Obama, Cameron et Hollande avaient été formels. En multipliant les déclarations guerrières, les fanfaronnades et les rodomontades, ils avaient, tous les trois, affirmé qu’ils allaient « punir » sans pitié Assad d’avoir utilisé des gaz toxiques contre son peuple. L’Occident allait partir en guerre contre ce dictateur criminel et démontrer à la face du monde qu’il y avait une morale, la sienne, à respecter. A Washington, à Londres et à Paris, les états-majors préparaient leurs plans et mobilisaient leurs forces. Les trois hommes étaient convaincus de leur bon droit, d’avoir une victoire facile et pour pas cher à portée de main et tous les trois étaient persuadés qu’ils allaient se faire acclamer par leurs opinions publiques respectives, chauffées à blanc par des images, en effet, insoutenables et une propagande savamment orchestrée. Aucun des trois hommes ne mettait en doute la culpabilité d’Assad, alors que la mission des experts de l’Onu sur place n’avait pas encore rendu ses conclusions. Aucun des trois hommes n’attachait la moindre importance à la position de la Russie et de la Chine qui s’opposaient farouchement, à coup de veto au Conseil de sécurité, à une toute intervention. Aucun des trois hommes ne voulait imaginer une seule seconde les conséquences catastrophiques qu’une attaque de la Syrie par l’Occident pourrait avoir sur la Syrie elle-même, sur toute la région et sur les relations internationales. Or, il était évident qu’une opération menée contre lui par Washington, Londres et Paris allait permettre à Assad d’intensifier encore (avec l’aide de Moscou) sa répression contre les « rebelles » puisque ceux-ci apparaitraient alors comme les alliés de l’Occident ; que l’Iran et l’Irak (chiites) allaient immédiatement courir au secours de Damas ; qu’Assad allait tenter de se venger contre les « amis » de ces occidentaux, c’est-à-dire Israël, le Liban, la Jordanie et la Turquie ; et que, sur le plan planétaire, on allait revivre les pires moments de la guerre froide, Poutine ne pouvant que réagir à cette offensive contre son meilleur allié au Proche-Orient. On est sidéré que le président de la plus grande puissance mondiale, le Premier ministre de sa Gracieuse Majesté et le président français se soient aussi imprudemment embarqués dans cette affaire. N’ont-ils, aucun de trois, pas un seul conseiller connaissant un peu le Proche-Orient, ayant compris que les « rebelles » syriens étaient des islamistes, que nous n’avions rien à faire dans une guerre de religion opposant Sunnites et Chiites, ayant un peu de mémoire et se souvenant aussi bien de l’Afghanistan que de l’Irak et, presque surtout, ayant réalisé que Poutine voulait devenir le tsar de toutes les Russies ? La démocratie est parfois bien utile. Elle permet de rappeler quelques vérités premières à ces potentats qui, sous prétexte qu’ils ont été élus, se croient tout permis. Tout a commencé par quelques centaines de manifestants à Trafalgar square qui ont rappelé à Cameron que la culpabilité d’Assad n’était pas démontrée, que les lois internationales exigeaient désormais un feu vert de l’ONU pour lancer la moindre intervention au nom de la communauté internationale et surtout que la Grande-Bretagne avait « déjà donné » en suivant docilement la Maison-Blanche qui avait brandi, à propos des armes de destruction massive de Saddam Hussein, des « preuves » totalement fausses. Cameron, sentant le vent tourner, a alors eu l’idée de demander leur avis aux membres de la chambre des Communes. C’était une manière si ce n’est élégante du moins très british pour lui de se sortir du guêpier. La réponse des Communes était prévisible et fut sans appel. Non, les Britanniques ne voulaient pas se lancer dans cette guerre et Cameron s’inclinait, sans doute ravi, devant la voix du peuple. Obama qui, lui aussi, commence à se demander ce qui lui a pris dans cette histoire, va faire la même chose et demander au Congrès s’il faut ou non faire cette guerre. Les élus américains préparant déjà les élections du « mi-terme », la réponse est, là aussi, prévisible. Les électeurs américains n’ont oublié ni l’Irak ni l’Afghanistan ni même le Vietnam. Restera alors, seul en piste, nu comme un ver et un brin ridicule, François Hollande. On imagine mal, militairement et politiquement, la France partant, seule, en guerre contre Assad (et par la même occasion contre Moscou, Pékin, Téhéran et Bagdad). L’ennui c’est que Hollande en a rajouté beaucoup plus que les autres, dans l’indignation, dans la condamnation et dans les annonces de « punition », ainsi d’ailleurs que dans le soutien aux « rebelles ». La droite (Borloo et Copé notamment) vient d’offrir une porte de sortie à Hollande en demandant un débat au parlement avec vote, comme à Londres ou à Washington. Le chef de l’Etat serait évidemment bien inspiré en acceptant. Tous les sondages affirment que les Français sont désormais hostiles à l’intervention (64% selon BVA) et il est donc plus que vraisemblable que nos parlementaires -et même ceux qui se sont montrés les plus va-t-en-guerre ces derniers temps- retrouveraient un minimum de lucidité. Et la guerre de Syrie n’aura pas lieu pour paraphraser Giraudoux. Assad pourra continuer à écraser ses rebelles, les pays voisins souffleront, Poutine triomphera, le prix du baril redescendra, les bourses seront rassurées et Obama, Cameron et Hollande seront ridicules à la face du monde. Pour les deux premiers ce sera relativement nouveau.

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