Si François Hollande était un âne –ce que certains n’excluent pas- il ressemblerait furieusement à l’âne de Buridan qui, à force d’hésiter entre un baquet de foin et un baquet d’eau, finit par mourir et de faim et de soif. Hollande hésite, ne sait pas décider, est incapable de fixer un cap, bredouille, bafouille, se contredit, dit n’importe quoi. Est-il socialiste, social-démocrate, social-libéral ? Joue-t-il la croissance ou l’austérité ? Veut-il à tout prix sauver le « système français » qui nous a conduits à la ruine ou se décidera-il, un jour, à lancer les réformes qui s’imposent. Personne n’en sait rien et lui le premier. Ce type qui, après un an de pouvoir, est toujours incapable de définir une politique autrement qu’avec des bla-bla sur la justice sociale, l’équité, la transparence ou le consensus et qui ne sait même pas taper du poing sur la table pour obtenir un minimum de cohérence au sein de son gouvernement n’était décidément pas fait pour la fonction qu’il occupe. Le nouveau, énième, « couac » qui oppose au grand jour Manuel Valls et Christiane Taubira le prouve une fois de plus. Les ministres de l’Intérieur et les ministres de la Justice n’ont jamais eu de bonnes relations. Par fonction, « le premier flic de France » qui veut mettre tous les délinquants et tous les criminels que ses policiers ont arrêtés derrière des barreaux et le Garde des Sceaux qui gèrent les prisons (et, plus difficile encore, les magistrats) sont rarement d’accord. Mais nous n’avions jamais, jusqu’à présent, assisté à une telle guerre ouverte, à boulets rouges, entre la place Vendôme et la place Beauvau. Manuel Valls qui critique, depuis l’origine, le projet de loi de réforme pénale préparé par Christiane Taubira a fait éclater l’abcès en demandant noir sur blanc, dans une lettre aux petits oignons, à Hollande d’« arbitrer » et de « clarifier la politique pénale du gouvernement ». Cette lettre du ministre de l’Intérieur au chef de l’Etat devait, bien sûr, rester secrète. Elle a, naturellement, été publiée dans Le Monde d’hier. Certains se demandent d’où peut bien venir la fuite. Leur naïveté fait peine à voir. Il est évident que Valls, connaissant le fabuleux pouvoir de surdité de Hollande, a voulu rendre publique son contentieux avec celle qu’il appelle avec mépris « la guyanaise ». Pourquoi ? Valls sait très bien qu’il n’aura pas la peau de Taubira qui, depuis son « triomphe » lors du débat sur le mariage homosexuel, est désormais l’icône du gouvernement. D’ailleurs, ce n’est pas ce qu’il demande dans sa lettre. Son exigence est bien pire et ne vise pas la Garde des sceaux mais le président lui-même puisqu’il demande à Hollande d’« arbitrer » et de « clarifier la politique du gouvernement », deux choses qu’il sait impossibles pour le président. Il sait aussi parfaitement qu’il ne risque absolument rien en s’en prenant ainsi à la fameuse « solidarité gouvernementale ». Si Hollande a viré sèchement Delphine Batho qui ne représentait strictement rien, il a toléré sans piper toutes les incartades de Montebourg, de Cécile Duflot et de quelques autres qui se sont payé le luxe de le défier à maintes reprises. Valls a conscience d’être, et de loin, le ministre le plus populaire de cette équipe de branquignoles qui sert d’équipage au capitaine de pédalo. Il est donc, lui aussi, intouchable. En fait, Valls qui a les dents qui rayent tous les parquets des palais dorés de la République et qui se voit déjà traverser la place Beauvau pour s’installer, en face, à l’Elysée, joue maintenant les Sarkozy sous le quinquennat de Chirac. Comme son illustre prédécesseur, il nargue, il défie, il tente de ridiculiser le président pour apparaitre comme le seul homme recours en face d’un roi fainéant. C’est, évidemment, assez habile. Les Français, de nouveau inquiets de tous les problèmes de sécurité et scandalisés par l’incurie de la justice, lui donnent raison, même si, depuis qu’il est à l’Intérieur, les chiffres de la délinquance et de la criminalité n’ont fait qu’augmenter. Mais lui au moins, comme jadis Sarkozy, a l’air « d’en vouloir ». Cela dit, d’ici à 2017, Valls a tout le temps qu’il faut pour se casser les dents et dégringoler dans les sondages. Ce qui est intéressant aujourd’hui c’est de constater qu’une fois de plus Hollande est incapable d’imposer un minimum de cohérence à son gouvernement et, plus grave encore, de définir la politique de sécurité qu’il entend mener. Les policiers de Valls vont donc continuer à arrêter les délinquants, les magistrats de Taubira à les libérer… et la France à aller à vau-l’eau. Avec ce nouveau coup d’éclat, Valls ne fait pas vaciller Taubira, l’indépendantiste guyanaise qui n’a rien à faire place Vendôme, mais Hollande lui-même, le mollasson dont on se demande de plus en plus ce qu’il fait à l’Elysée.

Mots-clefs : , ,