Des centaines de morts en Egypte, des milliers en Syrie. Au Caire, un nouveau dictateur fait tirer ses chars sur les Frères musulmans. A Damas, un dictateur chevronné fait tirer peut-être des armes chimiques sur ses rebelles qui crient « Allah ou Akbar » (Dieu est grand). Ici c’est l’armée pro-américaine qui veut écraser ses islamistes, là c’est l’armée prorusse qui, depuis des mois, veut en faire autant avec les siens. En Occident, certains s’indignent de l’inertie des grandes capitales devant ces massacres. Mais, d’abord, que faire ? Tout le monde sait que Poutine soutient à bout de bras Assad et on a compris qu’Obama, malgré toutes ses déclarations, approuve totalement le général al Sissi. Moscou et Washington veulent sauvegarder leurs chasses gardées respectives et redoutent les Islamistes. A propos de la Syrie, notre ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, vient d’évoquer un recours à « la force ». Ca veut dire quoi ? Au quai d’Orsay, on précise qu’il pourrait y avoir une gradation. On commencerait par l’envoi de médicaments aux rebelles, puis on leur enverrait des armes, puis on interdirait l’espace aérien pour garantir des corridors de sécurité, puis, on verrait… Or, nous envoyons déjà des médicaments, l’Arabie saoudite et le Qatar envoient déjà des armes et beaucoup d’argent sans quoi, bien sûr, les rebelles n’existeraient plus depuis longtemps. L’étape suivante devant laquelle nous sommes en fait maintenant, le contrôle de l’espace aérien, ne signifie rien d’autre que l’entrée en guerre avec une aviation qui détruirait les Migs syro-russes et bombarderait les aérodromes syriens contrôlés par des experts de Moscou. Sauf à imaginer une nouvelle guerre mondiale, la chose est difficilement concevable. Et Fabius aurait, sans doute, mieux fait de se taire. Obama qui avait déclaré il n’y a pas si longtemps que si Assad utilisait des armes chimiques ce serait le franchissement d’une « ligne rouge » est pour le moins embarrassé. La « ligne rouge » a vraisemblablement été franchie et il sait qu’il ne peut rien faire. Lui aussi aurait mieux fait de ne pas brandir de menaces. Tout le monde déplore sans doute très sincèrement ces innombrables victimes. Mais personne ni à la Maison-Blanche ni au Kremlin (ni, du moins veut-on l’espérer, à Paris) ne souhaite la victoire des Islamistes ni en Egypte ni en Syrie. Que Morsi ait été élu démocratiquement et qu’Assad soit un abominable dictateur n’a aucune importance. Il est d’ailleurs difficile d’évoquer les Droits de l’Homme pour défendre les « fous de Dieu » qui sont les premiers à vouloir les bafouer. La situation rappelle la seconde moitié du XXème siècle, avec des Américains soutenant leurs amis égyptiens et des Russes soutenant leurs vassaux syriens. C’est de la guerre froide réchauffée. Mais en même temps, ces deux drames inaugurent parfaitement ce qui risque bien de marquer le XXIème siècle : la guerre entre l’Islam et « les autres ». Ces « autres » dont nous faisons partie doivent avoir le courage du cynisme. Il est, bien sûr, de bon ton de s’indigner des tueries et de protester sur tous les tons, mais il ne faut pas se tromper de camp et ne jamais oublier que c’est l’Occident qui, au nom des Droits de l’homme, a donné la victoire à l’ayatollah Khomeiny et créé de toutes pièces les Talibans. On comprend d’ailleurs qu’aujourd’hui l’ineffable Kouchner se soit prononcé pour une intervention armée en Syrie aux côtés des rebelles…

Mots-clefs : , ,