Chaque président a sa figure de prédilection. Sarkozy voulait marcher au pas de l’oie et marchait en canard. Hollande, lui, au milieu de sa fanfare cacophonique, a inventé le tango-hésitation, variante de la valse du même nom. Un pas en avant, deux pas en arrière, une pirouette et cela finit par un grand écart. C’est curieux à observer. Cette rentrée est cruciale. Tout le monde le sait. D’abord, parce que, étant depuis plus d’un an à L’Elysée, Hollande ne peut plus nous raconter qu’il découvre avec stupéfaction la pitoyable situation du pays et que tout est de la faute de Sarkozy, même si l’UMP elle-même croit bon de se lancer dans un inventaire-procès qui va être dévastateur pour elle. Ensuite, parce que l’état de la France, chômage, dette, déliquescence générale, empire chaque jour en dépit d’une petite reprise que l’on perçoit dans d’autres pays. Enfin, parce qu’on entre dans une ligne droite qui va conduire aux élections municipales et européennes qui seront pour les Français les meilleures des occasions de dire ce qu’ils pensent de ce régime. Or, que voit-on depuis quelques jours ? Une équipe gouvernementale qui se déchire. Le ministre le plus populaire (surtout à droite), Manuel Valls, flingue la ministre devenue d’idole de la gauche bien-pensante, Christiane Taubira, et se fait vitrioler par l’écolo de service, Cécile Duflot. Valls avait demandé l’arbitrage du chef de l’Etat à propos de son « différent » avec la garde des Sceaux sur la réforme pénale, sachant parfaitement que, si Hollande pouvait dribler et tirer dans les coins, il était tout à fait incapable de tenir le rôle d’arbitre sur un terrain. En fait, ce couac (de plus) révélait (une fois de plus) l’incohérence de ce gouvernement avec un ministre de l’Intérieur socialiste mais adepte des meilleures méthodes de la droite musclée, ce qui fait d’ailleurs son succès, une garde des Sceaux, radicale mais d’extrême gauche, ce qui fait aussi son succès mais dans un autre électorat et des écologistes qui, incapable d’imposer leurs théories fumeuses sur la décroissance, jouent les trouble-fête pour tenter d’exister. Devant ce charivari, Hollande se garde bien de prendre la moindre position et de nous dire si un président (socialiste) est pour ou contre la prison et les peines plancher, pour ou contre le regroupement familiale puisque Valls avait aussi évoqué le sujet. Il se contente de faire dire qu’il n’a pas changé d’avis ( ?) et de laisser entendre qu’il a remonté les bretelles du ministre de l’Intérieur. Les Français rigolent. Ils rigolent moins à propos du budget. Ils savent d’expérience que les socialistes ont toujours augmenté les impôts. Les autres aussi d’ailleurs. Mais cette fois les trombes d’eau font déborder le vase. Alors le danseur de tango a trouvé sa pirouette. Il a fait dire par Moscovici qu’il comprenait « le ras-le-bol » des contribuables. S’imagine-t-il que cette compassion va calmer le mécontentement général des cochons de payeurs exsangues ? L’affaire des auto-entrepreneurs est caricaturale du tango-hésitation. L’idée de permettre à des jeunes pleins d’idées ou à des chômeurs voulant s’en sortir de créer leur toute petite entreprise pour essayer de faire leurs preuves était excellente. Même si, évidemment, cela allait provoquer une concurrence « déloyale » pour les vraies entreprises existantes et écrasées par les charges. Il fallait donc trancher en jouant sur le chiffre d’affaires de ces auto-entreprises pour savoir si elles pouvaient toujours bénéficier des avantages prévus, étant bien entendu qu’un plafond trop bas tuait immédiatement ces centaines de milliers de toutes petites entreprises. Mais le danseur de tango ne sait pas trancher. La réforme présentée annonce un plafond… mais ne le fixe pas. Ce qui est curieux c’est qu’après avoir passé des mois à accuser Sarkozy de tous les maux, les socialistes commencent à trouver que certaines idées de cet affreux réactionnaire n’étaient peut-être pas si mauvaises. Valls défend les peines plancher, Ayrault hésite à tuer les auto-entrepreneurs, et, pire encore, certains députés socialistes se demandent si la re-fiscalisation des heures supplémentaires a été une bonne idée. Un pas en avant, deux pas en arrière, une pirouette, le grand écart… Ce n’est pas comme cela qu’il va inverser la courbe du chômage d’ici la fin de l’année.

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