Aujourd’hui, tout le monde a les yeux braqués sur Villeneuve-sur-Lot et chacun se demande si ce premier tour de la législative partielle provoquée par la démission de Jérôme Cahuzac va permettre au jeune candidat du Front National, Etienne Bousquet-Cassagne, 23 ans, de se qualifier pour le second tour. La situation de cette circonscription du Lot-et-Garonne est, évidemment, très particulière en raison de l’affaire Cahuzac elle-même qui a déshonoré la gauche dans un de ses fiefs et où l’ancien ministre du budget-fraudeur était adoré par certains. Le candidat du PS, Bernard Barral, va sans aucun doute avoir à payer au prix fort les « dérives » de son prédécesseur lequel d’ailleurs aurait, selon certains, mené discrètement, ces derniers jours, campagne contre lui, histoire de démontrer que ses anciens électeurs lui restaient fidèles et qu’il était irremplaçable. Barral aura, bien sûr, à souffrir aussi du rejet actuel de la gauche qui a été démontré lors de toutes les dernières élections partielles. L’intéressant va être de voir jusqu’à quel point l’UMP titre profit et de ce désamour pour la gauche et de ce scandale Cahuzac. Le candidat de l’UMP, Jean-Louis Costes, n’est pas un ténor. Face à Cahuzac, l’année dernière, il n’avait obtenu que 38% au deuxième tour. Et si la mise en examen de Cahuzac a considérablement terni l’image de la gauche dite « morale », on ne peut pas dire que la droite parlementaire, submergée actuellement par les affaires Tapie, Guéant, Bettencourt, Karachi et autres, puisse se présenter en donneuse de leçon. D’autre part, le chaos qui règne depuis des mois dans le parti de MM. Fillon et Copé n’est pas non plus très engageant. Si le Lot-et-Garonne est une terre radicalo-socialiste traditionnelle, il faut constater que le Front National s’y implante de plus en plus. En 2002, Jean-Marie Le Pen avait obtenu 18,91% des voix au premier tour de la présidentielle et, en 2012, Marine Le Pen en avait obtenu 21,41%. La candidate frontiste, Catherine Martin, avait, elle, recueilli 15,71% des suffrages au premier tour de la législative. Avec un chômage de 12%, supérieur donc à la moyenne nationale, le Lot-et-Garonne fait partie de ces nombreux départements « paysans » où les campagnes se désertifient, les services publics ferment les uns après les autres et où la population a le sentiment –justifié- d’avoir été depuis longtemps totalement abandonnée par l’Etat, qu’il ait été de droite ou de gauche. La présence de 17 candidats complique les choses mais il va être passionnant de voir l’ordre d’arrivée de ce soir. Cette France « profonde », confrontée infiniment plus que le microcosme parisien à toutes les crises dans lesquelles le pays s’enfonce, va-t-elle continuer à osciller entre une gauche désespérément décevante et une droite en capilotade ou va-t-elle basculer vers une « troisième voie ». Un petit « 21 avril villeneuvois » qui obligerait Hollande et Ayrault à soutenir le candidat de l’UMP ? Et dans le cas, peu probable, d’un second tour PS-Front National, quelle sera l’attitude des partisans du « ni-ni » à l’UMP ? Attendons ce soir. Les élections iraniennes qui n’ont aucun rapport et qui sont autrement plus importantes viennent de nous démontrer qu’il pouvait y avoir des surprises et que les « experts » se trompaient bien souvent dans leurs pronostics…

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