Ce matin, l’armée égyptienne a, au nom de la démocratie, tué 125 islamistes qui manifestaient en faveur du président Morsi, démocratiquement élu et renversé puis emprisonné par la junte. Un drame chassant toujours l’autre, on ne nous a pas dit combien Bachir el Assad avait, de son côté en Syrie, tué aujourd’hui d’islamistes luttant, eux aussi, au nom de la démocratie contre son régime. Mais, comme il en a sans doute déjà massacré plus de 100.000, on ne compte plus. Pour l’instant, on a bien l’impression qu’Assad, soutenu à bout de bras par les Russes, a gagné la partie alors que les militaires égyptiens, soutenus plus discrètement par les Américains, ne sont pas encore arrivés au bout de leur peine. Ce qui est sûr c’est qu’on se retrouve exactement dans la situation d’autrefois avec Washington finançant et armant l’Egypte de Sadate ou de Moubarak et Moscou en faisant autant avec la Syrie des Assad père et fils. On en est revenu à la guerre froide de jadis par petits pays interposés. La seule différence, et elle est d’importance, c’est que maintenant les uns et les autres ont en face d’eux des islamistes qui, en plus, très curieusement, se présentent en démocrates, défendant, ici, un président élu, luttant, là, contre un vrai dictateur. Moscou et Washington affirment, chacun de leur côté, vouloir lutter contre le danger islamiste et donc pour la démocratie. Même si cela les conduit à défendre, les uns, un dictateur sanguinaire en Syrie, les autres des putschistes qui n’hésitent pas à tirer dans la foule en Egypte. Mais personne n’est dupe. Les deux super-grands veulent simplement sauvegarder leurs chasses gardées respectives. Pour les Russes, leur colonie syrienne est un débouché essentiel sur la Méditerranée, pour les Américains, l’Egypte du Canal de Suez reste le cœur du monde arabe. Ce qui est frappant c’est que l’Europe, Paris, Londres, Berlin et les autres, n’ont plus leur mot à dire dans ces deux conflits. Ils ont lancé des appels à l’apaisement, proposé leurs services, voulu organiser des rencontres, des conférences, personne ne les a écoutés. L’Europe n’existe plus. Elle est totalement ignorée, méprisée par le reste de la planète. Et la France la première. Sans remonter jusqu’aux Croisades ni même jusqu’à Napoléon III qui dépêchait des troupes pour protéger les Maronites massacrés par les Druzes, il n’y a pas si longtemps encore Paris envoyait des soldats au Liban pour tenter de sauvegarder ce malheureux petit pays et la voix de la France pouvait encore se faire (un peu) entendre au milieu du fracas des armes. Aujourd’hui, nous ne sommes plus que des spectateurs impuissants, lointains et attristés. Certains diront que nous n’aurions que de mauvais coups à prendre en mettant un pied dans ce chaudron explosif et qu’après tout ces Arabes n’ont qu’à s’entretuer entre eux avec la bénédiction des deux Grands. Ce n’est qu’en partie vrai. Nous sommes riverains de la Méditerranée, nos liens avec ces deux pays sont historiques, nous avons, chez nous, une importante communauté musulmane toujours très sensible à ce qui se passe au Proche-Orient et, surtout, nous prétendons encore être « une grande puissance » avec son siège permanant au Conseil de sécurité de l’ONU.. L’ennui c’est, d’abord, que nous ne sommes plus « une grande puissance ». Ensuite, pire encore, que notre diplomatie est totalement incohérente. Nous approuvons les islamistes à Tunis, les combattons au Mali, les applaudissons en Syrie, les redoutons en Egypte, tout en interdisant le port du voile chez nous. Non seulement nous n’existons plus matériellement mais, en plus, nous nous sommes totalement décrédibilisés politiquement. En défendant soi-disant la démocratie, nous sommes tantôt avec les Islamistes, tantôt contre eux. Et, en France même, nous passons notre temps à nous prendre les pieds dans tous les tapis de prière en parlant d’un « islam à la française » qui serait parfaitement compatible avec nos valeurs et notre démocratie. Il serait grand temps que nos dirigeants comprennent que la démocratie et l’islamisme sont totalement incompatibles et, pire, que l’islamisme nous a déclaré la guerre. Ce qui nous ferait alors soutenir les opposants tunisiens, les militaires égyptiens et la dictature syrienne, quitte à décevoir nos « amis » américains qui jouent leur propre jeu et avec le feu. Mais, bien sûr, ce serait de la « réalpolitique » ce qui n’est jamais très glorieux et nécessite une certaine connaissance des choses que ni Hollande ni son équipe n’ont jamais eue.

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