Thibault Lanxade, l’un des ténors du Medef et accessoirement fils d’amiral, n’est pas à proprement parler un rigolo. Il fallait donc que François Hollande se surpasse aujourd’hui avec sa réunion gouvernementale de réflexion sur la France de… 2025 pour qu’il s’écrie : « Hollande me fait rigoler ». Et il est vrai qu’il y avait quelque chose de cocasse, pour ne pas dire plus, à voir, ce matin, le président de la République recevoir tous ses ministres et, comme un petit pion, leur demander leurs copies. C’était le surveillant général, Jean-Marc Ayrault, qui, il y a quinze jours, avait exigé qu’ils mettent tous, noir sur blanc, l’idée qu’ils se faisaient de la France dans douze ans. En quelque sorte, un devoir de vacances. On sait que l’un des grands reproches que l’on fait à l’actuel locataire de l’Elysée est de n’avoir aucune vision sur l’avenir, de ne pas savoir fixer un cap et d’être totalement incapable de dire aux Français pourquoi il leur faudrait faire les efforts qu’on leur demande ou d’expliquer aux jeunes ce que sera leur existence, dans quelle France ils peuvent espérer vivre. Personne ne reprochera donc à François Hollande de réfléchir à ce que pourrait être la France de 2025. 2025, c’est loin mais tout le monde sait qu’il faut plus de dix ans pour construire de grandes infrastructures, pour aménager des régions, pour créer de nouvelles industries, pour faire démarrer une autre économie. 2025 sera l’année de l’entrée dans la vie active de nos écoliers qui entrent aujourd’hui au collège. Ce qui fait rigoler Lanxade et beaucoup d’autres c’est, bien sûr, la méthode, typiquement hollandaise. D’abord, en réunissant sa petite classe, le président de la République reconnait implicitement qu’il n’a lui-même aucune idée sur ce que sera l’avenir du pays (qu’il dirige). C’est tout de même très ennuyeux. On aurait pu espérer qu’en étant candidat en 2012, avec, bien sûr, l’espoir d’être réélu en 2017, c’est-à-dire au pouvoir jusqu’en 2022, il avait une petite idée sur ce que le pays pourrait devenir en 2025. Qu’il en soit réduit à demander ce que sera la France dans plus de deux quinquennats à, par exemple, Mmes Benguigui, Connay-Mouret, Escoffier ou Pinel et à Mrs. Arif ou Garot (dont personne n’a jamais entendu parler depuis qu’ils sont au gouvernement) est évidemment affligeant. C’est toujours la même obsession de la concertation et de la recherche du consensus, chère à l’ancien apparatchik de la rue Solferino, afin de mieux cacher son absence de volonté, pire même, son manque de clairvoyance. Il continue à naviguer à la godille dans le brouillard. Ensuite, vu l’auberge espagnole qu’est ce gouvernement, on aimerait connaitre les idées qu’ont pu émettre les francs-tireurs comme Cécile Duflot, Hamon, Montebourg, voire même Christiane Taubira et Manuel Valls qui n’ont visiblement pas la même conception de l’avenir de la France. Enfin, débattre de l’avenir de la France à trente-neuf et en deux heures d’horloge est évidemment une rigolade. Il s’agissait de la rentrée politique du président et du gouvernement. Une rentrée en fanfare ! Une fanfare de cirque pour une très vulgaire opération de com ! On comprend le rire grinçant de Lanxade. Mais la majorité des Français va, sans doute, se contenter de hausser les épaules. Ils n’ont pas le coeur à rire en ce moment. En essayant de nous raconter qu’on rasera gratis non plus demain mais en 2025, Hollande veut-il faire oublier sa promesse d’inverser la courbe du chômage dans les quatre mois qui viennent ? Veut-il nous faire croire qu’il règlera le problème des retraites sans augmenter la durée des cotisations, c’est-à-dire, en fait, sans reculer l’âge de la retraite ? Tente-il de nous expliquer que le budget qu’il prépare n’exigera pas une cascade d’augmentations de tous les prélèvements obligatoires ? Gamberger sur les prochaines lunes entre copains pour passer le temps est totalement irresponsable quand la maison brûle. Nos cinq millions de chômeurs, nos retraités sans le sou, toutes les classes moyennes et tous les défavorisés qui voient leur revenu baisser de mois en mois savent très bien que, si rien ne change aujourd’hui, immédiatement, tous les plans sur la comète que tirent, comme des pétards mouillés, nos dirigeants ne sont que des vessies à la place de lanternes et qu’en 2025 la France ne sera plus qu’un champ de ruines. Ils voudraient nous faire croire que le paradis est pour bientôt alors que nous pataugeons dans l’enfer. Hollande s’était fait élire en affirmant que le changement c’était pour « maintenant ». Eh bien maintenant c’est pour 2025, et sans aucune précision d’ailleurs. Les Français sont sans doute naïfs mais il n’est pas sûr qu’ils soient patients à ce point.

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