être totalement hostile à toute intervention et son alignement derrière Obama, lui-même plus qu’hésitant, l’a conduit à se retrouver seul et ridicule au milieu du champ de bataille. Alors que le président français se voulait à la tête du combat contre le dictateur syrien, la France n’est même pas présente dans les discussions de Genève et Obama ne veut même pas entendre parler de la résolution française présentée à l’ONU. La « reprise » qu’il « sent venir » comme une cartomancienne devant sa boule de cristal ? Les Français qui lisent les chiffres de pôle-emploi et ceux de notre balance commerciale n’ont pas le même odorat que lui. La « pause fiscale » promise par ses ministres qui reconnaissent eux-mêmes qu’il y a un « ras-le-bol fiscal » ? Ces mêmes Français qui reçoivent leurs feuilles d’impôts se demandent si ce régime ne les prend pas pour plus bêtes qu’ils ne sont. Alors d’où viennent ces 6% ? Certains experts affirment qu’on s’habitude à tout et que nos compatriotes sont souvent légitimistes. Ca ne tient pas. En fait, il semble surtout que cette incroyable (petite) remontée dans les sondages soit due à… la droite. C’est le vieux principe des vases communicants. Cela fait plus d’un an que l’opposition se ridiculise. Avec un Nicolas Sarkozy invisible, inaudible mais omniprésent. En jouant l’Arlésienne, l’ancien président a réussi à se faire regretter et à devenir l’homme-recours inévitable. Et d’autant plus que ses deux « dauphins » putatifs, après s’être étripés comme des chiffonniers autour du cadavre de l’UMP, pataugent dans la gadoue en faisant la danse des voiles devant l’électorat du Front National. Du coup, Hollande se requinque un peu et Marine Le Pen engrange des voix. En voulant « diner avec le diable » Fillon et Copé n’ont pas compris qu’ils perdaient tous les électeurs centristes et modérés qui préféreront toujours un social-démocrate, même version Hollande, à une droite dure. Ils n’ont pas compris non plus qu’il était désormais trop tard pour récupérer l’électorat de Marine Le Pen. Avec plus de 20% des intentions de vote (25% à Marseille !), le Front National devient « plausible ». Voter FN n’est plus simplement pousser un coup de gueule c’est croire qu’il peut un jour accéder ou du moins participer au pouvoir. Avec ses emplois subventionnés et inutiles, Hollande va pouvoir tricher sans pudeur sur le chômage et limiter la casse lors des prochaines échéances électorales. La dégringolade générale qui va continuer permettra à Marine Le Pen qu’augmenter son magot. Entre les deux, l’UMP rêvera toujours et de plus en plus de Sarkozy alors que Fillon et Copé, trop occupés par la haine qui les oppose, n’auront même pas le temps de préparer et de proposer un programme cohérent capable de séduire les Français. Ces 6% de plus pour Hollande et les scores que fait Marine Le Pen devraient faire comprendre à l’UMP qu’elle est sur une très mauvaise voie.

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