L’Occident ne sait plus sur quel pied danser. Faut-il continuer, au nom des grands principes, à soutenir des Islamistes sous prétexte qu’ils ont été amenés au pouvoir « démocratiquement » et même s’ils se sont montrés totalement incapables de gérer leur pays, qu’ils s’en sont pris à bon nombre de libertés et qu’ils nous sont, évidemment, hostiles, ou faut-il, par réalisme, voire par lucidité, approuver et aider des militaires qui font un coup d’Etat et même s’ils annoncent qu’ils instaureront, un jour, la démocratie ? De Paris à Washington, toutes les capitales occidentales font mine d’hésiter. Elles s’étaient plus ou moins réjouies du fameux « Printemps arabe » qui, de Tunis au Caire en passant par Tripoli, avait renversé des dictatures militaires (Ben Ali, Kadhafi et Moubarak étant tous les militaires) et elles avaient, très naïvement, voulu croire un instant que ces pays allaient enfin connaitre tous les plaisirs de la démocratie. Or, partout, bien sûr, ce sont les Islamistes qui ont remplacé les tyranneaux locaux. L’Occident n’avait pas compris que ces pays n’étaient malheureusement pas « compatibles » avec la démocratie telle que nous l’imaginons chez nous et que, depuis la nuit des temps, ils oscillaient entre le sabre et le goupillon, le pouvoir des casernes et celui des mosquées. Ce qui se passe en ce moment en Egypte est parfaitement révélateur. Le peuple ne supportait plus Moubarak, son autoritarisme, la corruption de son régime, la misère dans laquelle son incompétence avait plongé le pays. Et comme, après soixante ans de dictatures (Nasser, Sadate et Moubarak), il n’y avait aucune vraie force politique dans le pays, des centaines de milliers de manifestants s’étaient ralliées aux cris de « Allah ou Akbar ! ». Morsi avait été élu et s’était emparé du pouvoir avec ses amis les Frères musulmans. On nous avait dit alors qu’il s’agissait d’un Islam « modéré ». Les Egyptiens se sont rapidement aperçus que, dès qu’ils étaient au pouvoir, les Islamistes n’étaient plus des « modérés » et qu’en plus ils étaient incapables de redresser une économie et de donner, comme ils l’avaient promis, du pain au peuple. Non seulement celui qui avait succédé au dictateur voulait imposer une nouvelle dictature, théocratique cette fois, à ce pays laïcisé depuis longtemps par les dictateurs précédents mais le pays sombrait plus encore dans la misère. Ceux-là même qui avaient crié « A bas Moubarak ! » se mirent à crier « A bas Morsi ! » Et l’armée qui avait dû lâcher Moubarak et qui, tapie dans ses casernes, attendait son heure, est ressortie triomphante dans les rues, acclamée par la foule. Quoiqu’en disent nos dirigeants, il s’agit bel et bien d’un coup d’Etat militaire avec des généraux qui renversent un pouvoir aussi légal que légitime puisque Morsi avait été élu, il y a un an, par une majorité d’Egyptiens, au cours d’élections que personne n’avait contestées. Il est évident que toutes les capitales occidentales, après avoir fait semblant de « tousser » un peu, vont accepter le fait accompli et faire mine de croire que ces putschistes vont organiser rapidement des élections libres pour redonner la parole au peuple. On peut d’ailleurs déjà se demander jusqu’à quel point Washington n’a pas poussé les généraux égyptiens à faire ce coup d’état. On connait les étroites relations entre les états-majors des deux pays et on sait que l’Amérique alloue un milliard et demi de dollars chaque année à l’armée égyptienne. Jamais le général al Sassi n’aurait osé franchir le pas sans avoir au moins un feu vert du Pentagone. Ce coup d’Etat pourrait bien n’être qu’un joli coup de la CIA. Certes, la morale en prend un coup. Mais il est peut-être temps que l’Occident qui avait soutenu l’ayatollah Khomeiny contre le Chah il y a plus de trente ans et qui, depuis, a « trahi » tous les fantoches qui lui servaient de valets complaisants comprenne que ce XXIème siècle qui a commencé sera celui de l’affrontement sans pitié entre l’Occident et cet Islamisme renaissant qui veut l’abattre. François Hollande n’a décidemment pas de chance. Il débarque aujourd’hui même en visite officielle à Tunis et se retrouve en face d’un pouvoir islamiste, lui aussi élu et lui aussi contesté, et qui en veut toujours à Paris d’avoir soutenu à bout de bras et même au-delà du raisonnable Ben Ali. Va-t-il devoir, pour plaire à ses hôtes, condamner les putschistes du Caire ou saura-t-il, sans envenimer davantage encore les relations franco-tunisiennes, prendre ses distances avec l’Islamisme ?

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