En participant demain à la grande réunion d’urgence de tout l’état-major de l’UMP, Nicolas Sarkozy sort du bois, remonte sur son cheval, entre dans l’arène et part à la reconquête de l’opinion pour ne pas dire du pouvoir. Personne n’était dupe et tout le monde savait parfaitement que, teigneux comme il est, Sarkozy n’allait pas se morfondre éternellement en ruminant sa défaite, en donnant des conférences, même bien payées, et en écoutant Carla fredonner. Mais les événements ont un peu précipité les choses. L’invalidation de ses comptes de campagne par le Conseil constitutionnel n’a été que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase déjà bien rempli. Il en a assez de jouer les Saint Sébastien attaché à son poteau et criblé de flèches plus empoisonnées les unes que les autres et ayant pour nom Karachi, Bettencourt, Tapie ou comptes de campagne. S’il pouvait se complaire un temps de ce rôle de victime, il savait très bien qu’à l’usure il risquait fort d’apparaitre, à tout jamais, comme le pire des voyous de la République. A cela s’ajoute une conjoncture qui lui offre une fenêtre de tir inespérée. Hollande et les socialistes ont sombré au-delà de toutes ses espérances, ceux qui prétendaient lui succéder à la tête de l’UMP se sont totalement discrédités à force de se ridiculiser et le Front National qu’il pense être le seul capable de combattre se met à caracoler dans tous les scrutins. Mieux encore, tous les sondages confirment désormais, les uns après les autres, ce dont il a toujours été convaincu : aux yeux des électeurs de droite, il est le seul à pouvoir terrasser la gauche en 2017. Reste à savoir quelle stratégie il a vouloir employer. Personne n’a jamais su ce que pouvait bien être le sarkozisme. Est-il au centre, voire au centre-gauche comme on avait pu le croire, en 2007, quand, à peine élu, Sarkozy avait appelé auprès de lui les Kouchner et autres seconds couteaux-traitres du PS? Est-il radicalement à droite, comme on l’avait constaté à la fin du quinquennat avec le discours de Grenoble et une course effrénée derrière les électeurs du FN ? Sarkozy a toujours préféré trottiner derrière les études d’opinion plutôt que d’avoir la moindre idéologie personnelle. Va-t-il aujourd’hui tenter de séduire les innombrables déçus du socialisme en jouant la carte d’un gaullisme de centre-droit de bon aloi avec les « humanistes » de l’UMP et les copains de Borloo, même s’il a promis un chien de sa chienne aux Fillon, Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet et Raffarin qui incarnent cette droite « raisonnable » mais qui se sont permis quelques incartades bien irrespectueuses ces mois derniers ? Ou va-t-il suivre à nouveau les conseils du funeste Buisson et repartir, avec Copé et comme le souhaite évidemment un bon nombre de militants de l’UMP, à la chasse aux voix qui se portent, chaque jour davantage, vers l’extrême-droite ? Par nature, et l’année « sabbatique » qu’il vient de passer n’a dû que le renforcer dans ce sens, il serait plutôt tenté par la radicalisation. Il est convaincu que le virage à droite-toute de la fin de son mandat lui a permis de remonter dans l’opinion et qu’il ne s’en est fallu que d’un rien, quelques semaines, qu’il ne soit réélu. Et il observe, comme tout le monde, que la crise pousse de plus en plus de Français vers l’extrémisme. Mais un minimum de sagesse devrait lui faire comprendre que les succès du FN sont dus non seulement au rejet de la gauche mais aussi à celui de la droite traditionnelle. Marine Le Pen fustige l’UMPS c’est-à-dire autant si ce n’est plus l’UMP que le PS et, comme disait déjà son père, les Français préféreront toujours l’originale à la copie ce qui est sans doute plus vrai aujourd’hui que jadis. D’ailleurs, l’équation est simple. Sarkozy a tout intérêt à se retrouver au second tour de 2017 face à Marine Le Pen, ce qui assurera sa victoire. S’il l’affaiblit, un duel avec Hollande deviendrait beaucoup plus incertain pour lui. Il lui faut donc passer les quatre années qui restent à tirer à boulets rouges contre la gauche (ce qui ne devrait pas être difficile) tout en ignorant la progression du FN contre laquelle il ne peut plus rien et en prenant ainsi, c’est vrai, le risque éventuel d’être le troisième larron (éliminé) du second tour. La rage est parfois nécessaire pour l’emporter mais elle est bien souvent mauvaise conseillère.

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