Depuis quelque temps déjà, les militants de l’UMP n’ont vraiment pas de chance. Dire que leur parti va à vau-l’eau comme un chien crevé au fil de l’eau serait un euphémisme. Depuis la défaite de la présidentielle de l’année dernière, ils n’ont pu qu’assister, impuissants, aux querelles haineuses de leurs chefs qui, au-delà d’une pitoyable bataille d’égos, reflétaient toutes les incohérences d’un mouvement fait, finalement, de bric et de broc. Hier, des élections internes et deux sondages ont, une fois de plus, étalé au grand jour cette situation désespérante à bien des égards. Appelés à voter sur les nouveaux statuts de leur mouvement, les militants ont refusé d’avoir à revoter pour sa présidence. Jean-François Copé dont l’élection avait été pour le moins contestée en novembre dernier, reste donc président jusqu’en novembre 2015. C’est la victoire des magouilles. Mais, en même temps, ces militants ont approuvé le principe d’une primaire pour le choix d’un candidat à la présidentielle de 2017. Comme le souhaitait François Fillon. L’UMP a donc désormais un président pour mener le combat et un candidat pour remporter la victoire. Deux crocodiles dans le même marigot. C’est, bien sûr, un de trop. D’autant plus que le Journal du Dimanche publiait, hier, un sondage de l’IFOP affirmant que 87% des sympathisants de l’UMP souhaitaient une candidature de… Nicolas Sarkozy. Un troisième crocodile ! Et il est évident que l’ancien président de la République, même s’il est pour l’instant silencieux et tapi dans son coin, n’acceptera jamais de se soumettre au verdict d’une primaire et qu’il compte bien, en caracolant ainsi en tête de tous les sondages, s’imposer comme le seul candidat « naturel » de la droite en 2017. Mais ce n’est pas tout. Un autre sondage, cette fois de BVA et publié par le Parisien, révélait que 54% des sympathisants de l’UMP préféraient… Alain Juppé, loin devant Fillon, 31%, et Copé, 8%. Un quatrième crocodile ! A priori, les quatre hommes ont chacun leur légitimité. Sarkozy a une revanche à prendre, Fillon s’est fait voler la présidence de l’UMP, Copé est le patron et Juppé a su rester en réserve de la République. Dans les faits, c’est moins évident. Sarkozy n’a pas laissé que de bons souvenirs, Fillon n’a fait qu’avaler des couleuvres pendant cinq ans à Matignon, Copé est désormais considéré comme un petit tricheur et, droit dans ses bottes, Juppé reste l’homme de la dissolution de 1997. Pire, ces quatre lascars apparaissent maintenant comme des hommes du passé ne rêvant que d’une restauration qui leur permettrait de retrouver les palais dorés de la République. C’est un peu court pour incarner l’espoir d’un sursaut. Depuis plus de trente ans, les Français ont pratiqué l’alternance avec, à chaque fois, l’illusion que le changement qu’on leur promettait permettrait de sortir la France du marasme dans lequel elle s’enfonçait. Mais, depuis quelque temps, ils ont compris que ce petit jeu de bascule dérisoire était inutile. La France continue à plonger dans l’abîme. L’abstention et la montée inéluctable du Front national prouvent, de scrutin en scrutin, que les Français veulent autre chose que ce manège qui fait inévitablement et interminablement revenir les mêmes marionnettes sur le devant de la scène. Que les ténors aphones de l’UMP tentent de se différencier les uns des autres –plus à droite, plus au centre, plus ou moins « humanistes »- n’y changera rien. Ils sont discrédités. Ils ont tous « fait leurs preuves ». Ils espèrent aujourd’hui que, la gauche faisant elle aussi « ses preuves » depuis plus d’un an, le fromage leur tombera automatiquement dans la gueule en 2017. Comme les émigrés de Coblence, ils n’ont rien oublié, rien appris et s’imaginent qu’ils reviendront au pouvoir dans les wagons de la crise. La droite l’emportera sans doute à l’issue du quinquennat de François Hollande. Mais pour que cette victoire ne soit pas à la Pyrrhus, il faudrait que d’ici-là elle change elle-même radicalement. Qu’elle jette par-dessus bord ses vieux acteurs poussiéreux qui n’ont joué que des bides et qu’en changeant de « casting » elle change aussi de scénario en ayant le courage d’imaginer une droite du XXIème siècle qui serait à la fois libérale et sociale, réaliste et humaniste. Sinon, le rafiot de la droite va continuer à dériver et la France à s’enfoncer.

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