Comparer les prières (musulmanes) dans nos rues à l’occupation, comme l’avait fait Marine Le Pen en décembre 2010, est évidemment excessif. Mais était-ce raison pour que le Parlement européen lève, ce matin, son immunité parlementaire ? En principe, les parlementaires devraient, comme tous les citoyens, il faut le rappeler, pouvoir bénéficier de la liberté d’expression garantie par toutes nos constitutions gravées dans le marbre. La présidente du Front National n’appelait pas au meurtre et n’incitait pas à la haine raciale. Elle condamnait une pratique illégale, ces prières dans les rues, comme l’ont d’ailleurs fait depuis la plupart de nos responsables politiques. Mais, dès qu’il s’agit de l’Islam, tout le monde est tétanisé et se met à obéir à quelques lobbies particulièrement efficaces. L’Europe ne veut pas évoquer ses « racines chrétiennes », admet parfaitement qu’on ironise sur le Christ, le Pape, les curés, les bouddhistes et même parfois les rabbins, mais interdit qu’on touche à Mohammed et son Prophète, au Coran, à la Charia, aux imams, aux mollahs et, a fortiori, qu’on laisse entendre que les islamistes (qui ont déclaré le djihad contre l’Occident) pourraient éventuellement constituer une menace pour nos démocraties. Certes, le Front National a été le premier à dénoncer les dangers de l’immigration massive et incontrôlée ce qui lui a permis de recruter beaucoup d’adeptes, notamment dans les quartiers dits « difficiles », mais on a oublié que Giscard d’Estaing avait parlé d’« une invasion », que Mitterrand avait fixé « un seuil de tolérance » (à 10%) et que Chirac avait fait allusion à « l’odeur ». Aucun des trois n’avait été poursuivi devant les tribunaux alors pourtant que cela ressemblait fort à de la stigmatisation. Si l’on comprend bien le vote de Strasbourg, on ne reproche pas à Marine Le Pen d’avoir dénoncé ces prières dans les rues mais de les avoir comparées à l’occupation. Elle avait d’ailleurs précisé « une occupation sans blindés ni soldats mais une occupation tout de même ». Le tout est de savoir si elle mettait un « O » majuscule à « occupation », faisant alors clairement référence à « l’occupation nazie », ou si elle parlait d’« une occupation » du pays par des gens venus d’ailleurs, comme Giscard avait parlé d’« une invasion ». On voit que le procès qui va maintenant pouvoir avoir lieu devant le tribunal de Lyon jouera sans doute sur les mots. Il va sans dire qu’en privant Marine Le Pen de son immunité, comme il l’avait déjà fait pour son père ou pour Bruno Gollnisch, le Parlement européen entend faire un geste politique et mettre au ban de nos démocraties une extrême-droite qui, de scrutin en scrutin et à travers tout le continent, fait des progrès inquiétants. Mais nos parlementaires européens n’ont toujours pas compris que c’est en « victimisant » l’extrême-droite qu’on la faisait progresser. Le Front National, comme tous ses équivalents européens, a désormais comme thème de prédilection de fustiger tous les partis « institutionnels », de droite comme de gauche, qui, avec une alternance réglée comme du papier à musique, règnent sur toutes nos capitales depuis des décennies, avec les résultats qu’on connait. Que ces mêmes partis qui se retrouvent à Strasbourg tentent de mettre hors-jeu l’extrême-droite est évidemment du pain bénit pour elle puisque cela confirme et la collusion entre droite et gauche qu’elle dénonce depuis longtemps et la place à part, hors du petit jeu politique traditionnel, qu’elle revendique. Marine Le Pen va sans doute encore gagner quelques milliers de voix avec cette levée d’immunité qui viole, bien sûr, la liberté d’expression et qui semble interdire qu’on évoque un problème de plus en plus présent dans les préoccupations des citoyens. Nos parlementaires européens qui sont bien payés pour ne pas faire grand-chose seraient mieux inspirés en s’occupant du chômage des jeunes, de la situation de certains pays de l’Union, de l’entrée discrète (et inquiétante) de la Croatie, des problèmes de l’immigration, voire même de celui de l’Islam plutôt que de condamner Marine Le Pen pour un mini « dérapage » si tant est que c’en fut un. Même ceux qui n’ont aucune sympathie pour l’extrême-droite, pour Marine Le Pen ou pour le programme du Front National sont obligés de donner tort à ces parlementaires dont on ignore tout d’ailleurs si ce n’est qu’ils doivent tous commencer à trembler en pensant à leurs réélections de l’année prochaine.

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