Depuis longtemps, un bon nombre de nos pseudo-experts, à la naïveté confondante, nous affirment, contre toute évidence, que l’Islam peut parfaitement faire bon ménage avec la démocratie, qu’il ne s’agit que d’une religion « comme les autres » qui ne déborde pas de la vie privée, que rien dans le Coran ne s’oppose aux valeurs de liberté et d’égalité qui sont les nôtres et qu’il ne faut surtout pas confondre quelques poignées d’extrémistes islamistes fanatiques avec les « braves » musulmans qui se contentent de faire leurs cinq prières quotidiennes, de respecter le Ramadan et, éventuellement, d’aller à La Mecque, tout en vivant sereinement au sein de nos sociétés occidentales. C’est d’ailleurs là le discours officiel que tous nos dirigeants, incapables de faire face aux innombrables problèmes de l’immigration, nous ressassent inlassablement avec la plus totale des mauvaises fois. Devant les inquiétudes de certains qui connaissent un peu le sujet, inquiétudes encore ravivées par le fiasco du fameux « printemps arabe » qui a amené à Tunis, à Tripoli et au Caire, non pas la démocratie annoncée mais des régimes islamistes, ces « bons esprits » nous sortaient immanquablement « le modèle turc ». A les entendre, le parti islamique-conservateur du Premier ministre Erdogan, au pouvoir à Ankara depuis 2002, avait su réaliser la synthèse entre Islam et démocratie et démontrer qu’on pouvait tout à fait être un adepte du Coran tout en respectant la liberté de chacun, l’égalité entre hommes et femmes et tous les droits qui nous semblent aujourd’hui fondamentaux dans une société si ce n’est civilisée du moins du XXIème siècle. Les progrès économiques incontestables de la Turquie, sa volonté d’entrer dans l’Europe et le souvenir d’Ataturk laissaient croire à ces « gogos » qu’Erdogan avait réussi l’impossible en mélangeant le Coran et la Déclaration des Droits de l’homme, les paroles du Prophète et le modernisme. Et ils nous racontaient alors qu’il ne fallait surtout pas s’inquiéter des « petites dérives » des nouveaux régimes issus du « printemps arabe » qui voulaient imposer la Charia à leurs peuples et n’hésitaient pas évoquer le Djihad contre l’Occident judéo-chrétien. Tout cela, nous disaient-ils, n’était que de pure forme, tout allait rapidement rentrer dans l’ordre et tout le monde, de Tunis au Caire, allait bien vite suivre « le modèle turc » et adopter un Islam modéré, raisonnable, « gentil » avec tout le monde. Les manifestations qui se déroulent actuellement à Istanbul et qui se propagent dans d’autres villes turques apportent un cinglant démenti à tous ces discours rassurants. Non, la Turquie d’Erdogan et de son parti l’AKP n’est pas un modèle de cohabitation pacifique entre l’Islam et la démocratie. Même si Erdogan a été élu et réélu le plus légalement du monde, il a instauré une véritable dictature (rampante) de l’Islam sans que l’Occident ait voulu s’en apercevoir. L’étude du Coran est désormais obligatoire dans les écoles, le port du voile est vivement conseillé (la propre épouse d’Erdogan ne le quitte pas), les minorités religieuses sont malmenées, la liberté d’expression est sévèrement contrôlée (des dizaines de journalistes sont en prison), le droit à l’avortement réduit, comme la consommation d’alcool, etc., etc. Ce qui ressemble à un début d’insurrection en Turquie a commencé parce qu’une poignée d’écologistes voulait sauver un petit parc du centre d’Istanbul qui devait être détruit pour laisser la place à un grand centre commercial. Mais rapidement tout a dégénéré. Et la place Taksim d’Istanbul s’est mise à ressembler à la place Tahrir du Caire, des milliers de Stambouliotes réclamant la démission d’Erdogan, l’abrogation de toutes les lois islamistes imposées les unes après les autres tout au cours des dernières années et la fin de ce « modèle turc ». La répression a été sans ménagement et ce « printemps turc » ne va sans doute pas renverser Erdogan qui est encore soutenu par une majorité de la population, notamment les classes les plus pauvres qui lui savent gré des progrès économiques qu’il a pu réaliser. Mais il serait temps que nos « experts » (et nos dirigeants) ouvrent les yeux et s’aperçoivent que, dès qu’il est au pouvoir, l’Islam, même s’il se dit « modéré », ne pense qu’à imposer sa loi dans tous les domaines. Les manifestants de la place Taksim, de gauche comme de droite, des communistes aux kémalistes, nous lancent un appel au secours et, plus encore, un signal d’alarme qu’il faut écouter. Non, « le modèle turc » ne prouve pas que l’Islam peut s’accommoder avec la démocratie. Au contraire même. Il démontre que dès qu’ils sont au pouvoir les Islamiques se transforment en Islamistes.

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