Patauger est le mot qui vient à la bouche. Tout le monde patauge, en ce moment, dans ce joli pays. Le gouvernement patauge entre les chiffres de plus en plus mauvais du chômage et la promesse folle de François Hollande d’inverser avant la fin de l’année la fameuse courbe catastrophique des demandeurs d’emploi. Il patauge entre les engagements de rigueur (pour ne pas dire d’austérité) qu’il a pris à Bruxelles et ceux de croissance qu’il a faits devant les Français. Il patauge dans sa politique familiale en ne sachant plus s’il faut, ou non, réduire, voire supprimer les allocations familiales des foyers les plus aisés, ce qui, d’ailleurs, d’après un sondage récent, ne choquerait que 25% de nos compatriotes (sans doute les plus aisés). Il patauge avec les salaires de patrons, avec la Syrie, avec tout. L’opposition patauge tout autant si ce n’est plus, avec un chef contesté et donc discrédité et un « cocu de l’histoire » qui, ne sachant plus sur quel pied danser a pratiquement disparu des écrans. Elle a pataugé avec la loi sur le mariage des homosexuels et elle s’apprête à patauger avec la préparation des municipales de l’année prochaine, notamment à Paris. Et pendant ce temps, nous autres, simples spectateurs désolés et impuissants, nous pataugeons dans les scandales qu’on nous livre à la pelle. Takieddine, l’homme d’affaires (souvent louches) franco-libanais est placé en garde à vue. Il a été au cœur de la vente de sous-marins au Pakistan qui, avec des rétro-commissions, a, peut-être, servi à financer la campagne présidentielle de Balladur en 1995. Mais il pourrait bien aussi avoir été mêlé à un hypothétique financement par Kadhafi lui-même de la campagne de Sarkozy en 2012. L’ancien haut magistrat Pierre Estoup, l’un des trois « arbitres » de l’affaire Tapie-Crédit Lyonnais, est poursuivi pour « escroquerie en bande organisée ». La justice reproche à cet homme qu’on pouvait croire au-dessus de tout soupçon d’avoir favorisé Tapie dont il pourrait bien avoir été un copain, ce qui n’était pas le cas de Christine Lagarde qui est pourtant fâcheusement impliquée dans cette affaire alors, mais on l’a oublié, que c’est Jean-Louis Borloo, éphémère ministre des Finances en 2007, qui a lancé cette idée (bien contestable) d’un arbitrage « privé » dans le contentieux Tapie-Crédit Lyonnais. Tapie a tout de même touché 403 millions grâce à cet arbitrage. Quant au juge Gentil qui mène à Bordeaux l’enquête sur l’affaire Bettencourt, il pourrait bien être dessaisi du dossier. Les Français ne s’y retrouvent plus dans tous ces scandales qui donnent la nausée avant même d’avoir été élucidés. Tout au plus remarquent-ils que ces affaires trainent depuis des années et que, comme par hasard, elles concernent toutes Sarkozy et son entourage de jadis. Comme si la justice dont certains contestent l’indépendance, voire l’honnêteté, voulait faire oublier l’affaire Cahuzac et les malversations de plusieurs fédérations socialistes de province, tout en mettant tout en place pour empêcher un éventuel retour en scène de ce même Sarkozy. Cela dit, il n’y a aucun doute que ce fameux Takieddine n’est pas au-dessus de tout soupçon, que le financement de la campagne de Balladur en 1995 était bizarre, que celui de celle de Sarkozy en 2012 n’est pas net, qu’il était aberrant que, dans l’affaire Tapie, l’Etat ait préféré un « arbitrage » entre amis plutôt que de s’en remettre à la justice de la République, que l’affaire Bettencourt (qui après avoir été une affaire Woerth est devenue une affaire Sarkozy) comporte encore bien des zones d’ombre et que la situation, actuelle de l’UMP incite bien des gens de droite à souhaiter un retour de l’ancien président. Mais à force de patauger, le gouvernement dans ses incohérences, son idéologie et sa médiocrité, l’opposition dans ses guerres des chefs, ses rancoeurs et ses haines, les Français dans ces scandales qui deviennent nauséabonds, tout le monde risque bien de se noyer dans un marécage dont l’eau pestilentielle ne fait que monter davantage chaque jour.

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