Oh, le gros malin ! Il gonflait ses petits biscoteaux, il voulait faire la guerre, aller châtier les méchants, partir à la tête d’une croisade comme Pierre l’Ermite ou Godefroi de Bouillon, faire régner l’ordre juste sur la planète. Et le voilà gros jean comme par devant, tout penaud, « tout con » disent même certains. Il n’y aura pas la guerre, il ne pourra pas faire bombarder à plaisir la Syrie, ni « punir » Bachar al Assad, il ne provoquera pas un cataclysme épouvantable dans ce malheureux Proche-Orient, ni même une 3ème guerre mondiale. Il va lui falloir en revenir modestement, piteusement, à essayer de ferrailler contre le chômage, les déficits, l’insécurité, le mécontentement de ses sujets. On ne sait toujours pas d’ailleurs qui est le criminel de guerre qui a utilisé des gaz toxiques dans la banlieue de Damas. Et le fait que Moscou ait lancé l’idée d’une inspection des armes du dictateur syrien par les experts de l’ONU incite à croire qu’on ne pourra jamais prouver que c’est Assad le coupable. Ou Assad a déjà dissimulé ces armes ou ce n’est pas lui qui les a utilisées. Mais ce que l’on sait d’une manière évidente c’est que François Hollande s’est totalement ridiculisé dans cette affaire. Confondant la Syrie avec le Mali, il est immédiatement monté sur ses grands chevaux, accusant, avant toute enquête sérieuse, le président (légal) de la Syrie d’avoir commis un crime contre l’humanité. Méprisant totalement les règles élémentaires de la vie internationale, il s’est dit prêt à « punir » Assad, sans l’accord de l’ONU, avec quelques complices : les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, sans même se rendre compte que Washington trainait des pieds et que Londres faisait marche-arrière. Ignorant complètement la complexité du Proche-Orient, il n’a pas compris qu’en volant au secours des rebelles islamistes syriens il mettrait le feu à la poudrière, ferait définitivement éclater la Syrie et obligerait l’Iran, l’Irak et le Hezbollah à intervenir officiellement avec Moscou aux côtés d’Assad. Il a surtout oublié ce qu’on appelle « le rapport de forces ». Et là il ne s’agit pas seulement des forces militaires. Certes, la France ne pouvait pas intervenir en Syrie sans la VIème flotte américaine. Mais l’essentiel est ailleurs. Hollande a eu beau être celui qui a hurlé, s’est indigné et a menacé le plus fort, personne de par le monde n’a prêté la moindre attention à ce qu’il pouvait dire. De Gaulle faisait trembler la Maison-Blanche et le Kremlin, Hollande ne les fait même pas rigoler. Ils ne l’entendent pas. Dans le concert des Nations, il est le joueur de pipeau et il n’y a pas de partition pour le pipeau. La France socialiste est devenue aphone et donc personne ne l’écoute. A fortiori quand elle dit n’importe quoi et joue les va-t-en-guerre. On attendait donc, avec curiosité si ce n’est impatience, les explications qu’allait nous donner, hier soir, le président de la République pour nous présenter cette claque magistrale que viennent de lui donner Obama et Poutine en trouvant entre eux, et sans même le consulter ni le mettre au courant, une solution permettant de sortir de la crise syrienne. On savait qu‘il allait nous raconter que c’était grâce à lui, à sa fermeté, que Poutine avait cédé et qu’Assad était obligé d’ouvrir ses entrepôts d’armes. Qui peut croire une seule seconde que ce sont les gesticulations hollandaises qui ont incité le tsar de toutes les Russies à chercher une solution politique. Poutine savait parfaitement qu’Hollande n’avait aucun moyen militaire de mettre à exécution ses menaces verbales et aucun moyen diplomatique d’avoir la moindre influence sur quiconque. Il savait aussi qu’Obama ne voulait pas, ne pouvait pas se laisser entrainer dans cette aventure absurde. C’est avec Obama et avec lui seul que Poutine à donc régler l’affaire. Sans même inviter Hollande à venir prendre le café. Mauvais perdant, Hollande nous a dit, hier soir, que l’accord de Genève n’était qu’une « étape importante ». En fait, cet accord russo-américain met fin à l’affaire du gaz toxique et donc à la menace d’internationalisation du conflit syrien qui, lui, va continuer avec des rebelles aidés par l’Arabie saoudite, le Qatar et quelques autres (dont un peu Washington et Paris) et le régime d’Assad soutenu à bout de bras par Moscou, Téhéran et quelques autres. Les morts et les ruines vont continuer à s’accumuler mais les rebelles islamistes auront compris que Washington ne voulait pas faire la guerre pour eux et que Paris n’en avait, bien sûr, pas les moyens. Hollande est allé jusqu’à nous dire qu’il fallait « maintenir la pression » militaire pour le cas où Assad ne se soumettrait pas à l’accord de Genève. Mais tout le monde sait que l’inspection et la destruction des armes chimiques syriennes prévues à Genève mettront des mois à se faire. Hollande veut donc rester sur le pied de guerre en faisant le pied de grue. Hollande aura été grotesque dans toute cette affaire en ignorant aussi bien les réalités du Proche-Orient que les règles de la vie internationale. L’ennui c’est qu’en soulignant son impuissance militaire et son inexistence diplomatique, il a en même temps ridiculisé la France. Hier soir, le petit matamore se mordait les doigts et la queue…

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