Archives par moisaoût 2013



La guerre de Syrie n’aura pas lieu…

Obama, Cameron et Hollande avaient été formels. En multipliant les déclarations guerrières, les fanfaronnades et les rodomontades, ils avaient, tous les trois, affirmé qu’ils allaient « punir » sans pitié Assad d’avoir utilisé des gaz toxiques contre son peuple. L’Occident allait partir en guerre contre ce dictateur criminel et démontrer à la face du monde qu’il y avait une morale, la sienne, à respecter. A Washington, à Londres et à Paris, les états-majors préparaient leurs plans et mobilisaient leurs forces. Les trois hommes étaient convaincus de leur bon droit, d’avoir une victoire facile et pour pas cher à portée de main et tous les trois étaient persuadés qu’ils allaient se faire acclamer par leurs opinions publiques respectives, chauffées à blanc par des images, en effet, insoutenables et une propagande savamment orchestrée. Aucun des trois hommes ne mettait en doute la culpabilité d’Assad, alors que la mission des experts de l’Onu sur place n’avait pas encore rendu ses conclusions. Aucun des trois hommes n’attachait la moindre importance à la position de la Russie et de la Chine qui s’opposaient farouchement, à coup de veto au Conseil de sécurité, à une toute intervention. Aucun des trois hommes ne voulait imaginer une seule seconde les conséquences catastrophiques qu’une attaque de la Syrie par l’Occident pourrait avoir sur la Syrie elle-même, sur toute la région et sur les relations internationales. Or, il était évident qu’une opération menée contre lui par Washington, Londres et Paris allait permettre à Assad d’intensifier encore (avec l’aide de Moscou) sa répression contre les « rebelles » puisque ceux-ci apparaitraient alors comme les alliés de l’Occident ; que l’Iran et l’Irak (chiites) allaient immédiatement courir au secours de Damas ; qu’Assad allait tenter de se venger contre les « amis » de ces occidentaux, c’est-à-dire Israël, le Liban, la Jordanie et la Turquie ; et que, sur le plan planétaire, on allait revivre les pires moments de la guerre froide, Poutine ne pouvant que réagir à cette offensive contre son meilleur allié au Proche-Orient. On est sidéré que le président de la plus grande puissance mondiale, le Premier ministre de sa Gracieuse Majesté et le président français se soient aussi imprudemment embarqués dans cette affaire. N’ont-ils, aucun de trois, pas un seul conseiller connaissant un peu le Proche-Orient, ayant compris que les « rebelles » syriens étaient des islamistes, que nous n’avions rien à faire dans une guerre de religion opposant Sunnites et Chiites, ayant un peu de mémoire et se souvenant aussi bien de l’Afghanistan que de l’Irak et, presque surtout, ayant réalisé que Poutine voulait devenir le tsar de toutes les Russies ? La démocratie est parfois bien utile. Elle permet de rappeler quelques vérités premières à ces potentats qui, sous prétexte qu’ils ont été élus, se croient tout permis. Tout a commencé par quelques centaines de manifestants à Trafalgar square qui ont rappelé à Cameron que la culpabilité d’Assad n’était pas démontrée, que les lois internationales exigeaient désormais un feu vert de l’ONU pour lancer la moindre intervention au nom de la communauté internationale et surtout que la Grande-Bretagne avait « déjà donné » en suivant docilement la Maison-Blanche qui avait brandi, à propos des armes de destruction massive de Saddam Hussein, des « preuves » totalement fausses. Cameron, sentant le vent tourner, a alors eu l’idée de demander leur avis aux membres de la chambre des Communes. C’était une manière si ce n’est élégante du moins très british pour lui de se sortir du guêpier. La réponse des Communes était prévisible et fut sans appel. Non, les Britanniques ne voulaient pas se lancer dans cette guerre et Cameron s’inclinait, sans doute ravi, devant la voix du peuple. Obama qui, lui aussi, commence à se demander ce qui lui a pris dans cette histoire, va faire la même chose et demander au Congrès s’il faut ou non faire cette guerre. Les élus américains préparant déjà les élections du « mi-terme », la réponse est, là aussi, prévisible. Les électeurs américains n’ont oublié ni l’Irak ni l’Afghanistan ni même le Vietnam. Restera alors, seul en piste, nu comme un ver et un brin ridicule, François Hollande. On imagine mal, militairement et politiquement, la France partant, seule, en guerre contre Assad (et par la même occasion contre Moscou, Pékin, Téhéran et Bagdad). L’ennui c’est que Hollande en a rajouté beaucoup plus que les autres, dans l’indignation, dans la condamnation et dans les annonces de « punition », ainsi d’ailleurs que dans le soutien aux « rebelles ». La droite (Borloo et Copé notamment) vient d’offrir une porte de sortie à Hollande en demandant un débat au parlement avec vote, comme à Londres ou à Washington. Le chef de l’Etat serait évidemment bien inspiré en acceptant. Tous les sondages affirment que les Français sont désormais hostiles à l’intervention (64% selon BVA) et il est donc plus que vraisemblable que nos parlementaires -et même ceux qui se sont montrés les plus va-t-en-guerre ces derniers temps- retrouveraient un minimum de lucidité. Et la guerre de Syrie n’aura pas lieu pour paraphraser Giraudoux. Assad pourra continuer à écraser ses rebelles, les pays voisins souffleront, Poutine triomphera, le prix du baril redescendra, les bourses seront rassurées et Obama, Cameron et Hollande seront ridicules à la face du monde. Pour les deux premiers ce sera relativement nouveau.

