Qui aurait pu imaginer que ce bon gros, au sourire benêt, à l’indécision chevillée au corps et qui fait de la recherche effrénée du consensus son mode de gouvernance se transformerait, un beau matin, en va-t-en-guerre tous azimuts, en foudre de guerre prêt à dégainer à la moindre occasion comme un vulgaire cow-boy de série B ? Que François Hollande soit aujourd’hui le seul chef d’Etat de la planète à vouloir partir en guerre, la fleur au fusil, contre la Syrie pour « punir » Assad d’avoir utilisé des armes chimiques est stupéfiant. On a envie de lui demander de quoi se mêle-t-il, car le président de la République française est chargé de défendre les intérêts de la France, pas d’imposer un ordre moral sur les cinq continents. On aimerait aussi qu’il ait un minimum de connaissances en géostratégie, qu’il ait une vague idée du poids de la Russie, de la Chine, de l’Iran, qu’il sache que le Proche-Orient est « compliqué », avec ses innombrables communautés qui se détestent et se déchirent depuis la nuit des temps. On aimerait surtout qu’il ait appris par l’histoire, même très récente, qu’on ne déclenche pas une guerre pour le plaisir, pour « frimer », pour redorer son image et tenter de gagner quelques points dans les sondages. Une guerre, même punitive, même expéditive, cela fait des morts, beaucoup de morts, et cela chamboule tout l’équilibre, aussi précaire soit-il, d’une région, voire du monde. L’attitude totalement incompréhensible de Hollande relève, évidemment, de la psychanalyse. Il y a d’abord ce qu’on pourrait appeler « la griserie du pouvoir ». Apparatchik falot, les hasards invraisemblables de l’histoire l’ont fait entrer dans le bureau de de Gaulle et son prédécesseur lui a remis le code de la force de frappe atomique. Le président du Conseil général de la Corrèze que ses amis appelaient « fraise des bois » ou « le capitaine de pédalo » pouvait, soudain, en appuyant sur un bouton, faire sauter toute la planète. Le zigoto un peu minable devenait Jupiter. Le gamin ne pouvait qu’être émerveillé par les « joujoux » qu’il recevait. Et d’autant plus que, très rapidement, il s’apercevait que, pour le reste, même s’il avait soi-disant tous les pouvoirs, il ne pouvait que pédaler dans le vide et faire des moulinets dans le vent. Il avait déclaré qu’il ferait la guerre aux riches, au chômage et à la dette. Les riches lui faisaient des bras d’honneur, le chômage augmentait comme jamais et la dette devenait encore plus abyssale. Sur les trois fronts qu’il avait choisis, il était battu à plates coutures. C’est alors qu’il s’est souvenu qu’il était aussi « chef des armées » et qu’il a compris qu’il était beaucoup plus facile d’envoyer des Rafales bombarder le désert que de redonner sa compétitivité à notre économie et du travail aux chômeurs. Vaincu dans tous les sondages d’opinion, dans toutes les statistiques économiques, il a gagné sa petite guerre du Mali et cette victoire fut, selon lui, « le plus beau jour de sa vie » (sic !). Ca vous change un homme ! L’odeur de la poudre lui était montée au nez. Il pouvait montrer à Valérie Trierweiler qu’il « en avait », à Sarkozy que, lui aussi, savait envoyer les autres au casse-pipe et à Merkel, Poutine et les autres qu’ils avaient tort de le prendre ostensiblement pour quantité négligeable. C’était « la grande revanche » par les armes du « petit chose ». Bien que l’expédition malienne ne lui ait strictement rien rapporté dans les sondages, Hollande pense visiblement que le bruit du canon pourrait lui permettre de séduire quelques électeurs et leur faire oublier tous ses échecs intérieurs, l’augmentation de tous les prélèvements, celle du chômage et des déficits, etc. D’ailleurs, les socialistes qui se prétendent pacifistes aiment bien faire la guerre. On se souvient de Guy Mollet envoyant le contingent en Algérie et les parachutistes à Suez. Ca ne leur réussit pas toujours. Mais on peut pousser la psychanalyse de bistrot un peu plus loin et se demander si, au fond, ce « brave type » aux allures débonnaires n’est pas, fondamentalement, un « méchant », prêt à tout et à n’importe quoi, même au pire, pour s’imposer ou du moins faire croire qu’il a l’envergure d’un chef d’Etat. Ses déclarations d’aujourd’hui révèlent, une fois de plus, l’incohérence de sa position dans cette affaire syrienne. Alors que, jusqu’à présent, il répétait que l’opération militaire qu’il prévoyait avait pour seul but de « punir » Assad et qu’il n’était pas question de le renverser, cet après-midi, il a affirmé qu’à ses yeux rien ne serait réglé « tant qu’Assad et les siens seraient au pouvoir ». Hollande veut donc renverser Assad et se sert du gaz Sarin, comme Bush, voulant renverser Saddam Hussein, s’était servi des armes de destruction massive. Question : les « grandes » puissances ont-elles vraiment le droit de choisir les dirigeants des petits pays ? Est-ce à François Hollande de désigner le président syrien ? Et quand on l’a interrogé pour savoir ce qu’il ferait au cas (très probable) où le Congrès américain refuserait que les Etats-Unis se lancent dans cette aventure, s’il a reconnu à contre-coeur, que la France ne pourrait pas y aller seule, au sein d’une coalition dont elle serait le seul et unique membre, il a réaffirmé que la France ferait « quelque chose », évoquant alors une aide importante aux rebelles. Là encore, il ne se contente plus de vouloir « punir » Assad, il prend nettement partie pour les rebelles, c’est-à-dire pour les Islamistes. La soif d’en découdre et de jouer les chefs de guerre lui fait perdre toute logique, lui fait totalement oublier les intérêts de la France, le fait plonger dans le grotesque et, plus grave encore, met la France dans une position intenable et redoutablement dangereuse. Si ça continue comme cela, Hollande-le-pépère va finir par ressembler à Néron jouant du pipeau en regardant brûler Rome… Non, contrairement à ce qu’il nous avait affirmé et qu’on lui avait d’ailleurs reproché, Hollande n’est pas « normal ».

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