On le sait, « les Français ont la mémoire courte » et certains s’étonnent aujourd’hui de la joie que manifestent les électeurs de droite devant le retour de Nicolas Sarkozy sur le devant de la scène. Un an après sa défaite et un quinquennat qui avait été pour le moins décevant, l’ancien président apparait soudain comme le sauveur. Celui qui avait été, en son temps, « l’homme le plus détesté de France » devient l’homme recours, le seul, en face d’un régime socialiste tout puissant et qui accumule les erreurs en étant totalement incapable de faire face à toutes les crises que connait le pays. Mais il ne faut pas oublier que Sarkozy n’a été battu que de peu l’année dernière. 48,36% contre 51,64%. Et il faut surtout constater qu’aujourd’hui personne n’a été capable de reprendre le flambeau. François Fillon reste l’ancien « collaborateur » de Sarkozy qui a avalé pendant cinq ans toutes les couleuvres que lui faisait ingurgiter à plaisir le président et Jean-François Copé n’apparait plus que comme le petit magouilleur aux dents trop longues qui a triché pour s’emparer de la présidence de l’UMP. Sans parler de Jean-Louis Borloo l’éternel velléitaire qui a été incapable de recréer le moindre centre. En 1981, après la victoire de Mitterrand, Giscard avait disparu parce qu’un homme avait pu s’imposer à la tête de la droite, Chirac. Il avait su démissionner de Matignon pour souligner ses désaccords avec le président, il avait créé une machine de guerre, le RPR, gagné la mairie de Paris et il avait même eu le culot de se présenter contre Giscard (et Mitterrand) à la présidentielle. Même s’il affirme désormais qu’il avait certains désaccords avec Sarkozy, Fillon n’a jamais eu le courage de démissionner. Avec leur querelle d’égos, Fillon et Copé ont détruit l’UMP. Et chacun sait que, quoi qu’ils peuvent dire ou laisser croire, ni l’ancien Premier ministre ni le président contesté de l’UMP ne pourront se présenter à la présidentielle si Sarkozy est candidat. En clair, les électeurs de droite qui se refusent à rejoindre le Front National de Marine Le Pen n’ont pas le choix. Il ne leur reste que Sarkozy et ils sont donc prêts à oublier le bling-bling, les zigzags de droite à gauche, le ralliement sans pudeur à l’Amérique de Bush, la soumission à l’Allemagne d’Angela Merkel et toutes les erreurs de ce quinquennat qui, la crise aidant, a accéléré la dégringolade du pays. Les « affaires » (Karachi, Bettencourt, Tapie, Kadhafi et autres) n’ont plus aucune importance. D’abord, parce que « trop c’est trop » et que cette accumulation acharnée d’accusations innocente « le présumé coupable ». Ensuite, parce qu’aujourd’hui personne ne peut donner la moindre leçon de morale à quiconque et en tous les cas pas la gauche, submergée elle aussi de scandales, de l’affaire DSK à celle de Cahuzac en passant par la famille Guérini. Hier, devant « ses » troupes, Sarkozy a affirmé qu’il n’effectuait pas là son retour en politique et qu’il se contentait d’apporter son chèque personnel pour éviter à « son » parti la faillite annoncée. C’était la moindre des choses et d’autant plus qu’il s’était porté caution des prêts engagés par l’UMP pour sa campagne. Puis, comme le futur candidat logique à la prochaine présidentielle, il a présenté son programme, sur l’avenir, le progrès, l’Europe et dénoncé « la crise des idées », c’est-à-dire fustigé les Fillon, Copé et autres en les accusant de ne pas avoir la moindre idée pour préparer l’alternance et le futur de la France. Et il est reparti, sous les « Sarkozy, président » de la foule, vers l’hôtel particulier de Carla qui va désormais lui servir de petit Colombey. Il n’a plus qu’à attendre patiemment en voyant les déficits, les fermetures d’usines s’accumuler, le chômage, les impôts augmenter, les revenus des Français baisser, les syndicats se mobiliser, l’Etat se déliter et les cotes de popularité de François Hollande et de Jean-Marc Ayrault continuer à plonger. Et ni Fillon, ni Copé ne peuvent plus continuer à jouer les futurs candidats. Il leur a coupé les ailes en les renvoyant à la niche et en leur rappelant brusquement qu’il était « le patron ». Reste que la patience n’a jamais été son fort. Quatre ans, c’est long. Que va-t-il faire à la veille des grandes échéances électorales, les municipales ou les européennes ? Va-t-il réagir à l’annonce de certaines décisions du gouvernement, au risque d’avoir l’air de se réjouir de la crise qui s’amplifie ? Hier, tout en se disant toujours en réserve de la République, il a repris du service. Mais il est bien difficile d’être à la fois spectateur, même critique, et de remonter sur la scène. En 2017, François Hollande ne pourra guère continuer à évoquer le bilan des années Sarkozy. Et c’est Sarkozy qui pourra évoquer le bilan du quinquennat de Hollande. C’est ce qui s’appelle l’alternance… Les Français ont peut-être la mémoire courte mais, en l’occurrence, ils n’ont guère le choix. Et même si aujourd’hui une majorité de Français ne veut toujours plus de Sarkozy, chaque jour qui passe Hollande le fait regretter.

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