31 Août 2013 | Comments (17)

Hollande et la « légitimité »

Obama, Cameron et Hollande semblent vouloir un peu réfléchir et, en tous les cas, savoir qui a vraiment utilisé des gaz toxiques contre la population syrienne avant de se lancer dans leur guerre contre le Syrie. C’est le moins qu’on puisse leur demander. Il ne fait aucun doute que le peu d’enthousiasme que montrent leurs populations respectives pour cette nouvelle aventure guerrière les incite à la prudence, si ce n’est à la retenue. Si les Américains, les Britanniques et les Français ont, évidemment, été bouleversés par les images, diffusées en boucle sur toutes les chaines de télévision, de ces enfants suffocants et agonisants dans la banlieue de Damas, les peuples se méfient désormais de toutes les opérations de propagande, savent très bien que les guerres qu’on leur annonce comme devant être « brèves et chirurgicales » dégénèrent, bien souvent, en des conflits interminables et meurtriers pour les populations civiles et comprennent de moins en moins que leurs dirigeants veuillent faire la loi à travers la planète et imposer leur morale à tous les petits pays lointains. Certains diront qu’après toutes les déclarations menaçantes de ces derniers jours, si Washington, Paris et Londres remettaient sagement leurs revolvers dans leurs étuis, ils se discréditeraient. D’autres veulent croire que ces quelques jours de folie collective suffiront à faire comprendre à Assad qu’il y a, en effet, des limites à ne pas franchir. On verra bien. Ce qui est le plus surprenant c’est l’attitude de François Hollande. Tout le monde affirme que, si opération militaire il y a, elle n’aura qu’un objectif : punir Assad pour avoir utilisé des armes interdites et par la même occasion bien faire comprendre à tous les potentats de son acabit que la communauté internationale ne tolérera jamais le recours à ces armes chimiques, proscrites par toutes les conventions internationales. Et à Washington comme à Londres, on a bien précisé qu’il n’était pas question de renverser Assad lui-même. Or, ce matin, alors qu’il venait de donner ordre à l’un des plus beaux bâtiments de notre marine de mettre le cap sur les cotes syriennes, le président de la République a reçu avec tous les honneurs Ahmed Jarba, le président de la Coalition Nationale Syrienne et lui a répété que la France l’aiderait par tous les moyens. Alors, veut-on simplement « punir » le dictateur syrien ou veut-on le remplacer par cette coalition dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est qu’elle est désormais totalement noyautée par des Islamistes extrémistes bien proches d’al Qaïda ? François Hollande a déclaré que cette coalition était « la représentante légitime » du peuple syrien. Il ne faut jamais abuser du mot « légitime ». Rien ne permet au président français d’affirmer que Jarba et les quelques exilés qui l’entourent aient la moindre « légitimité » pour représenter le peuple syrien dans son ensemble. Ayant passé des années d’exil dans les arrière-salles des bistrots européens et dans les arrière-cours de la CIA, ils n’ont d’ailleurs aucune autorité sur les rebelles qui combattent sur le terrain. Si leur rêve est évidemment que les troupes américano-franco-britanniques les installent au pouvoir à Damas, ils n’ont pour l’instant reçu de « légitimité » que de la bouche de Hollande, ce qui est bien peu. Que François Hollande veuille « punir » Assad est une chose, déjà fort discutable en elle-même, mais qu’il veuille, en plus, désigner lui-même le futur éventuel régime syrien est absurde et parfaitement… illégitime. Il s’imagine parce que Jarba et ses amis sont en costume-cravate que cette opposition est démocratique et laïque et donc proche de l’Occident et de nos valeurs. Il oublie que les rebelles sont des « barbus » adeptes de la Charia et du djihad et que les démocrates syriens –à commencer par les chrétiens- soutiennent Assad tant ils redoutent la victoire de ces rebelles « fous de Dieu ». Autant dire que la France soutient aujourd’hui des fantoches qui ne représentent personne et si c’est pour mettre ces marionnettes au pouvoir à Damas, mieux vaut rester chez nous.

29 Août 2013 | Comments (19)

On regrette Villepin

En voulant jouer les justiciers en Syrie et « punir » Assad d’avoir utilisé des gaz toxiques, François Hollande s’imagine qu’il va redorer son blason et que les Français lui sauront gré de refaire de la France une « grande » nation, gendarme de la planète. Or, non seulement il néglige les risques considérables qu’une telle intervention va faire courir à toute la région du Proche-Orient et les conséquences mondiales que vont avoir cette confrontation avec les Russes, mais il ignore totalement l’image et le rôle que la France pourrait aujourd’hui revendiquer dans le monde. En partant ainsi en guerre, nous n’allons être, une fois de plus, comme en Afghanistan ou lors de la première guerre d’Irak, que des supplétifs des Etats-Unis, trottinant, comme de dociles caniches, derrière l’oncle Sam, honni dans le monde arabe et la plupart des pays en voie de développement. Hollande oublie (ou ignore) que la dernière fois que la France a été acclamée à travers le monde ce n’est pas quand elle a envoyé son armée à Beyrouth ou à Kaboul, où elle a perdu, en vain, des dizaines de ses soldats, ni même quand elle a bombardé la Libye ou le nord du Mali, mais quand, sur ordre de Jacques Chirac, Dominique de Villepin a eu le courage, aux Nations-Unies, de refuser de suivre Washington dans une nouvelle aventure guerrière en Irak. Ce jour-là, la France prouvait à la fois son indépendance et sa lucidité. Refusait de croire aux balivernes des armes de destruction massive et annonçait très clairement qu’une telle guerre allait inévitablement s’éterniser dans un engrenage sans fin, provoquer l’éclatement de l’Irak et réveiller tous les antagonismes entre Sunnites et Chiites ce qui aurait des conséquences dramatiques pour toute la région. La suite des événements a donné entièrement raison à Villepin. Les Américains ont eu la peau de Saddam Hussein mais l’Irak n’existe plus et la guerre de religion entre Sunnites et Chiites a dégénéré dans toute la région. On dira que les gaz toxiques utilisés en Syrie ne sont sans doute pas une baliverne. Mais la Syrie est un pays encore plus sensible que l’Irak. L’Irak ce n’était « que » trois peuples : les Kurdes au nord, les Sunnites au centre, les Chiites au sud. La Syrie c’est une kyrielle de peuples, les Sunnites, les Chiites, les Alaouites, les Chrétiens de toutes les églises, les Druzes, les Kurdes, etc. Taper dans cette fourmilière, en venant en aide aux Sunnites, devenus des extrémistes islamistes, contre tous les autres, ce sera réveiller des siècles de haine, de peur, de conflits, avec, évidemment, des répercussions sur tous les pays voisins, à commencer par le Liban, où l’on retrouve souvent ces mêmes minorités. On nous dit maintenant qu’on ne veut pas renverser Assad mais simplement le « punir ». C’est, bien sûr, absurde. On l’a oublié mais en avril 1986, Reagan avait voulu « punir » Kadhafi qu’il rendait responsable (à juste titre) d’une série d’attentats terroristes et notamment de l’explosion d’une bombe dans une discothèque berlinoise fréquentée par des Gi’s. Le président américain avait fait bombarder Tripoli et Benghazi ce qui avait provoqué des dizaines de morts parmi lesquels une propre fille de Kadhafi. Mais, évidemment, Kadhafi était ressorti renforcé par cette « punition », avait pu, par le réflexe anti-américain, ressouder les tribus de Tripolitaine et de Cyrénaïque, et, devenu « victime de l’impérialisme occidental », était apparu aux yeux des peuples arabes comme moins fou qu’on ne le disait. Attaquer Assad, aussi coupable soit-il de tous les crimes, c’est en faire immédiatement une victime et, comme il prétend lutter contre des rebelles islamistes, se rallier au camp des « fous de Dieu ». Certes, Assad est un dictateur abominable mais on peut se demander aujourd’hui si les Iraniens, les Irakiens, les Tunisiens, les Libyens, les Egyptiens ne commencent pas à regretter le Chah, Saddam Hussein, Ben Ali, Kadhafi et Moubarak. Ces pays sont « compliqués ». De Gaulle avait raison. Il faut les aborder « avec des idées simples ». Et quand on ne les connait pas -ce qui est visiblement le cas de François Hollande- ne pas sauter à pieds joints dans le chaudron pour faire le matamore et complaire aux Etats-Unis. Il est bien dommage que le président de la République n’ait pas relu le discours de Villepin.

