L’affaire Karachi, l’affaire Bettencourt, l’affaire Tapie, et maintenant l’affaire des comptes de la campagne de 2012, voilà qui commence à faire beaucoup et on a désormais l’impression que Nicolas Sarkozy est sous un feu roulant et permanent de l’artillerie lourde de la justice qui a emboité le pas des médias. « Trop c’est trop ! » s’est écrié son ami Henri Guaino. Il a évidemment raison. Encore faut-il s’entendre sur les mots. Pour certains, de droite, l’ancien président de la République est aujourd’hui –et, en fait, depuis sa défaite de l’année dernière- victime d’un acharnement des magistrats (qu’il n’avait pas ménagés pendant son quinquennat) et donc du pouvoir, et même, avec la décision du Conseil constitutionnel de rejeter ses comptes de campagne, de certains de ses « amis » de droite qui, comme le chiraquien Jean-Louis Debré, président de ce Conseil constitutionnel, l’ont toujours souverainement haï. Pour ces nostalgiques de la sarkozie d’antan, cet acharnement prouve à quel point la gauche et une certaine droite le redoutent encore et ont compris qu’il restait, de très loin, le seul recours possible de la droite pour 2017. Ils sont d’ailleurs convaincus que cet acharnement poussera, voire même obligera, Nicolas Sarkozy à redescendre dans l’arène plus tôt que prévu. Pour d’autres, le plus souvent de gauche et qui ont toujours détesté Sarkozy, ce déluge d’affaires qui déferle sur l’ancien chef de l’Etat n’est rien d’autre que le résultat du travail de la Justice qui poursuit un homme s’étant toujours cru tout permis et n’ayant jamais hésité, dans sa soif du pouvoir, à défier la morale la plus élémentaire tout en contournant les lois. Il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui beaucoup de Français sont intimement convaincus que la campagne présidentielle de Balladur, en 1995, a été, en partie, financée par des rétro-commissions provenant des ventes d’armes au Pakistan, que Liliane Bettencourt a été très, très généreuse avec le candidat Sarkozy en 2007, que c’est Sarkozy en personne qui a donné son feu vert pour permettre à Bernard Tapie, grâce à un arbitrage contestable, de toucher 403 millions et que, comme le dit le Conseil constitutionnel, Sarkozy a dépassé les limites dans ses dépenses de campagne en 2012. Nicolas Sarkozy est « présumé coupable » par une grande majorité de l’opinion publique, même si toutes ces affaires, plus compliquées les unes que les autres, vont encore demander des mois, voire des années, avant d’être totalement éclaircies. Mais ce qui est important sera de voir si cette accumulation de procédures, ce « trop c’est trop », incitera les Français à rejeter définitivement Sarkozy dans les oubliettes de l’histoire ou, au contraire, à voir en lui une victime de la détestation que la gauche et la Justice (en laquelle plus personne ne croit depuis belle lurette) éprouvent pour la droite. Pour tenter de sauver l’UMP désormais au bord de la faillite, Jean-François Copé lance un appel à tous les Français, une souscription nationale. Les résultats de cette souscription (audacieuse) permettront de voir si les Français condamnent ou acquittent Sarkozy. Quand on se connecte au site internet de l’UMP « Je soutiens l’UMP, je fais un don », on est surpris par les premières réactions des internautes à ce « sarkothon ». Au hasard : « Incapables de gérer votre propre parti, vous voudriez gérer la France », « Demandez un chèque à Liliane Bettencourt », « Carla n’a qu’à vendre son hôtel particulier », etc., etc. L’anti-sarkozisme semble avoir encore de beaux jours devant lui. Pour faire face à ses dettes, l’UMP a désormais besoin de 40 millions. C’est beaucoup d’argent ! Et le sort semble lui aussi s’acharner contre ce parti qui devrait pourtant aujourd’hui triompher en s’opposant à un régime qui conduit le pays à la catastrophe. On attend avec impatience la réaction de Sarkozy lui-même. Il parait qu’il n’est jamais si bon que dans l’adversité. Il est servi aujourd’hui. En sortant bruyamment de son silence, il éliminerait évidemment Fillon et Copé d’un revers de main, mais parviendrait-il pour autant à se replacer en maitre incontesté d’une droite reconquérante et à incarner l’espoir ?

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