Personne ne conteste que l’usage de gaz toxiques contre des populations civiles (et sans doute militaires) soit un crime contre l’Humanité, même si on peut s’étonner que la morale internationale ne trouve rien à redire aux bombardements aériens massifs et aux pilonnages intensifs par l’artillerie de ces mêmes populations civiles qui font tout autant de victimes. En fait, c’est la guerre elle-même qui est un crime contre l’Humanité, mais cela il ne faut pas le dire. La déclaration de guerre –car c’en est bien une- que vient de faire François Hollande à la Syrie qu’il veut « punir » est stupéfiante. D’abord, il n’a même pas attendu le rapport des experts de l’ONU qui, sur place, doivent vérifier s’il y a bien eu usage de ces gaz toxiques et surtout si c’est bien Assad et les siens qui les ont utilisés. L’histoire fourmille d’exemples de manipulations où un camp tire contre lui-même afin d’accuser son adversaire des pires ignominies. Ceux qui prônent la prudence en faisant remarquer qu’Assad était en train de gagner la guerre et qu’il savait parfaitement qu’Obama avait fixé une « ligne rouge » ont parfaitement raison. N’oublions pas que Bush a déclenché la guerre d’Irak pour anéantir les armes de destruction massive de Saddam Hussein, armes qui n’existaient pas, ce que savait d’ailleurs le président américain. Ensuite, depuis quand le président de la République française a-t-il pour mission de « punir » les régimes dictatoriaux de la planète qui commettent des crimes contre l’humanité ? Les Russes ont exterminé les Tchétchènes, les Chinois ont exterminé les Tibétains sans que quiconque ait jamais eu l’idée de « punir » Moscou ou Pékin. Ce fameux « droit d’ingérence », inventé par l’ineffable Kouchner, qui n’est rien d’autre qu’une résurgence du colonialisme d’antan, est à géométrie très variable. Enfin, quand on déclare la guerre, il faut savoir pourquoi. Assad ne menace pas la France ni même nos intérêts lointains. Il se bat contre des rebelles islamistes qui, eux, veulent déclarer le djihad à tout l’Occident. Autant dire que si nous devions choisir notre camp, nous devrions plutôt choisir le dictateur que ceux qui veulent instaurer une tyrannie islamiste, imposer la Charia à leur peuple et aider tous les terroristes qui projettent de déposer des bombes chez nous. Hollande déclare la guerre à Assad parce qu’il a –peut-être- tué ses ennemis au gaz toxique et non pas à l’arme lourde. On peut protester, s’indigner, condamner, sans pour autant faire la guerre. Car que vont faire nos marins et nos aviateurs avec leurs amis américains et britanniques ? Ils vont bombarder, pilonner, envoyer des missiles sur la Syrie. C’est-à-dire faire des morts, par centaines, peut-être par milliers. Alors qu’Assad lui-même sera, sans doute, bien à l’abri dans le blockhaus souterrain d’un de ses palais. Les opérations dites « chirurgicales » font toujours surtout beaucoup de dégâts dits « collatéraux ». On ne nous a jamais précisé combien de civils notre aviation avait tués en Afghanistan ou en Libye. Hollande veut faire une guerre internationale pour arrêter… une guerre civile ! Mais il y a encore beaucoup plus grave. La Syrie n’est ni l’Afghanistan, ni la Libye et encore moins le Mali. C’est le cœur du monde arabe. Nasser lui-même déclarait « Le coeur de la nation arabe palpitera toujours à Damas ». En attaquant Damas, l’Occident ravivera toutes les rancoeurs, toutes les haines de tout le monde arabe –et peut-être même islamique- contre lui. Et même si les Egyptiens, les Irakiens, les Jordaniens, les Libanais et tous les autres ne portent pas Assad dans leur cœur, la première bombe « occidentale » qui tombera sur la Syrie reformera immédiatement la solidarité arabe contre nous. On l’a vu avec la guerre américaine en Irak, alors pourtant que personne dans le monde arabe n’appréciait Saddam Hussein. Pire encore, la Syrie est une colonie russe (plus encore que l’Egypte n’est une colonie américaine) et le soutien indéfectible de Moscou à Assad le rappelle depuis deux ans. Jamais Poutine n’acceptera que nos Rafales abattent des Migs syriens, bombardent des entrepôts de chars russes, écrasent sous leurs bombes des états-majors pleins de conseillers russes. Que va-t-il alors se passer ? Nous sommes de nouveau en pleine « guerre froide ». A cette époque, à plusieurs reprises, les Soviétiques et les Américains ont joué avec les allumettes et le pire a bien failli arriver, à Berlin, à Cuba et ailleurs. Il est sidérant qu’on soit revenu à cette situation et stupéfiant que François Hollande en soit inconscient au point de jouer à son tour avec des allumettes. Et quand on nous dit que cette guerre « punitive » ne durera que « quelques jours », on nous prend encore pour des imbéciles. Si « nos » bombardements ne durent que trois jours, cela ne servira évidemment à rien d’autre qu’à faire d’Assad une victime et qu’à lui donner toutes les raisons de massacrer plus encore ses opposants qui seront alors devenus les alliés officiels des ennemis de la Syrie. Si nous voulons renverser le dictateur pour donner le pouvoir aux Islamistes, il faudra, comme en Irak, aller « au sol » et envahir le pays, pâté de maisons par pâté de maisons. Hollande ferait beaucoup mieux de s’occuper du chômage qui a encore augmenté et de la réforme des retraites qui n’est visiblement pas au point. Il a sans doute oublié que même sa victoire au Mali ne l’avait pas fait remonter dans l’estime des Français.

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