28 Août 2013 | Comments (13)

Hollande joue avec les allumettes

Personne ne conteste que l’usage de gaz toxiques contre des populations civiles (et sans doute militaires) soit un crime contre l’Humanité, même si on peut s’étonner que la morale internationale ne trouve rien à redire aux bombardements aériens massifs et aux pilonnages intensifs par l’artillerie de ces mêmes populations civiles qui font tout autant de victimes. En fait, c’est la guerre elle-même qui est un crime contre l’Humanité, mais cela il ne faut pas le dire. La déclaration de guerre –car c’en est bien une- que vient de faire François Hollande à la Syrie qu’il veut « punir » est stupéfiante. D’abord, il n’a même pas attendu le rapport des experts de l’ONU qui, sur place, doivent vérifier s’il y a bien eu usage de ces gaz toxiques et surtout si c’est bien Assad et les siens qui les ont utilisés. L’histoire fourmille d’exemples de manipulations où un camp tire contre lui-même afin d’accuser son adversaire des pires ignominies. Ceux qui prônent la prudence en faisant remarquer qu’Assad était en train de gagner la guerre et qu’il savait parfaitement qu’Obama avait fixé une « ligne rouge » ont parfaitement raison. N’oublions pas que Bush a déclenché la guerre d’Irak pour anéantir les armes de destruction massive de Saddam Hussein, armes qui n’existaient pas, ce que savait d’ailleurs le président américain. Ensuite, depuis quand le président de la République française a-t-il pour mission de « punir » les régimes dictatoriaux de la planète qui commettent des crimes contre l’humanité ? Les Russes ont exterminé les Tchétchènes, les Chinois ont exterminé les Tibétains sans que quiconque ait jamais eu l’idée de « punir » Moscou ou Pékin. Ce fameux « droit d’ingérence », inventé par l’ineffable Kouchner, qui n’est rien d’autre qu’une résurgence du colonialisme d’antan, est à géométrie très variable. Enfin, quand on déclare la guerre, il faut savoir pourquoi. Assad ne menace pas la France ni même nos intérêts lointains. Il se bat contre des rebelles islamistes qui, eux, veulent déclarer le djihad à tout l’Occident. Autant dire que si nous devions choisir notre camp, nous devrions plutôt choisir le dictateur que ceux qui veulent instaurer une tyrannie islamiste, imposer la Charia à leur peuple et aider tous les terroristes qui projettent de déposer des bombes chez nous. Hollande déclare la guerre à Assad parce qu’il a –peut-être- tué ses ennemis au gaz toxique et non pas à l’arme lourde. On peut protester, s’indigner, condamner, sans pour autant faire la guerre. Car que vont faire nos marins et nos aviateurs avec leurs amis américains et britanniques ? Ils vont bombarder, pilonner, envoyer des missiles sur la Syrie. C’est-à-dire faire des morts, par centaines, peut-être par milliers. Alors qu’Assad lui-même sera, sans doute, bien à l’abri dans le blockhaus souterrain d’un de ses palais. Les opérations dites « chirurgicales » font toujours surtout beaucoup de dégâts dits « collatéraux ». On ne nous a jamais précisé combien de civils notre aviation avait tués en Afghanistan ou en Libye. Hollande veut faire une guerre internationale pour arrêter… une guerre civile ! Mais il y a encore beaucoup plus grave. La Syrie n’est ni l’Afghanistan, ni la Libye et encore moins le Mali. C’est le cœur du monde arabe. Nasser lui-même déclarait « Le coeur de la nation arabe palpitera toujours à Damas ». En attaquant Damas, l’Occident ravivera toutes les rancoeurs, toutes les haines de tout le monde arabe –et peut-être même islamique- contre lui. Et même si les Egyptiens, les Irakiens, les Jordaniens, les Libanais et tous les autres ne portent pas Assad dans leur cœur, la première bombe « occidentale » qui tombera sur la Syrie reformera immédiatement la solidarité arabe contre nous. On l’a vu avec la guerre américaine en Irak, alors pourtant que personne dans le monde arabe n’appréciait Saddam Hussein. Pire encore, la Syrie est une colonie russe (plus encore que l’Egypte n’est une colonie américaine) et le soutien indéfectible de Moscou à Assad le rappelle depuis deux ans. Jamais Poutine n’acceptera que nos Rafales abattent des Migs syriens, bombardent des entrepôts de chars russes, écrasent sous leurs bombes des états-majors pleins de conseillers russes. Que va-t-il alors se passer ? Nous sommes de nouveau en pleine « guerre froide ». A cette époque, à plusieurs reprises, les Soviétiques et les Américains ont joué avec les allumettes et le pire a bien failli arriver, à Berlin, à Cuba et ailleurs. Il est sidérant qu’on soit revenu à cette situation et stupéfiant que François Hollande en soit inconscient au point de jouer à son tour avec des allumettes. Et quand on nous dit que cette guerre « punitive » ne durera que « quelques jours », on nous prend encore pour des imbéciles. Si « nos » bombardements ne durent que trois jours, cela ne servira évidemment à rien d’autre qu’à faire d’Assad une victime et qu’à lui donner toutes les raisons de massacrer plus encore ses opposants qui seront alors devenus les alliés officiels des ennemis de la Syrie. Si nous voulons renverser le dictateur pour donner le pouvoir aux Islamistes, il faudra, comme en Irak, aller « au sol » et envahir le pays, pâté de maisons par pâté de maisons. Hollande ferait beaucoup mieux de s’occuper du chômage qui a encore augmenté et de la réforme des retraites qui n’est visiblement pas au point. Il a sans doute oublié que même sa victoire au Mali ne l’avait pas fait remonter dans l’estime des Français.

