François Hollande qui ne sait visiblement plus quoi faire pour tenter de remonter si ce n’est la pente du moins sa cote de popularité est allé rendre une visite « de courtoisie » à Jacques Chirac au fin fond de la Corrèze. Le président de la République passait quelques heures dans son ancien département et l’ancien président somnolait entre Bernadette et son caniche nain dans son château de Bity. C’était évidemment « gentil » mais c’était aussi une façon de remercier Chirac d’avoir un jour déclaré : « Moi, je voterai Hollande ». Hollande faisait en quelque sorte la tournée de ses électeurs les plus fidèles… On aimerait, bien sûr, savoir ce que les deux hommes ont pu se dire une fois passées les banalités d’usage sur la santé chancelante de l’ancien et la bonne mine de l’actuel. Ils ont sûrement évoqué la crise qui n’en finit pas, les difficultés de la fonction présidentielle, les aléas des sondages. Chirac connait tout cela. S’il n’a pas eu à affronter « la » crise, il a eu à se battre contre le chômage, la désindustrialisation du pays, les déficits et la dette. Mais, sur ces plans-là, il n’avait, évidemment, aucun conseil à donner à son successeur. Il a donc dû se contenter de lui rappeler quelques célèbres formules de son maitre Pompidou qui répétait souvent: « Trop d’impôt tue l’impôt » ou « Si l’on avait davantage à partager, le problème du partage serait grandement facilité ». Mais Chirac lui-même n’ayant pas appliqué ces règles de bons-sens, Hollande pouvait sourire en opinant du bonnet. Chirac a sûrement rappelé à Hollande qu’il ne fallait jamais brusquer les Français qui savent, tous, qu’il faudrait des réformes fondamentales pour sauver le pays mais qui descendent, tous, dans la rue dès qu’on commence à vouloir évoquer la moindre réformette. Là, le troisième corrézien de notre histoire politique a dû faire une apparition, Henri Queuille qui s’était rendu célèbre grâce à sa formule : « Il n’y a pas de problème que l’absence de solution ne finisse par résoudre ». « Le roi fainéant » et « le capitaine de pédalo » ont sans doute eu une pensée émue pour leur grand ancien. On peut s’amuser à imaginer que Chirac a conseillé à Hollande de faire une dissolution en lui disant : « Quand il y a un blocage total, et vous n’en êtes pas loin, le meilleur moyen d’en sortir est de dissoudre. Vous mettez vos adversaires à Matignon et vous êtes, comme ça, sûr d’être réélu à l’Elysée. La cohabitation est une catastrophe pour le pays mais cela fait plaisir aux Français et c’est le seul moyen pour un président sortant d’être réélu. Regardez Mitterrand et regardez-moi ». Hollande a, sans doute, pris un visage dubitatif. Les deux hommes se sont alors, peut-être, comparés. « Vous avez été élu parce que Strauss-Kahn a disparu. Moi parce que les Français n’ont finalement pas voulu de Balladur. Autant dire que nous avons eu de la chance. Mais ni vous ni moi n’avons su en profiter. J’avais pris un bon premier ministre, Juppé. Une erreur. Cela m’a valu tous les ennuis. A force d’être droit dans ses bottes, il allait droit dans le mur. Au second coup, j’ai pris un médiocre qui ne faisait d’ombre à personne, Raffarin. Vous avez fait la même chose avec Ayrault, vous avez eu raison ». Mais ce qui est le plus vraisemblable est que les deux hommes ont surtout parlé de Sarkozy. Ils le détestent autant l’un que l’autre. « Méfiez-vous du nain, s’est sans doute écrié Chirac. On croit l’avoir tué et il ressuscite toujours. Il m’a pourri la vie, il va vous pourrir la votre. D’ailleurs il faut toujours faire attention aux petits nerveux qui sont populaires. A votre place je me méfierais de Valls. C’est de la graine de Sarko celui-ci ». « Et qu’est-ce que je fais avec le Front National ? » a, peut-être, hasardé Hollande. Chirac a alors éclaté de rire : « Là, vous voyez, mon petit Français, il y a une justice. Mitterrand l’avait fait monter pour me casser. Et il m’a fait perdre un bon nombre d’élections. Mais depuis 2002, c’est vous qu’il fait perdre. Et il n’y a rien à faire. Plus on tape dessus et plus il grimpe. Votre copain Fabius avait raison, le Front National pose les bonnes questions. L’ennui c’est que ni vous ni moi n’avons jamais été fichus de donner les bonnes réponses ». « Merci, Monsieur le président, mais il faut que j’y aille maintenant », « Revenez quand vous voulez. Cela me fait toujours plaisir de reparler du bon temps et de voir que rien n’a changé, même si tout s’aggrave »…

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