En cas de second tour entre un candidat du Parti socialiste et un candidat du Front National, l’UMP avait jusqu’à présent adopté la solution de facilité du « ni-ni ». Ni pour le candidat de gauche, ni pour le candidat de l’extrême-droite. C’était une idée de Nicolas Sarkozy et de Jean-François Copé. Il faut bien dire qu’elle n’était pas très satisfaisante. D’abord, parce qu’un parti politique qui prône l’abstention manque à tous ses devoirs. Ensuite et surtout, parce que les dirigeants de l’UMP eux-mêmes savaient parfaitement que la plupart de leurs militants et sympathisants votait, dans ce cas de figure, pour le candidat du FN. Mais cette position permettait de répéter à toutes occasions que l’UMP n’avait strictement rien à voir avec le parti de Marine Le Pen, même si, de toute évidence, depuis Nicolas Sarkozy, ces héritiers (putatifs) de de Gaulle chassaient sur les terres de l’extrême-droite et reprenaient à leur compte un bon nombre de thèmes qui avaient fait la fortune de l’extrême-droite. François Fillon vient de briser le tabou. Il n’est plus pour le « Ni-ni » mais pour que chacun choisisse en fonction du candidat « le moins sectaire ». A première vue, la chose ne va pas être facile. Le « sectarisme » se retrouvant aussi bien chez les amis de François Hollande que chez ceux de Marine Le Pen, les premiers voulant faire la chasse aux riches qu’ils accusent de tous nos maux, les seconds voulant bouter les étrangers qu’ils accusent aussi de tous nos malheurs hors de France. Mais il est vraisemblable qu’aux yeux de l’électeur UMP moyen les socialistes seront toujours plus « sectaires » que les frontistes. Sur le terrain et depuis des années beaucoup de militants de l’UMP souhaitent un rapprochement avec le Front, voire des listes communes et on sait d’ailleurs que de nombreux encartés de l’UMP ont, par déception, rejoint le FN. Il y a davantage de « valeurs » (même si le mot est interdit) entre l’UMP et le FN qu’entre l’UMP et le PS. Pasqua l’avait déjà souligné il y a des années. Il est donc clair que, dans ce cas de seconds tours où l’UMP serait éliminée, Fillon choisit de voter FN plutôt que PS ou l’abstention. En franchissant ce pas, il se démarque donc très nettement et de Sarkozy et de Copé, ses deux rivaux potentiels pour 2017. La chose est surprenante. Jusqu’à présent, l’ancien Premier ministre qui se présentait en gaulliste social, héritier de Philippe Seguin, jouait le centre-droit et c’étaient les deux autres qui, tout en s’en défendant, n’hésitaient pas à loucher vers l’extrême-droite. On se souvient du fameux discours de Grenoble de Sarkozy et des histoires de petits pains au chocolat de Copé. Fillon avait alors reproché aux deux hommes de se « droitiser ». Aujourd’hui, c’est lui qui bascule et il va beaucoup plus loin que les deux autres. C’est un véritable coup de tonnerre au sein de cette droite classique totalement déboussolée depuis sa défaite de l’année dernière. Mais il est vrai que Marine Le Pen a réussi à « banaliser » le Front National et surtout qu’elle dépasse désormais les 20% dans la plupart des sondages. Fillon risque gros. Copé ne va pas l’épargner et l’accusera avant longtemps de trahir le gaullisme. Certains militants qui reprochaient à Copé (et à Sarkozy) d’être trop à droite et qui avaient, pour cela, rallié Fillon vont évidemment s’éloigner de lui. Mais Fillon ne pense qu’à la primaire ouverte de 2016 et qu’au second tour de la présidentielle. En faisant ce superbe cadeau au Front National, il espère qu’il saura lui en savoir gré. C’est ce qui s’appelle de la cuisine politicarde. Ce n’est pas très ragoûtant. Après avoir avalé des couleuvres pendant cinq ans pour rester à Matignon, Fillon est prêt à avaler son chapeau et à mettre son drapeau dans sa poche pour avoir une chance d’entrer à l’Elysée.

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