François Hollande ouvre ce matin la deuxième Conférence sociale pour l’emploi. Pendant deux jours, ministres, syndicalistes et patronat vont discuter de l’emploi, de la formation et, bien sûr aussi, des retraites. C’est « la » méthode Hollande, ce socialiste à la sauce social-démocrate. On réunit tout le monde autour de tables rondes, chacun avance ses propositions, s’indigne de celles des autres, on palabre un peu, on fait semblant de chercher un « consensus » et on se sépare en affirmant que les choses ont bien avancées, tout en reconnaissant que chacun est resté sur ses positions. Et on annonce qu’on se reverra plus tard. A première vue, c’est très gentil. C’est une forme de démocratie participative où chacun a la parole, même pour ne rien dire. A la réflexion, ce n’est que de la démagogie et un moyen facile pour le pouvoir de se défausser de ses responsabilités. Tout le monde connait la situation (catastrophique) du pays et les positions (irréconciliables) des protagonistes de la rencontre. La situation exige des mesures drastiques que ne peuvent que refuser nos syndicalistes arcboutés sur un système qui nous a jetés dans l’abîme. De quoi peut-on débattre et vers quel consensus pourrait-on arriver dès lors qu’on sait que le problème du chômage et celui des retraites ont pour seule origine l’effondrement de notre économie provoqué, en grande partie, par notre Etat-providence et omniprésent, le poids insupportable des charges, la tyrannie d’une législation du travail paralysante, les 35 heures et tout ce qui constitue la fameuse « exception française » dont nous sommes si fiers et qui nous a conduits à la ruine ? Imagine-t-on la CGT accepter l’âge de la retraite à 65 ans (comme dans la plupart des pays), le retour à la semaine des 40 heures (comme partout), l’alignement du calcul des retraites des fonctionnaires sur celui des salariés du privé (comme cela s’imposerait), une baisse substantielle des charges des entreprises (ce qui serait indispensable) ? Evidemment non. Les syndicats n’ont plus guère de « clients » (7% seulement des salariés sont syndiqués et encore ce sont pour la plupart des fonctionnaires) mais ils veulent sauvegarder leur fonds de commerce qui n’est rien d’autre que la défense aveugle de ce système d’ « avantages acquis ». François Hollande voudrait s’inspirer de l’exemple allemand. Il fait mine d’ignorer les différences fondamentales entre le syndicalisme allemand et le notre. De l’autre côté du Rhin, les syndicalistes, infiniment moins politisés que les nôtres, veulent participer au développement de l’économie nationale et, s’ils peuvent être durs dans les négociations, ils estiment qu’ils sont les partenaires (et non pas les ennemis) du patronat et acceptent les réformes imposées par les réalités. Chez nous, les syndicalistes refusent toujours les lois du marché, sont encore des adeptes de la lutte des classes et ne sont pas prêts d’enterrer la hache de guerre contre ces « salauds » de patrons qui prennent plaisir à licencier, tout en se gobergeant des bénéfices de leurs entreprises. Le dialogue que voudrait leur imposer Hollande ne peut donc être qu’un dialogue de sourds allant vers l’affrontement. Avec sa « boite à outils » Hollande ne peut que bricoler. Ses « emplois d’avenir » ne démarrent pas. Il en annonçait 100.000 cette année, on en est péniblement à 25.000. C’est pire encore pour les « contrats de génération ». Il en prévoyait 75.000, on en est à… 100 ! La loi de « Sécurisation de l’emploi » est impossible à mettre en œuvre. Le « Crédit d’impôt compétitivité emploi » n’est qu’une usine à gaz. Le bateau fait eau de toutes parts et le capitaine (de pédalo) déambule dans les coursives avec des rustines qu’il tente de coller sur la coque tout en demandant l’avis de l’équipage. Le rôle d’un chef d’Etat est de prendre des décisions, pas de présider des tables rondes, des colloques, des conférences, ni même de recevoir des rapports sur lesquels il s’assoit. En multipliant ce genre de palabres médiatiques, Hollande prouve qu’il cherche tout simplement à reculer (devant ses responsabilités) pour moins sauter (le pas). C’était prévisible, ce n’en est pas moins désolant.

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