Qu’on soit croyant ou non, le triomphe fait au pape François par trois millions de jeunes, hier, sur la plage de Copacabana, est une bien bonne nouvelle, au milieu d’une actualité débordante de catastrophes, de crapuleries et de déliquescence générale. On dira que le Brésil est le plus grand pays catholique de la planète, que les Journées Mondiales de la Jeunesse ont toujours « fait des tabacs » et que François est le premier pape sud-américain de l’histoire de l’Eglise. Tout cela est vrai mais n’explique pas pour autant cette immense foule en délire. Ce pape inattendu a quelque chose de particulier, de nouveau qui provoque sans doute l’enthousiasme des jeunes. Il se présente résolument comme le pape des oubliés, des pauvres, des défavorisés, des exclus, celui qui veut abattre l’idolâtrie du Veau d’or. Et son bon sourire, un peu naïf, fait croire en sa sincérité. Bien sûr, personne n’est dupe, même parmi ces trois millions de jeunes qui l’acclamaient. Le chef du plus petit Etat de la planète ne changera pas la face du monde. Cela fait bien longtemps que les successeurs de Saint Pierre n’ont, du moins le croit-on, plus guère d’influence sur la marche de la planète et que leurs appels à la paix, à la fraternité, à la charité font sourire de mépris tous les dirigeants de tous les continents. Ce n’est pas « le Saint-Père » qui mettra fin à la misère, au chômage, aux famines, aux violences, à toutes les injustices. Mais ce qui est sûr c’est qu’en reprenant le message du Christ dans ce qu’il a de plus « social », pour ne pas dire de plus « révolutionnaire », ce nouveau pape ne prêche pas dans le désert. Et c’est d’ailleurs ce qui est grave. Les jeunes l’ont adopté tout de suite car ils se sentent eux-mêmes, bien souvent, des oubliés du progrès, des exclus de notre société. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, les enfants savent qu’ils auront une vie moins heureuse que leurs parents. Même dans les pays dits « émergeants » et en fait déjà triomphants comme le Brésil, tout le monde, à commencer par les jeunes, bien sûr, a compris que la croissance avait ses limites et que le train fou dans lequel nous nous étions embarqués avait non seulement laissé trop de monde sur le quai de la gare mais risquait bien vite de dérailler. Le pape François avec ses airs de ne pas y toucher ne fait pas que proférer des vœux pieux. Il annonce des catastrophes. La fin non pas du monde mais d’un monde, celui que nous avons édifié en nous imaginant que « l’argent fait le bonheur », qu’« on n’arrête pas le progrès » et qu’« après nous le déluge ». On comprend que les jeunes soient attentifs à son message. Les dirigeants de la planète auraient tout intérêt à se souvenir que c’est -en partie- la voix nasillarde d’un cardinal polonais nommé Karol Wojtyla qui a fait vaciller puis s’effondrer l’empire soviétique, avant de devenir le pape Jean-Paul II. Cet ancien cardinal argentin pourrait lui aussi faire vaciller quelques certitudes.

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