Manuel Valls a annoncé, ce matin, la dissolution de « L’Oeuvre française » et de sa filiale « Les Jeunesses Nationalistes ». Il y a quelques semaines, le gouvernement avait déjà dissout « Les Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires » et « La Troisième voie ». Cette chasse aux groupuscules d’extrême-droite fait suite à « l’affaire Méric », ce jeune militant d’extrême-gauche qui, le 6 juin dernier, avait trouvé la mort lors d’une bagarre (qu’il avait lui-même provoquée selon tous les témoignages) avec des skinheads proches des Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires. On peut s’étonner de ces dissolutions en cascade. D’abord, le gouvernement semble ignorer qu’il y a aussi des groupuscules d’extrême-gauche qui n’hésitent jamais, eux non plus, à avoir recours à la violence dès qu’il s’agit d’attaquer ceux qui appellent « les fascistes ». Le jeune Clément Méric faisait partie d’un de ces groupuscules violents de l’extrême-gauche révolutionnaire. Ces dissolutions sont donc à sens unique. Ensuite, tout le monde sait que les mouvements dissouts renaissent aussitôt de leurs cendres. Ils changent de nom mais gardent leur idéologie et leurs militants qui peuvent alors se présenter en victimes de la persécution du pouvoir. Ces dissolutions sont totalement inutiles. Enfin, on se demande pourquoi le pouvoir socialiste a ainsi sauté sur l’occasion de « l’affaire Méric » (qu’il nous avait présentée en tronquant sans pudeur la vérité) pour s’en prendre à l’extrême-droite. A l’Elysée, on nous dit que l’ambiance délétère qui règne actuellement en France est dangereuse et que certains illuminés pourraient vouloir profiter de la crise économique, sociale et morale que connait le pays ainsi que des errements de la droite traditionnelle et des divisions de la gauche, pour provoquer des troubles graves. Mais ces dissolutions sont purement politicardes. Personne ne conteste qu’il y ait actuellement une ambiance détestable en France, une terrible crise, économique sociale et plus encore morale, que la droite offre le spectacle affligeant de sa guerre des chefs et que la gauche au pouvoir se fracture chaque jour davantage devant les hésitations, les reculades, les erreurs et les trahisons de François Hollande. Mais delà à imaginer que les quelques centaines de militants faméliques et pitoyables de « L’Oeuvre française » puissent faire basculer le pays dans une guerre civile, il y a évidemment un pas qu’il serait totalement absurde de franchir. Aussi délirantes que soient leurs idéologies, ces groupuscules ne représentent aucun danger pour la République. En réalité, en s’en prenant à ces nostalgiques de Pétain, de Mussolini, d’Hitler et de Franco, Hollande, Ayrault et Valls veulent évidemment viser par ricochet le Front National. Et il est vrai que, pendant des années, le FN de Jean-Marie Le Pen a eu des relations très étroites avec certains de ces groupuscules peu fréquentables. Récemment encore, Yvan Benedetti qui a succédé à Pierre Sidos comme patron de « L’Oeuvre française » a été le directeur de campagne de Bruno Gollnisch lors de l’élection du président du FN et de nombreux militants de « L’Oeuvre française » appartenaient encore au FN. Mais justement, Marine Le Pen prenant la succession de son père a exclu sans ménagement du FN tous ces « extrémistes de l’extrémisme » pour tenter d’améliorer l’image de son parti. Ces dissolutions ne peuvent donc que la réjouir et lui apporter, éventuellement, de nouveaux adeptes. En fait, on a surtout l’impression que le chef de l’Etat qui est le premier responsable de toutes les tensions qui divisent aujourd’hui la Nation, cherche à donner un os à ronger à sa majorité chancelante en tentant de lui faire croire qu’il est le rempart contre « le danger fasciste » (qui n’existe pas). Il a cependant tort d’agiter de chiffon (rouge). En interdisant ces groupuscules et donc en les « victimisant », il les valorise et leur donne une place à la « une » de l‘actualité qu’ils n’auraient jamais eue. Il bafoue, par la même occasion et une fois de plus, le principe même de la liberté de penser qu’on doit, dans une démocratie, accorder à ses pires adversaires. Et il divise, de nouveau, les Français car nombreux sont ceux de nos compatriotes qui, ne partageant aucune des idées de ces groupuscules, sont scandalisés par leur interdiction. Dans une démocratie, on ne prive personne du droit à la parole. Pas même les ennemis de la démocratie. Mais la gauche a toujours eu une conception curieuse de la démocratie.

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