François Hollande a donc décidé de nous expliquer (après le vote du Congrès américain et la publication du rapport des experts de l’ONU) pourquoi il voulait que nous fassions la guerre à Bachar al Assad. On ne peut que lui être reconnaissant de daigner ainsi informer le bon peuple sur une aventure folle dans laquelle il s’est d’ailleurs déjà engagé. Et d’autant plus qu’il va lui falloir un sacré talent pour convaincre du bienfondé de sa décision une opinion publique française hostile à 68% à cette guerre. On sait à peu près ce qu’il va nous raconter, à condition, bien sûr, que le Congrès autorise Obama à se lancer dans cette guerre. Il va, d’abord, nous affirmer que du gaz Sarin a été utilisé dans la banlieue de Damas et a fait des centaines de victimes. Personne n’en doute. Il va, ensuite, nous dire qu’il a des preuves formelles que c’est Assad lui-même qui est l’auteur de ce crime contre l’humanité, que nos services secrets sachant que les « rebelles » ne possèdent pas ces armes toxiques ce ne peut être que le dictateur le coupable. Là, les choses commencent à se compliquer. Certaines imaginent, en effet, que l’Arabie saoudite a très bien pu fournir du gaz Sarin aux rebelles et que ceux-ci, soit par maladresse soit pour une odieuse manipulation, s’en sont servis contre eux-mêmes. On a déjà vu ça. Le rapport des experts de l’ONU sera là sans aucune utilité puisque les experts en question n’avaient pas mandat pour désigner les responsables. Le doute persistera donc et chacun se souvient de Colin Powell présentant au Conseil de Sécurité les « preuves » que Saddam Hussein détenait des armes de destruction massive. C’est la suite de la plaidoirie présidentielle qui sera intéressante à écouter. Hollande a, en effet, évolué dans ses justifications pour l’opération. Il nous a d’abord raconté qu’il fallait « punir » le criminel qui avait violé toutes les conventions internationales qui interdisent formellement l’usage de gaz toxiques. Puis, il nous a raconté que la communauté internationale devait faire comprendre clairement à tous les autres tyrans de la planète –et on pensait alors à la Corée du Nord et à l’Iran- qu’elle ne tolérerait jamais l’usage de telles armes. De « punitive » l’opération devenait « exemplaire ». Dans un cas comme dans l’autre, on pouvait se demander s’il appartenait vraiment à la France de partir ainsi en croisade pour châtier un chef d’Etat étranger, aussi coupable soit-il, et imposer une morale, aussi bonne soit-elle, à la terre entière. C’est, en principe, à l’ONU que se décident les sanctions internationales, pas dans le bureau de l’Elysée. Hollande nous a alors avoué qu’il s’agissait, en vérité, de renverser le régime d’Assad puisqu’il déclarait qu’aucune solution ne pourrait être trouvée « tant qu’Assad et les siens seraient au pouvoir à Damas ». Nous passions de la morale à la politique et le président de la République française choisissait, à la place des Syriens, qui devait diriger la Syrie, ne cachant d’ailleurs pas sa préférence pour des « rebelles », devenus entre temps des Islamistes Conscient que cet argument –bombarder un pays pour imposer un nouveau régime- ne tenait pas la route, Hollande vient de faire volte-face. Il ne s’agit plus de punir Assad ou de faire savoir à Pyong-Yang et Téhéran que nous ne tolérerions aucune dérive ou de renverser Assad mais de l’obliger à s’asseoir à une table de discussion et d’accepter de négocier avec ses « rebelles ». Nous allions faire la guerre pour faciliter une solution politique ! Cette nouvelle justification est particulièrement absurde. D’abord, parce que Hollande ne comprend pas qu’en bombardant Assad on transforme le coupable (présumé) en victime, les « rebelles » en alliés objectifs de l’étranger et qu’on autorise donc le pouvoir syrien à aggraver encore sa répression contre les « rebelles » et la Russie et l’Iran à intensifier leur aide à Assad. Ensuite, parce qu’on ne voit pas ce que, même sous les bombes, Assad pourrait bien négocier avec ses « rebelles ». Après plus de deux ans de guerre, sans doute plus de 100.000 morts et l’utilisation de ce gaz Sarin, personne ne peut imaginer un seul instant que les uns et les autres vont s’asseoir tranquillement autour d’une table ronde, se partager gentiment le pouvoir et former un gouvernement de transition. Cette atroce guerre civile qui oppose un dictateur à des Islamistes, des Chiites à des Sunnites ne peut se terminer que par l’écrasement de l’un ou l’autre des deux camps. Hollande sait très bien, dans sa chevauchée délirante, que les Français lui reprochent avant tout d’être totalement seul. Cameron a jeté l’éponge après le désaveu cinglant des Communes, Obama freine des quatre fers au point de s’en remettre au Congrès. Hollande va nous raconter qu’il a su convaincre les Européens. Là, il y a escroquerie. Les Européens sont plus ou moins d’accord pour condamner l’usage du Sarin et y répondre par « une action internationale forte ». Une action internationale « forte » ne veut pas dire la guerre. Mais Hollande a encore une chance de s’en sortir. Si le Congrès américain refuse l’intervention, le président français pourra dire que, seul, il ne peut pas lancer ses Rafales. Sa course effrénée vers la guerre se terminera avant d’avoir commencé. Le chevalier blanc se retrouvera le nez dans le ruisseau, gros jean comme par devant. C’est ce qu’on peut espérer de mieux.

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