27 Août 2013 | Comments (10)

Hercule recule !

La réforme des retraites nous avait été annoncée comme le premier des travaux d’Hercule auxquels allait s’attaquer François Hollande. Et il est vrai qu’il n’avait guère le choix puisque notre système des retraites plonge dans les abymes de la pire des faillites. D’ailleurs, on l’a déjà oublié mais Hollande nous avait promis « le changement » pour « maintenant » tout en nous affirmant qu’il allait « ré-enchanter le rêve français ». Certains Français avaient cru comprendre qu’il allait savamment « changer » toutes les règles de tous nos systèmes qui ont conduit tous nos comptes dans le rouge vif. Et bien bernique de changement ! Hercule recule et même se dégonfle comme une vieille baudruche déjà fatiguée. Pourtant le problème des retraites est d’une simplicité biblique. Avec l’allongement (heureux) de l’espérance de vie et notre système de répartition, il est évident qu’il faut que chacun travaille plus longtemps puisque les actifs ne peuvent plus payer les retraites de vieillards qui s’entêtent à vivre jusqu’à 90 ans, voire plus encore, c’est-à-dire à vivre aux crochets des autres pendant trente ans. Tout comme il est évident que, dans un pays qui prône la justice, l’égalité, l’équité, il n’est pas tolérable que certains puissent partir avant les autres et avoir une retraite calculée sur leurs six derniers mois de salaire et non, comme les autres, sur leurs vingt-cinq meilleurs années, et cela sous le simple prétexte qu’ils ont, tout au cours de leur carrière, bénéficié de la garantie de l’emploi tout en ne faisant (pour certains) que des cocottes en papier dans des bureaux bien chauffés. En fait l’équation est facile. Puisqu’on ne peut décemment ni baisser les retraites, ni augmenter les cotisations, il faut impérativement reculer l’âge du départ à la retraite de 62 ans à 64 ou 65 ans, comme dans la plupart des pays, et aligner, bien sûr, les retraites du public (et de tous les statuts spéciaux) sur celles du privé. Les derniers arbitrages n’ont pas encore été faits. Mais aujourd’hui, recevant les syndicats, Jean-Marc Ayrault a déjà annoncé : 1) qu’il n’était pas question de reculer l’âge du départ à la retraite, 2) qu’il n’était pas question d’aligner le statut des fonctionnaires sur celui des salariés du privé, 3) que les retraites ne baisseraient pas, 4) que les cotisations n’augmenteraient pas. On croit rêver. Mais c’est un cauchemar. Nous avons des dirigeants totalement incompétents. Nous nous en doutions depuis déjà quelques mois –quinze mois pour être précis- mais, cette fois, ils dépassent les bornes de l’irresponsabilité. On nous dira que le candidat Hollande avait promis de ramener l’âge de la retraite à 60 ans et qu’il faut déjà qu’on soit content qu’il n’annule pas purement et simplement la petite réforme de Sarkozy. On nous dira aussi que, vu les sondages et les prochaines échéances des municipales et des européennes, Hollande ne peut vraiment pas se mettre à dos le peu qui lui reste de son fonds de commerce électoral, les fonctionnaires. Mais alors quid des milliards de déficit de notre système de retraites ? Là encore pas de changement. Les socialistes ont toujours leurs bonnes vieilles recettes. C’est par… l’impôt qu’ils vont tenter de boucher les trous de la retraites. Alors que Moscovici, lui-même, vient d’évoquer « le ras-le-bol fiscal » des Français et que Ségolène Royal, elle-même, vient, à propos de la nouvelle taxe carbone annoncée par Philippe Martin, le ministre de l’Ecologie, de déclarer, avec sa naïveté proverbiale : « Une hausse des prélèvements aurait un effet mécanique sur le pouvoir d’achat et des effets psychologiques néfastes », Hollande et Ayrault n’ont rien trouvé de mieux, pour « sauver nos retraites », que d’imaginer d’avoir recours à une dose supplémentaire de matraquage fiscal ! Ils n’ont toujours pas compris –et ils ne comprendront sans doute jamais- que si la France était en train de crever c’était parce que les entreprises et les particuliers étaient écrasés d’impôts, ce qui tuait à la fois les investissements (et donc la compétitivité) et la consommation, les deux « mamelles » indispensables pour espérer retrouver, un jour, un semblant de croissance. Ils continuent à croire qu’il suffit de faire « payer les riches » pour régler, comme par enchantement, tous les problèmes. Mais les riches sont une espèce en voie de disparition dans notre pays. Et ce sont maintenant les classes dites moyennes et à peine moyennes qu’il faut matraquer.

