Obama, Cameron et Hollande semblent vouloir un peu réfléchir et, en tous les cas, savoir qui a vraiment utilisé des gaz toxiques contre la population syrienne avant de se lancer dans leur guerre contre le Syrie. C’est le moins qu’on puisse leur demander. Il ne fait aucun doute que le peu d’enthousiasme que montrent leurs populations respectives pour cette nouvelle aventure guerrière les incite à la prudence, si ce n’est à la retenue. Si les Américains, les Britanniques et les Français ont, évidemment, été bouleversés par les images, diffusées en boucle sur toutes les chaines de télévision, de ces enfants suffocants et agonisants dans la banlieue de Damas, les peuples se méfient désormais de toutes les opérations de propagande, savent très bien que les guerres qu’on leur annonce comme devant être « brèves et chirurgicales » dégénèrent, bien souvent, en des conflits interminables et meurtriers pour les populations civiles et comprennent de moins en moins que leurs dirigeants veuillent faire la loi à travers la planète et imposer leur morale à tous les petits pays lointains. Certains diront qu’après toutes les déclarations menaçantes de ces derniers jours, si Washington, Paris et Londres remettaient sagement leurs revolvers dans leurs étuis, ils se discréditeraient. D’autres veulent croire que ces quelques jours de folie collective suffiront à faire comprendre à Assad qu’il y a, en effet, des limites à ne pas franchir. On verra bien. Ce qui est le plus surprenant c’est l’attitude de François Hollande. Tout le monde affirme que, si opération militaire il y a, elle n’aura qu’un objectif : punir Assad pour avoir utilisé des armes interdites et par la même occasion bien faire comprendre à tous les potentats de son acabit que la communauté internationale ne tolérera jamais le recours à ces armes chimiques, proscrites par toutes les conventions internationales. Et à Washington comme à Londres, on a bien précisé qu’il n’était pas question de renverser Assad lui-même. Or, ce matin, alors qu’il venait de donner ordre à l’un des plus beaux bâtiments de notre marine de mettre le cap sur les cotes syriennes, le président de la République a reçu avec tous les honneurs Ahmed Jarba, le président de la Coalition Nationale Syrienne et lui a répété que la France l’aiderait par tous les moyens. Alors, veut-on simplement « punir » le dictateur syrien ou veut-on le remplacer par cette coalition dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est qu’elle est désormais totalement noyautée par des Islamistes extrémistes bien proches d’al Qaïda ? François Hollande a déclaré que cette coalition était « la représentante légitime » du peuple syrien. Il ne faut jamais abuser du mot « légitime ». Rien ne permet au président français d’affirmer que Jarba et les quelques exilés qui l’entourent aient la moindre « légitimité » pour représenter le peuple syrien dans son ensemble. Ayant passé des années d’exil dans les arrière-salles des bistrots européens et dans les arrière-cours de la CIA, ils n’ont d’ailleurs aucune autorité sur les rebelles qui combattent sur le terrain. Si leur rêve est évidemment que les troupes américano-franco-britanniques les installent au pouvoir à Damas, ils n’ont pour l’instant reçu de « légitimité » que de la bouche de Hollande, ce qui est bien peu. Que François Hollande veuille « punir » Assad est une chose, déjà fort discutable en elle-même, mais qu’il veuille, en plus, désigner lui-même le futur éventuel régime syrien est absurde et parfaitement… illégitime. Il s’imagine parce que Jarba et ses amis sont en costume-cravate que cette opposition est démocratique et laïque et donc proche de l’Occident et de nos valeurs. Il oublie que les rebelles sont des « barbus » adeptes de la Charia et du djihad et que les démocrates syriens –à commencer par les chrétiens- soutiennent Assad tant ils redoutent la victoire de ces rebelles « fous de Dieu ». Autant dire que la France soutient aujourd’hui des fantoches qui ne représentent personne et si c’est pour mettre ces marionnettes au pouvoir à Damas, mieux vaut rester chez nous.

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