Personne n’a jamais accusé François Hollande d’être totalement inculte. Ancien élève d’HEC et de l’ENA, on veut croire qu’il maitrise ses quatre opérations et qu’il connait ses préfectures, si ce n’est ses sous-préfectures. Cela dit, ses longues années passées en compagnie de celle qui inventa « la bravitude » peuvent expliquer certains de ses dérapages lexicologiques. Il ignore visiblement le sens des mots « croissance » ou « reprise » qu’il emploie en dépit du bon sens depuis quelque temps. Le Figaro nous apprend que la géographie n’est pas plus son fort que l’économie. Lors du dernier Sommet des Balkans, le président de la République française a longuement parlé de « la Macédonie » devant une poignée de chefs d’Etat balkaniques éberlués. Ils ont fini par comprendre que François Hollande voulait évoquer la Macédoine. La bourde était d’autant plus impardonnable que ce nom même de Macédoine a bien failli déclencher une guerre (de plus) dans ce baril de poudre qu’est toujours la région des Balkans. La République de Macédoine (capitale Skopje, deux millions d’habitants, l’un des pays les plus pauvres d’Europe) est l’ancienne province macédonienne de Yougoslavie et ne représente qu’un morceau de la Macédoine historique, le reste étant en Grèce et en Bulgarie. Quand cette région de l’ancienne Yougoslavie a proclamé son indépendance et a voulu prendre ce nom de Macédoine, la Grèce qui a, elle aussi, sa province de Macédoine et qui rappelle à qui veut l’entendre qu’Alexandre-le-Grand était macédonien a failli déclarer la guerre à Skopje en l’accusant d’usurper ce nom (grec) de Macédoine. Finalement, un accord a été trouvé et la Macédoine a pu faire son entrée aux Nations-Unies sous le nom officiel et un brin ridicule d’« Ancienne République Yougoslave de Macédoine », l’ARYM. Il n’avait jamais été question de Macédonie. D’ailleurs, on ne dit pas « salade macédonienne », mais « salade macédoine ». Ce n’est pas la première fois que notre chef d’Etat prend Le Pirée pour un homme et Pic de La Mirandole pour une montagne. Lors de sa dernière conférence de presse, il a longuement parlé de la Tunisie. D’après tous les experts en géostratégie, il voulait évoquer l’Egypte. Ou, peut-être la Turquie. On dira que ce sont là des pays musulmans, mais tout de même. Pire encore, au lendemain de l’attaque par des terroristes du site gazier d’In Amenas, en Algérie, qui avait fait dix morts japonais parmi les travailleurs immigrés, Hollande a envoyé ses condoléances… « au peuple chinois ». On dira que les Japonais et les Chinois sont des jaunes, mais tout de même. Hollande n’est sûrement pas le premier de nos dirigeants à faire des cuirs, des bourdes et des lapsus. Il n’empêche que ceux qu’il accumule sont révélateurs d’une inculture crasse de la planète. Comment un homme qui parle de la Macédonie, confond la Tunisie et l’Egypte, les Japonais et les Chinois, peut-il participer aux G8, aux G20, aux Assemblées générales des Nations-Unies sans avoir l’air d’un jean-foutre ? C’est affligeant et cela explique sans doute les errements de notre diplomatie actuelle.

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