Il faudrait que les « Grands » qui dominent la planète fassent un peu attention. L’escalade est un sport dangereux. On ne sait pas comment ça commence mais on sait comment ça peut finir. Très mal. Le drame syrien se met à dégénérer d’une manière invraisemblable. Au début, on nous racontait qu’il s’agissait d’un nouvel épisode du « Printemps arabe ». Un peuple qui se révoltait contre son dictateur. Et puis, rapidement, nous avons compris que, comme ailleurs, le peuple était noyauté par des Islamistes. Les rebelles n’étaient pas des démocrates mais des « fous de Dieu » rêvant d’instaurer une république islamiste, avec application de la Charia et Djihad contre l’Occident. Tout se compliquait encore car le dictateur était alaouite (donc plus ou moins chiite et forcément soutenu par l’Iran) et les rebelles sunnites (donc soutenus par l’Arabie saoudite et la Qatar). Mais surtout et pire encore, le dictateur était le meilleur ami du tsar Poutine qui le finançait, armait, entrainait et encadrait son armée au point que la Syrie n’était, depuis des décennies, qu’une colonie russe après avoir été bien longtemps une colonie soviétique. Nos dirigeants semblaient l’ignorer. Le « Printemps syrien » dépassait de beaucoup les frontières de la Syrie et même celles du monde arabe. Et d’autant plus que, faisant mine de penser que les rebelles étaient des démocrates, l’Occident se croyait obligé, au nom de la Défense des Droits de l’homme qu’on sert à toutes les sauces, de leur apporter ouvertement son soutien. Les médias aux ordres continuaient à nous affirmer qu’on avait affaire à une insurrection populaire alors qu’en fait nous étions en face non seulement d’une véritable double guerre de religion, opposant à la fois les Islamistes au pouvoir laïc et les sunnites aux chiites, mais aussi à une résurgence des pires moments de la guerre froide opposant l’URSS à l’Occident. Chaque fois qu’à Paris, Londres ou Washington on menaçait Assad, tout le monde, et Assad le premier, savait qu’il ne s’agissait que de paroles en l’air puisque les avions, les canons, les chars qui matraquaient sans pitié les rebelles étaient de fabrication russe, entrainés par des Russes, commandés par des Russes. En voulant faire pression sur Assad, nous tentions de faire pression sur Poutine avec l’espoir qu’il renoncerait à sa colonie syrienne et accepterait que ses fantoches au pouvoir à Damas soient remplacés par des Islamistes. C’était, évidemment, d’une naïveté stupéfiante. Et l’escalade des déclarations péremptoires, des avertissements officiels et des menaces solennelles est rapidement devenue redoutable. En fixant une « ligne rouge » (l’utilisation des gaz toxiques) Obama défiait Poutine car il savait très bien que les gaz syriens en question arrivaient de Russie et que jamais Assad ne se serait permis de les utiliser sans l’autorisation du tsar. Assad et Poutine ont relevé le défi. Même s’il ne faut jamais oublier les fausses « armes de destruction massive » dont Washington s’est servi pour attaquer l’Irak de Saddam Hussein ou le faux charnier de Timisoara mis en scène par les ennemis de Ceaucescu, il semble bien que ce soit Assad et non pas les rebelles qui ont utilisé ces gaz toxiques. Mis au pied du mur par leurs propres menaces, Obama est maintenant obligé d’envoyer sa flotte en face des cotes syriennes et Fabius parle de recourir à « la force » alors que Poutine, tout aussi menaçant, leur conseille de se calmer. Il est évident que le premier coup de feu qui sera tiré par les Américains (ou n’importe quel occidental) contre la Syrie provoquera immédiatement une riposte de… Moscou. Obama sait très bien qu’après les « expériences » afghanes et irakiennes, sans même parler du Vietnam, les Américains ne veulent pas se lancer dans une aventure syrienne. Mais il s’est piégé lui-même. Poutine, lui, qui a déjà des problèmes avec ses propres islamistes et qui a repris à son compte toutes les ambitions de la Grande Russie des tzars de jadis (y compris Staline) serait visiblement ravi d’en découdre avec l’Amérique pour retrouver l’aura de l’Union soviétique de jadis qui faisait trembler la planète. Nous en sommes à l’avant-dernière étape d’une course folle vers la guerre. Depuis deux ans, Poutine a prouvé qu’il ne céderait jamais. Washington et la plupart des autres capitales occidentales se sont embringués dans un scénario qui ne peut mener qu’à la catastrophe. Il parait que toutes les grandes crises économiques mondiales conduisent à des guerres du même nom. On ne veut tout de même pas croire que nos dirigeants seraient assez fous pour faire aujourd’hui le pas de plus qui conduirait à un conflit. Ils nous ont raconté qu’ils voulaient défendre des démocrates. Ce sont des Islamistes. Ils nous racontent qu’ils veulent faire céder Assad. C’est Poutine qu’ils ont en face d’eux. Les pires catastrophes peuvent arriver quand les responsables jouent ainsi aux apprentis-sorciers et aux matamores en ignorant les réalités.

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