Delphine Batho prétend qu’elle n’a pas commis de « faute » en déclarant avant-hier, devant le micro de RTL, que le budget de son ministère qui baissait de 7% était « mauvais ». On peut en discuter en évoquant l’indispensable solidarité ministérielle qui veut qu’aucun ministre ne puisse critiquer publiquement la politique menée par le gouvernement et, a fortiori, les arbitrages budgétaires décidés par le Premier ministre. Même si certains s’étonnent de la sévérité de la sanction en se souvenant de l’indulgence dont ont pu bénéficier, par le passé, d’autres membres du gouvernement, de Montebourg à Peillon en passant par Fabius, qui n’avaient pas, eux non plus, hésité à contester certains aspects de la politique gouvernementale. Mais, ce qui est plus intéressant, Delphine Batho se dit surtout victime d’un lobby anti-écologie et désigne carrément Philippe Crouzet, le président de Vallourec, qui, bien avant la gaffe qu’elle a commise, aurait déclaré à New-York qu’on allait se débarrasser rapidement de cette ministre de l’Ecologie qui faisait du zèle. Vallourec est l’une des grandes entreprises françaises, spécialiste de la fabrication de tubes sans soudure qui sont utilisés notamment par l’industrie pétrolière. Philippe Crouzet est donc l’un de nos grands patrons et on sait même qu’il touche 1.816.360 € par an ce qui a fait grincer des dents un certain nombre de petits actionnaires, d’autant plus que les actions de Vallourec ne cessent de baisser depuis des mois. Mais ce qui est plus ennuyeux c’est que ce brillant énarque a épousé une brillante énarque, Sylvie Hubac, camarade de promotion de Hollande lui-même, la fameuse promotion Voltaire, et qu’elle est aujourd’hui… la directrice de cabinet du président de la République. De-là à imaginer, comme le fait Delphine Batho, que la directrice de cabinet de François Hollande anime, au coeur même de l’Elysée, un lobby pétrolier et donc anti-écolo, il n’y a qu’un pas. On se souvient d’ailleurs que celle qui avait précédé Delphine Batho au ministère de l’Ecologie, Nicole Bricq, avait été, elle aussi, virée sèchement après n’être restée à son poste qu’un mois (et recasée au ministère du Commerce extérieur) pour avoir suspendu les permis de forage exploratoire d’hydrocarbures au large de la Guyane. Les patrons de Total et de Shell avaient alors « fait pression » sur l’Elysée pour avoir la peau de Nicole Bricq. Qu’il y ait dans l’entourage immédiat du chef de l’Etat des adversaires du « tout-écolo » est, en soi, une bonne chose. Mais François Hollande nous rebat les oreilles avec « la transparence » et la lutte sans pitié qu’il veut mener contre ce qu’il appelle « les conflits d’intérêt ». Il a sans doute raison. La question qui se pose aujourd’hui est de savoir s’il n’y a pas précisément « un conflit d’intérêt » quand sa propre directrice de cabinet est l’épouse d’un des grands manitous de l’industrie pétrolière et que la ministre de l’Ecologie se fait virer à la première incartade. Il faudrait sans doute étudier en détail les livrets de famille de tous les collaborateurs de tous nos responsables… Nous ne sommes pas sortis de l’auberge !

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