On nous dit, les centristes nous disent, que le centre est en train de renaitre de ses cendres, que l’UDI de Borloo et le MoDem de Bayrou (qui tient ce week-end son université d’été) se rapprochent, qu’ils vont présenter des listes communes aux prochaines élections municipales et que le paysage politique français va, du coup, se métamorphoser. Sur le papier, la chose est presque crédible. Dans leur grande majorité les Français sont fondamentalement centristes, le cœur à gauche, le portefeuille à droite, à la fois nostalgiques du gaullisme et un brin « rad-soc ». Ils en ont assez de l’alternance systématique entre une gauche sectaire et impuissante et une droite qui ne s’assume pas et qui est, elle aussi, incapable de faire face aux problèmes du pays. Depuis plus d’un an, le PS au pouvoir s’est totalement discrédité avec ses promesses non-tenues alors que l’UMP qui ne sait même pas jouer son rôle d’opposition se ridiculisait avec ses querelles de personnes. Ajoutons que les centristes ont souvent eu raison notamment en dénonçant, bien avant les autres, le drame de nos déficits et de la dette et qu’ils ont une certaine cohérence notamment à propos de l’Europe, de la décentralisation ou de l’écologie, trois sujets qui, il est vrai, n’enthousiasment pas ou plus les Français. Sur le papier donc, les centristes devraient, pour peu qu’ils se regroupent, avoir « un boulevard » devant eux. Et pourtant personne n’y croit. D’une part, bien sûr, parce que leurs deux « têtes d’affiche », Bayrou et Borloo, font désormais figure de « has been » un peu pitoyables. Le patron du MoDem paiera encore longtemps son incroyable ralliement à Hollande lors de la dernière présidentielle, « trahison » qui lui a même coûté son siège de député. Avec sa réputation de poivrot, le patron de l’UDI trainera longtemps derrière lui la fameuse phrase de Fillon : « Borloo n’est qu’un zozo ». Même en se jetant dans les bras l’un de l’autre, un « traitre » et un « zozo » ont bien peu de chance de métamorphoser la vie politique française. D’autre part, et c’est beaucoup plus grave, parce que la crise, la déliquescence générale du pays, les incohérences de la majorité et de l’opposition ont radicalisé l’opinion. En rejetant la gauche et la droite, les Français ne se retrouvent pas au centre mais aux extrêmes. Ceux qui ne veulent plus du PS écoutent Mélenchon, ceux qui ne veulent plus de l’UMP rejoignent Marine Le Pen. La famille politique qui votait pour Lecanuet en 1965, Barre en 1988, ou Balladur en 1995 (et même les 18,57% d’électeurs de Bayrou en 2007) n’est plus seulement orpheline, elle a disparu. Les centristes feront sans doute, lors des municipales, quelques jolis scores par-ci par-là. C’est le scrutin des « notables du cru » et des gestionnaires raisonnables. Ce sont souvent des centristes. Mais au-delà ? Aujourd’hui, en France, la gauche tente de se déguiser en social-démocratie, la droite lorgne vers l’extrême-droite et le centre n’existe plus. Autant dire que nous avons perdu le nord…

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