La réforme des retraites nous avait été annoncée comme le premier des travaux d’Hercule auxquels allait s’attaquer François Hollande. Et il est vrai qu’il n’avait guère le choix puisque notre système des retraites plonge dans les abymes de la pire des faillites. D’ailleurs, on l’a déjà oublié mais Hollande nous avait promis « le changement » pour « maintenant » tout en nous affirmant qu’il allait « ré-enchanter le rêve français ». Certains Français avaient cru comprendre qu’il allait savamment « changer » toutes les règles de tous nos systèmes qui ont conduit tous nos comptes dans le rouge vif. Et bien bernique de changement ! Hercule recule et même se dégonfle comme une vieille baudruche déjà fatiguée. Pourtant le problème des retraites est d’une simplicité biblique. Avec l’allongement (heureux) de l’espérance de vie et notre système de répartition, il est évident qu’il faut que chacun travaille plus longtemps puisque les actifs ne peuvent plus payer les retraites de vieillards qui s’entêtent à vivre jusqu’à 90 ans, voire plus encore, c’est-à-dire à vivre aux crochets des autres pendant trente ans. Tout comme il est évident que, dans un pays qui prône la justice, l’égalité, l’équité, il n’est pas tolérable que certains puissent partir avant les autres et avoir une retraite calculée sur leurs six derniers mois de salaire et non, comme les autres, sur leurs vingt-cinq meilleurs années, et cela sous le simple prétexte qu’ils ont, tout au cours de leur carrière, bénéficié de la garantie de l’emploi tout en ne faisant (pour certains) que des cocottes en papier dans des bureaux bien chauffés. En fait l’équation est facile. Puisqu’on ne peut décemment ni baisser les retraites, ni augmenter les cotisations, il faut impérativement reculer l’âge du départ à la retraite de 62 ans à 64 ou 65 ans, comme dans la plupart des pays, et aligner, bien sûr, les retraites du public (et de tous les statuts spéciaux) sur celles du privé. Les derniers arbitrages n’ont pas encore été faits. Mais aujourd’hui, recevant les syndicats, Jean-Marc Ayrault a déjà annoncé : 1) qu’il n’était pas question de reculer l’âge du départ à la retraite, 2) qu’il n’était pas question d’aligner le statut des fonctionnaires sur celui des salariés du privé, 3) que les retraites ne baisseraient pas, 4) que les cotisations n’augmenteraient pas. On croit rêver. Mais c’est un cauchemar. Nous avons des dirigeants totalement incompétents. Nous nous en doutions depuis déjà quelques mois –quinze mois pour être précis- mais, cette fois, ils dépassent les bornes de l’irresponsabilité. On nous dira que le candidat Hollande avait promis de ramener l’âge de la retraite à 60 ans et qu’il faut déjà qu’on soit content qu’il n’annule pas purement et simplement la petite réforme de Sarkozy. On nous dira aussi que, vu les sondages et les prochaines échéances des municipales et des européennes, Hollande ne peut vraiment pas se mettre à dos le peu qui lui reste de son fonds de commerce électoral, les fonctionnaires. Mais alors quid des milliards de déficit de notre système de retraites ? Là encore pas de changement. Les socialistes ont toujours leurs bonnes vieilles recettes. C’est par… l’impôt qu’ils vont tenter de boucher les trous de la retraites. Alors que Moscovici, lui-même, vient d’évoquer « le ras-le-bol fiscal » des Français et que Ségolène Royal, elle-même, vient, à propos de la nouvelle taxe carbone annoncée par Philippe Martin, le ministre de l’Ecologie, de déclarer, avec sa naïveté proverbiale : « Une hausse des prélèvements aurait un effet mécanique sur le pouvoir d’achat et des effets psychologiques néfastes », Hollande et Ayrault n’ont rien trouvé de mieux, pour « sauver nos retraites », que d’imaginer d’avoir recours à une dose supplémentaire de matraquage fiscal ! Ils n’ont toujours pas compris –et ils ne comprendront sans doute jamais- que si la France était en train de crever c’était parce que les entreprises et les particuliers étaient écrasés d’impôts, ce qui tuait à la fois les investissements (et donc la compétitivité) et la consommation, les deux « mamelles » indispensables pour espérer retrouver, un jour, un semblant de croissance. Ils continuent à croire qu’il suffit de faire « payer les riches » pour régler, comme par enchantement, tous les problèmes. Mais les riches sont une espèce en voie de disparition dans notre pays. Et ce sont maintenant les classes dites moyennes et à peine moyennes qu’il faut matraquer.

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