26 Août 2013 | Comments (15)

L’escalade est un sport dangereux

Il faudrait que les « Grands » qui dominent la planète fassent un peu attention. L’escalade est un sport dangereux. On ne sait pas comment ça commence mais on sait comment ça peut finir. Très mal. Le drame syrien se met à dégénérer d’une manière invraisemblable. Au début, on nous racontait qu’il s’agissait d’un nouvel épisode du « Printemps arabe ». Un peuple qui se révoltait contre son dictateur. Et puis, rapidement, nous avons compris que, comme ailleurs, le peuple était noyauté par des Islamistes. Les rebelles n’étaient pas des démocrates mais des « fous de Dieu » rêvant d’instaurer une république islamiste, avec application de la Charia et Djihad contre l’Occident. Tout se compliquait encore car le dictateur était alaouite (donc plus ou moins chiite et forcément soutenu par l’Iran) et les rebelles sunnites (donc soutenus par l’Arabie saoudite et la Qatar). Mais surtout et pire encore, le dictateur était le meilleur ami du tsar Poutine qui le finançait, armait, entrainait et encadrait son armée au point que la Syrie n’était, depuis des décennies, qu’une colonie russe après avoir été bien longtemps une colonie soviétique. Nos dirigeants semblaient l’ignorer. Le « Printemps syrien » dépassait de beaucoup les frontières de la Syrie et même celles du monde arabe. Et d’autant plus que, faisant mine de penser que les rebelles étaient des démocrates, l’Occident se croyait obligé, au nom de la Défense des Droits de l’homme qu’on sert à toutes les sauces, de leur apporter ouvertement son soutien. Les médias aux ordres continuaient à nous affirmer qu’on avait affaire à une insurrection populaire alors qu’en fait nous étions en face non seulement d’une véritable double guerre de religion, opposant à la fois les Islamistes au pouvoir laïc et les sunnites aux chiites, mais aussi à une résurgence des pires moments de la guerre froide opposant l’URSS à l’Occident. Chaque fois qu’à Paris, Londres ou Washington on menaçait Assad, tout le monde, et Assad le premier, savait qu’il ne s’agissait que de paroles en l’air puisque les avions, les canons, les chars qui matraquaient sans pitié les rebelles étaient de fabrication russe, entrainés par des Russes, commandés par des Russes. En voulant faire pression sur Assad, nous tentions de faire pression sur Poutine avec l’espoir qu’il renoncerait à sa colonie syrienne et accepterait que ses fantoches au pouvoir à Damas soient remplacés par des Islamistes. C’était, évidemment, d’une naïveté stupéfiante. Et l’escalade des déclarations péremptoires, des avertissements officiels et des menaces solennelles est rapidement devenue redoutable. En fixant une « ligne rouge » (l’utilisation des gaz toxiques) Obama défiait Poutine car il savait très bien que les gaz syriens en question arrivaient de Russie et que jamais Assad ne se serait permis de les utiliser sans l’autorisation du tsar. Assad et Poutine ont relevé le défi. Même s’il ne faut jamais oublier les fausses « armes de destruction massive » dont Washington s’est servi pour attaquer l’Irak de Saddam Hussein ou le faux charnier de Timisoara mis en scène par les ennemis de Ceaucescu, il semble bien que ce soit Assad et non pas les rebelles qui ont utilisé ces gaz toxiques. Mis au pied du mur par leurs propres menaces, Obama est maintenant obligé d’envoyer sa flotte en face des cotes syriennes et Fabius parle de recourir à « la force » alors que Poutine, tout aussi menaçant, leur conseille de se calmer. Il est évident que le premier coup de feu qui sera tiré par les Américains (ou n’importe quel occidental) contre la Syrie provoquera immédiatement une riposte de… Moscou. Obama sait très bien qu’après les « expériences » afghanes et irakiennes, sans même parler du Vietnam, les Américains ne veulent pas se lancer dans une aventure syrienne. Mais il s’est piégé lui-même. Poutine, lui, qui a déjà des problèmes avec ses propres islamistes et qui a repris à son compte toutes les ambitions de la Grande Russie des tzars de jadis (y compris Staline) serait visiblement ravi d’en découdre avec l’Amérique pour retrouver l’aura de l’Union soviétique de jadis qui faisait trembler la planète. Nous en sommes à l’avant-dernière étape d’une course folle vers la guerre. Depuis deux ans, Poutine a prouvé qu’il ne céderait jamais. Washington et la plupart des autres capitales occidentales se sont embringués dans un scénario qui ne peut mener qu’à la catastrophe. Il parait que toutes les grandes crises économiques mondiales conduisent à des guerres du même nom. On ne veut tout de même pas croire que nos dirigeants seraient assez fous pour faire aujourd’hui le pas de plus qui conduirait à un conflit. Ils nous ont raconté qu’ils voulaient défendre des démocrates. Ce sont des Islamistes. Ils nous racontent qu’ils veulent faire céder Assad. C’est Poutine qu’ils ont en face d’eux. Les pires catastrophes peuvent arriver quand les responsables jouent ainsi aux apprentis-sorciers et aux matamores en ignorant les réalités.

