Après avoir, pendant plus d’un an, bien souvent mangé son chapeau et, parfois, de la vache enragée, on a l’impression que François Hollande vient de manger du lion. En moins de 24 heures, il a viré Delphine Batho du gouvernement, il a décidé de repousser l’ouverture des négociations commerciales entre l’Europe et les Etats-Unis et il a fermé l’espace aérien français à l’avion du président bolivien. Scregneugneu ! Voilà soudain un chef, un patron qui, tel un acrobate de foire, sait donner du poing sur la table, taper du pied et donner des coups de menton, tout en faisant des moulinets avec ses petits bras. Il est vrai que Delphine Batho avait commis une gaffe impardonnable en déclarant que son budget du ministère de l’Ecologie, en baisse de 7%, était « mauvais », que les Américains, en espionnant sans pudeur nos ambassades et tous les bureaux officiels européens, avaient fait la preuve qu’ils n’étaient pas vraiment des « amis » avec lesquels on entame en toute confiance de franches négociations et qu’on pouvait soupçonner le président Evo Moralès d’exfiltrer, de Moscou, à bord de son jet privé, Edward Snowden, l’homme par qui le scandale de l’espionnage américain était arrivé. Mais, car il y a des mais, Snowden n’était pas à bord de l’avion du président bolivien et, du coup, les pays d’Amérique du sud s’indignent de l’attitude de la France qui a ainsi violé toutes les conventions internationales et des manifestations d’hostilité ont eu lieu aujourd’hui devant notre ambassade à La Paz où l’on a brulé le drapeau français. Mais Angela Merkel qui, quoi qu’en pense Hollande, dirige l’Europe ne veut pas ajourner l’ouverture de ces très importantes négociations commerciales entre l’Europe et les Etats-Unis qui doivent commencer la semaine prochaine. Mais Delphine Batho va donner, demain après-midi, une conférence de presse « pour expliquer les circonstances de (son) limogeage » et on peut s’attendre à un déballage croustillant sur les méthodes de gouvernance de François Hollande. En faisant ses premiers pas dans l’autorité, Hollande semble bien s’être pris des deux pieds dans le tapis comme un gros éléphant (socialiste) dans un magasin de porcelaines. Batho, Merkel et Moralès vont le ridiculiser alors qu’il aurait été facile de démissionner élégamment dans quelques jours l’inexistante et maladroite ministre de l’Ecologie, de protester à peu de frais devant les méthodes (classiques) des services secrets américains et d’apprendre que Snowden n’était pas à bord de l’appareil de Moralès. Hollande a, peut-être, mangé du lion mais il va, sans doute, lui rester sur l’estomac. Finalement et contrairement à ce qu’on croit souvent, il ne suffit pas d’avoir été élu ni même de montrer soudain les dents pour être un vrai président.

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