En voulant jouer les justiciers en Syrie et « punir » Assad d’avoir utilisé des gaz toxiques, François Hollande s’imagine qu’il va redorer son blason et que les Français lui sauront gré de refaire de la France une « grande » nation, gendarme de la planète. Or, non seulement il néglige les risques considérables qu’une telle intervention va faire courir à toute la région du Proche-Orient et les conséquences mondiales que vont avoir cette confrontation avec les Russes, mais il ignore totalement l’image et le rôle que la France pourrait aujourd’hui revendiquer dans le monde. En partant ainsi en guerre, nous n’allons être, une fois de plus, comme en Afghanistan ou lors de la première guerre d’Irak, que des supplétifs des Etats-Unis, trottinant, comme de dociles caniches, derrière l’oncle Sam, honni dans le monde arabe et la plupart des pays en voie de développement. Hollande oublie (ou ignore) que la dernière fois que la France a été acclamée à travers le monde ce n’est pas quand elle a envoyé son armée à Beyrouth ou à Kaboul, où elle a perdu, en vain, des dizaines de ses soldats, ni même quand elle a bombardé la Libye ou le nord du Mali, mais quand, sur ordre de Jacques Chirac, Dominique de Villepin a eu le courage, aux Nations-Unies, de refuser de suivre Washington dans une nouvelle aventure guerrière en Irak. Ce jour-là, la France prouvait à la fois son indépendance et sa lucidité. Refusait de croire aux balivernes des armes de destruction massive et annonçait très clairement qu’une telle guerre allait inévitablement s’éterniser dans un engrenage sans fin, provoquer l’éclatement de l’Irak et réveiller tous les antagonismes entre Sunnites et Chiites ce qui aurait des conséquences dramatiques pour toute la région. La suite des événements a donné entièrement raison à Villepin. Les Américains ont eu la peau de Saddam Hussein mais l’Irak n’existe plus et la guerre de religion entre Sunnites et Chiites a dégénéré dans toute la région. On dira que les gaz toxiques utilisés en Syrie ne sont sans doute pas une baliverne. Mais la Syrie est un pays encore plus sensible que l’Irak. L’Irak ce n’était « que » trois peuples : les Kurdes au nord, les Sunnites au centre, les Chiites au sud. La Syrie c’est une kyrielle de peuples, les Sunnites, les Chiites, les Alaouites, les Chrétiens de toutes les églises, les Druzes, les Kurdes, etc. Taper dans cette fourmilière, en venant en aide aux Sunnites, devenus des extrémistes islamistes, contre tous les autres, ce sera réveiller des siècles de haine, de peur, de conflits, avec, évidemment, des répercussions sur tous les pays voisins, à commencer par le Liban, où l’on retrouve souvent ces mêmes minorités. On nous dit maintenant qu’on ne veut pas renverser Assad mais simplement le « punir ». C’est, bien sûr, absurde. On l’a oublié mais en avril 1986, Reagan avait voulu « punir » Kadhafi qu’il rendait responsable (à juste titre) d’une série d’attentats terroristes et notamment de l’explosion d’une bombe dans une discothèque berlinoise fréquentée par des Gi’s. Le président américain avait fait bombarder Tripoli et Benghazi ce qui avait provoqué des dizaines de morts parmi lesquels une propre fille de Kadhafi. Mais, évidemment, Kadhafi était ressorti renforcé par cette « punition », avait pu, par le réflexe anti-américain, ressouder les tribus de Tripolitaine et de Cyrénaïque, et, devenu « victime de l’impérialisme occidental », était apparu aux yeux des peuples arabes comme moins fou qu’on ne le disait. Attaquer Assad, aussi coupable soit-il de tous les crimes, c’est en faire immédiatement une victime et, comme il prétend lutter contre des rebelles islamistes, se rallier au camp des « fous de Dieu ». Certes, Assad est un dictateur abominable mais on peut se demander aujourd’hui si les Iraniens, les Irakiens, les Tunisiens, les Libyens, les Egyptiens ne commencent pas à regretter le Chah, Saddam Hussein, Ben Ali, Kadhafi et Moubarak. Ces pays sont « compliqués ». De Gaulle avait raison. Il faut les aborder « avec des idées simples ». Et quand on ne les connait pas -ce qui est visiblement le cas de François Hollande- ne pas sauter à pieds joints dans le chaudron pour faire le matamore et complaire aux Etats-Unis. Il est bien dommage que le président de la République n’ait pas relu le discours de Villepin.

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