26 Août 2013 | Comments (5)

Démagogie et sectarisme

On aurait tort de croire que François Hollande est un démagogue qui serait prêt à tout pour caresser les Français dans le sens du poil avec l’espoir que les prochaines échéances électorales ne se transforment pas pour lui en d’épouvantables Bérézina. Depuis qu’il a été élu à l’Elysée, le président de la République ne cherche pas à plaire aux Français. Au contraire même, il fait tout pour les provoquer. Pour faire monter l’exaspération et bientôt la colère. Ce week-end en est un nouvel exemple. Tout le monde sait que les Français, écrasés d’impôts au-delà du supportable, souffrent de ce que le ministre des Finances, Pierre Moscovici, a lui-même qualifié de « ras-le bol fiscal ». On sait aussi qu’un nombre incroyable de faits divers en tout genre, plus intolérables les uns que les autres, viennent de remettre le problème de l’insécurité au premier rang des préoccupations de nos compatriotes. N’importe quel démagogue -et même n’importe quel démocrate- aurait donc annoncé ou du moins laissé espérer une baisse des prélèvements obligatoires ainsi que de nouvelles mesures contre la délinquance. Or, François Hollande a autorisé son nouveau ministre de l’Ecologie, Philippe Martin, à annoncer un nouvel impôt, la Contribution climat-énergie, et sa garde des Sceaux, Christiane Taubira, à persister dans sa réforme du code pénal dont l’idée maitresse est de remplacer la prison par des « peines de substitution ». Deux mesures qui défient le bon sens et ne peuvent que scandaliser une bonne partie des Français, notamment tous ceux qui trouvent qu’ils paient trop d’impôts et qui pensent que la prison est plus dissuasive pour les truands que les travaux d’intérêt général. Jean-Marc Ayrault a beau affirmer aux Universités d’été socialistes que cette nouvelle mouture de la taxe carbone ne sera pas un impôt de plus mais… « une simple réorientation de la fiscalité » et Christiane Taubira a eu beau répéter devant les universités d’été de ses amis d’Europe-Ecologie-les-Verts que la prison est criminogène et pousse à la récidive, les Français ne sont pas dupes à ce point. Ils savent très bien que chaque « réorientation de la fiscalité » se solde par une augmentation substantielle des impôts et un bon nombre de drames très récents vient de leur prouver que les libérations anticipées ou conditionnelles ne réduisaient pas le risque de récidive, contrairement aux affirmations de la garde des Sceaux. On peut alors se demander pourquoi le chef de l’Etat, déjà très mal en point dans tous les sondages d’opinion, s’entête ainsi et persiste à ne pas vouloir entendre la grogne des Français. La réponse est toute simple. « Moi président » (de tous les Français) est resté l’apparatchik en chef de la rue Solferino, accroché à son idéologie d’une autre époque comme une moule à son rocher. Il n’est pas démagogue, il est sectaire. C’est-à-dire qu’il réserve sa démagogie à ses seuls amis. Et là il en rajoute. Au point d’en devenir totalement inconscient. Imposer aux Français une nouvelle « réorientation de la fiscalité » alors qu’ils crèvent déjà sous les impôts, que tout augmente et que leurs revenus s’effondrent complètement est évidemment délirant. On nous dit que c’est pour s’attirer les bonnes grâces des Ecologistes qui lui seront peut-être bien utiles pour les municipales et les européennes de l’année prochaine. Mais les amis de Cécile Duflot pèsent combien ? 2% à la dernière présidentielle ! Et pour ces malheureux 2% Hollande crée un impôt qui va toucher des millions de Français. Il est vrai que pour ces mêmes 2% dérisoires, ce même chef de l’Etat a renoncé à ce qui aurait pu être un espoir fantastique pour la France, le gaz de schiste. Même attitude incompréhensible à propos du code pénal. N’importe quel démocrate aurait compris que, dans le conflit entre Manuel Valls et Christiane Taubira, l’écrasante majorité des Français donnait totalement raison au ministre de l’Intérieur. Mais la gauche du PS et plus encore le Front de gauche de Mélenchon et des communistes préfèrent « l’indépendantiste guyanaise » à « l’Espagnol ». Alors que la crise, économique, sociale, morale, que connait le pays et l’ambiance générale qui sent diablement mauvais devraient imposer à François Hollande un retour à la raison et, plus encore, d’écouter la rumeur qui gronde dans le pays, il préfère se lancer dans une surenchère suicidaire avec les écolos et les gauchos. On avait reproché à Sarkozy de se « droitiser » pour tenter de séduire les 20% de Français votant pour le Front National. Hollande est en train de se « gauchiser » à outrance en espérant récupérer les électeurs d’Eva Joly et de Mélenchon. C’est dramatique. Et le pire c’est que l’opposition n’existe toujours pas…

25 Août 2013 | Comments (8)

Fabius aurait mieux fait de se taire

Des centaines de morts en Egypte, des milliers en Syrie. Au Caire, un nouveau dictateur fait tirer ses chars sur les Frères musulmans. A Damas, un dictateur chevronné fait tirer peut-être des armes chimiques sur ses rebelles qui crient « Allah ou Akbar » (Dieu est grand). Ici c’est l’armée pro-américaine qui veut écraser ses islamistes, là c’est l’armée prorusse qui, depuis des mois, veut en faire autant avec les siens. En Occident, certains s’indignent de l’inertie des grandes capitales devant ces massacres. Mais, d’abord, que faire ? Tout le monde sait que Poutine soutient à bout de bras Assad et on a compris qu’Obama, malgré toutes ses déclarations, approuve totalement le général al Sissi. Moscou et Washington veulent sauvegarder leurs chasses gardées respectives et redoutent les Islamistes. A propos de la Syrie, notre ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, vient d’évoquer un recours à « la force ». Ca veut dire quoi ? Au quai d’Orsay, on précise qu’il pourrait y avoir une gradation. On commencerait par l’envoi de médicaments aux rebelles, puis on leur enverrait des armes, puis on interdirait l’espace aérien pour garantir des corridors de sécurité, puis, on verrait… Or, nous envoyons déjà des médicaments, l’Arabie saoudite et le Qatar envoient déjà des armes et beaucoup d’argent sans quoi, bien sûr, les rebelles n’existeraient plus depuis longtemps. L’étape suivante devant laquelle nous sommes en fait maintenant, le contrôle de l’espace aérien, ne signifie rien d’autre que l’entrée en guerre avec une aviation qui détruirait les Migs syro-russes et bombarderait les aérodromes syriens contrôlés par des experts de Moscou. Sauf à imaginer une nouvelle guerre mondiale, la chose est difficilement concevable. Et Fabius aurait, sans doute, mieux fait de se taire. Obama qui avait déclaré il n’y a pas si longtemps que si Assad utilisait des armes chimiques ce serait le franchissement d’une « ligne rouge » est pour le moins embarrassé. La « ligne rouge » a vraisemblablement été franchie et il sait qu’il ne peut rien faire. Lui aussi aurait mieux fait de ne pas brandir de menaces. Tout le monde déplore sans doute très sincèrement ces innombrables victimes. Mais personne ni à la Maison-Blanche ni au Kremlin (ni, du moins veut-on l’espérer, à Paris) ne souhaite la victoire des Islamistes ni en Egypte ni en Syrie. Que Morsi ait été élu démocratiquement et qu’Assad soit un abominable dictateur n’a aucune importance. Il est d’ailleurs difficile d’évoquer les Droits de l’Homme pour défendre les « fous de Dieu » qui sont les premiers à vouloir les bafouer. La situation rappelle la seconde moitié du XXème siècle, avec des Américains soutenant leurs amis égyptiens et des Russes soutenant leurs vassaux syriens. C’est de la guerre froide réchauffée. Mais en même temps, ces deux drames inaugurent parfaitement ce qui risque bien de marquer le XXIème siècle : la guerre entre l’Islam et « les autres ». Ces « autres » dont nous faisons partie doivent avoir le courage du cynisme. Il est, bien sûr, de bon ton de s’indigner des tueries et de protester sur tous les tons, mais il ne faut pas se tromper de camp et ne jamais oublier que c’est l’Occident qui, au nom des Droits de l’homme, a donné la victoire à l’ayatollah Khomeiny et créé de toutes pièces les Talibans. On comprend d’ailleurs qu’aujourd’hui l’ineffable Kouchner se soit prononcé pour une intervention armée en Syrie aux côtés des rebelles…

22 Août 2013 | Comments (14)

Le tango-hésitation

Chaque président a sa figure de prédilection. Sarkozy voulait marcher au pas de l’oie et marchait en canard. Hollande, lui, au milieu de sa fanfare cacophonique, a inventé le tango-hésitation, variante de la valse du même nom. Un pas en avant, deux pas en arrière, une pirouette et cela finit par un grand écart. C’est curieux à observer. Cette rentrée est cruciale. Tout le monde le sait. D’abord, parce que, étant depuis plus d’un an à L’Elysée, Hollande ne peut plus nous raconter qu’il découvre avec stupéfaction la pitoyable situation du pays et que tout est de la faute de Sarkozy, même si l’UMP elle-même croit bon de se lancer dans un inventaire-procès qui va être dévastateur pour elle. Ensuite, parce que l’état de la France, chômage, dette, déliquescence générale, empire chaque jour en dépit d’une petite reprise que l’on perçoit dans d’autres pays. Enfin, parce qu’on entre dans une ligne droite qui va conduire aux élections municipales et européennes qui seront pour les Français les meilleures des occasions de dire ce qu’ils pensent de ce régime. Or, que voit-on depuis quelques jours ? Une équipe gouvernementale qui se déchire. Le ministre le plus populaire (surtout à droite), Manuel Valls, flingue la ministre devenue d’idole de la gauche bien-pensante, Christiane Taubira, et se fait vitrioler par l’écolo de service, Cécile Duflot. Valls avait demandé l’arbitrage du chef de l’Etat à propos de son « différent » avec la garde des Sceaux sur la réforme pénale, sachant parfaitement que, si Hollande pouvait dribler et tirer dans les coins, il était tout à fait incapable de tenir le rôle d’arbitre sur un terrain. En fait, ce couac (de plus) révélait (une fois de plus) l’incohérence de ce gouvernement avec un ministre de l’Intérieur socialiste mais adepte des meilleures méthodes de la droite musclée, ce qui fait d’ailleurs son succès, une garde des Sceaux, radicale mais d’extrême gauche, ce qui fait aussi son succès mais dans un autre électorat et des écologistes qui, incapable d’imposer leurs théories fumeuses sur la décroissance, jouent les trouble-fête pour tenter d’exister. Devant ce charivari, Hollande se garde bien de prendre la moindre position et de nous dire si un président (socialiste) est pour ou contre la prison et les peines plancher, pour ou contre le regroupement familiale puisque Valls avait aussi évoqué le sujet. Il se contente de faire dire qu’il n’a pas changé d’avis ( ?) et de laisser entendre qu’il a remonté les bretelles du ministre de l’Intérieur. Les Français rigolent. Ils rigolent moins à propos du budget. Ils savent d’expérience que les socialistes ont toujours augmenté les impôts. Les autres aussi d’ailleurs. Mais cette fois les trombes d’eau font déborder le vase. Alors le danseur de tango a trouvé sa pirouette. Il a fait dire par Moscovici qu’il comprenait « le ras-le-bol » des contribuables. S’imagine-t-il que cette compassion va calmer le mécontentement général des cochons de payeurs exsangues ? L’affaire des auto-entrepreneurs est caricaturale du tango-hésitation. L’idée de permettre à des jeunes pleins d’idées ou à des chômeurs voulant s’en sortir de créer leur toute petite entreprise pour essayer de faire leurs preuves était excellente. Même si, évidemment, cela allait provoquer une concurrence « déloyale » pour les vraies entreprises existantes et écrasées par les charges. Il fallait donc trancher en jouant sur le chiffre d’affaires de ces auto-entreprises pour savoir si elles pouvaient toujours bénéficier des avantages prévus, étant bien entendu qu’un plafond trop bas tuait immédiatement ces centaines de milliers de toutes petites entreprises. Mais le danseur de tango ne sait pas trancher. La réforme présentée annonce un plafond… mais ne le fixe pas. Ce qui est curieux c’est qu’après avoir passé des mois à accuser Sarkozy de tous les maux, les socialistes commencent à trouver que certaines idées de cet affreux réactionnaire n’étaient peut-être pas si mauvaises. Valls défend les peines plancher, Ayrault hésite à tuer les auto-entrepreneurs, et, pire encore, certains députés socialistes se demandent si la re-fiscalisation des heures supplémentaires a été une bonne idée. Un pas en avant, deux pas en arrière, une pirouette, le grand écart… Ce n’est pas comme cela qu’il va inverser la courbe du chômage d’ici la fin de l’année.

22 Août 2013 | Comments (6)

Valls, l’Islam et la démocratie

La séance de « brainstorming » sur la France de 2025, imposée à ses ministres par François Hollande, hier, restera sans doute comme l’un des grands numéros de bateleur de l’actuel président. Voulant faire croire que, contrairement aux apparences les plus évidentes, il savait où aller et avait un cap pour la France, François Hollande, a demandé à ses trente-sept ministres de sortir une ou deux idées de leur chapeau respectif. D’après les premières « fuites », seule Christiane Taubira est restée muette ne voulant pas jouer les cartomanciennes. Tous les autres ont lu dans leur boule de cristal. 120 minutes de « débat » divisées par 36 ministres, cela leur a fait un peu plus de 3 minutes chacun. Amplement le temps de dire n’importe quoi. Manuel Valls n’est pas le plus mauvais de nos ministres. Avec son petit côté Sarkozy de gauche, ses coups de menton, son agitation et ses moulinets permanents, certains le voient déjà à l’Elysée. Il plait d’ailleurs beaucoup aux Français et notamment à ceux de droite. Au point que certains de ses « amis » de gauche (qui le détestent) se demandent s’il est vraiment socialiste. On oublie souvent que, depuis Jules Moch qui fit tirer l’armée contre des mineurs grévistes, quand ils sont place Beauvau, les socialistes ne sont pas aussi laxistes qu’on le dit. Sans parler de Mitterrand qui faisait guillotiner les terroristes du FLN. Mais, tout en faisant partie du gouvernement de Guy Mollet, il n’était pas encore socialiste à l’époque. On attendait donc avec intérêt les prévisions du ministre de l’Intérieur. L’insécurité, la violence, le problème des banlieues et de leurs zones de non-droit sont, bien sûr, des problèmes qu’il faudrait savoir affronter avant 2025. Mais, d’après Libération de ce matin, Valls a préféré parler de l’immigration, problème lui aussi essentiel et qui n’est peut-être pas toujours éloigné des problèmes de la délinquance, en déclarant : « Nous serons obligés d’ici à 10 ans à repenser notre politique migratoire ». C’est une évidence. D’abord, parce que les peuples faméliques du Sud vont continuer à déferler de plus en plus nombreux sur les pays riches du Nord. Ensuite, parce que nous n’avons aucune politique migratoire depuis des décennies. Mais Valls a eu le courage d’aller plus loin encore et d’aborder le problème tabou de l’Islam, reconnaissant par là-même que l’un des aspects les plus préoccupants de notre immigration était qu’elle était composée très largement par des musulmans, ce qui rend infiniment plus difficiles les questions de l’intégration voire de l’assimilation de ces nouveaux venus et risque, à court terme, de provoquer de graves conflits entre notre société et ces adeptes du Coran qui jouent le communautarisme, en se réfugiant, de gré ou de force, dans des ghettos. Et c’est là que Valls est redevenu socialiste, reprenant les balivernes de la pensée unique et niant donc toutes les réalités. « L’avenir de la France, a-t-il déclaré, toujours selon Libération, sera de faire la démonstration que l’Islam est compatible avec la démocratie ». Pour certains ministres, autour de la table, il y a eu alors « un moment de consternation outrée ». Pour d’autres, Valls franchissait là « un cap hallucinant ». Ne nous trompons pas. Pour les membres du gouvernement de François Hollande ce qui était « outrant » voire « hallucinant » c’était que le ministre de l’Intérieur ait l’air de considérer que la démonstration que l’Islam était compatible avec la démocratie n’avait pas encore été faite. Pour eux, on le sait, il n’y a pas de problème. « Nos » musulmans qui applaudissent les Tunisiens d’Ennahda ou les Egyptiens des Frères musulmans sont de parfaits démocrates, totalement assimilés à notre société et adeptes de la laïcité républicaine, même s’il leur arrive, parfois, de refuser la mixité dans les piscines ou les hôpitaux, d’exiger la viande hallal dans les cantines ou d’écouter des imams qui prêchent la guerre sainte dans certaines mosquées. Valls a évidemment raison de penser que les musulmans de France ne sont pas (encore ?) tous des adeptes de la démocratie. Mais où il dérape complètement c’est quand il a l’air de croire que, dans douze ans, l’Islam (en France) aura pu se fondre dans notre société, dans notre civilisation, et accepter notre laïcité, nos lois, la parité homme-femme, la suprématie de la Constitution et de la Déclaration des Droits de l’homme sur le Coran. Pour les « bons » musulmans, accepter la démocratie c’est faire acte d’apostasie. On ne peut pas le leur reprocher mais il faut le savoir. Ce qui se passe, depuis deux ans, en Tunisie, en Libye, en Egypte, en Syrie, en Irak, sans parler de l’Iran, aurait dû faire comprendre à Valls qu’il y a incompatibilité totale entre l’Islam et la démocratie. C’est bien dommage, mais c’est comme ça et on ne voit pas comment Valls pourrait transformer nos « fous de Dieu » en gentils petits démocrates, sauf à en faire tous, en effet, des renégats. Ce qui ne serait d’ailleurs pas facile. Devant l’énorme problème de l’Islam en France, il faut sûrement trouver autre chose que de croire, d’affirmer et de répéter qu’il n’y a pas de problème…

20 Août 2013 | Comments (11)

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