L’assassinat par trois skinheads d’un jeune étudiant d’extrême-gauche, Clément Méric, hier en plein Paris, est évidemment un crime odieux et chacun espère que la police pourra retrouver ces individus rapidement et les déférer devant la justice. Cela dit, attention ! Il serait inadmissible que la gauche se serve de ce drame pour attaquer la droite et la rendre responsable de cet acte de violence inouïe. Les skinheads (puisque tous les témoins les décrivent comme tels) sont des marginaux généralement nostalgiques de l’idéologie nazie, adeptes de la pire des violences et donc à la limite (souvent franchie) de la délinquance, mais sans aucune relation avec nos partis politiques. Rasés, tatoués, affublés de déguisements de cuir et de chaines, ce ne sont que des voyous de la pire espèce. Haïssant la société en général, ils n’ont évidemment rien à voir avec le débat politique. Or, la gauche semble déjà vouloir se jeter sur ce drame pour faire un amalgame inadmissible entre ces loubards et l’opposition. Toujours à la pointe de l’actualité dès qu’il s’agit de déraper et de verser dans le fanatisme, Pierre Bergé écrit textuellement ce matin : « L’immonde Barjot avait promis du sang. Le voilà qui éclabousse la démocratie et la République. Cette « manif pour tous » s’en rend-elle compte ? » Pour ce milliardaire ténor de l’homosexualité ce sont donc les adversaires du mariage gay qui ont défilé par centaines de milliers en famille dans les rues de Paris pour s’opposer à la loi Taubira qui seraient responsables de ce crime odieux. Même si l’évocation du « sang » par Frigide Barjot était évidemment maladroite, personne ne peut dire que les manifestants hostiles au mariage homosexuel aient été animés par la haine ou aient jamais prôné le recours à la violence. C’est Bergé lui-même qui, qualifiant Frigide Barjot d’« immonde », fait preuve de haine et d’irresponsabilité en voulant, de toute évidence, aggraver la fracture que cette loi a provoquée dans la société française. On se souvient de l’affaire de Carpentras, en 1990, quand les plus hautes autorités de l’Etat avaient accusé le Front National d’être responsable de la profanation d’un cimetière juif. Des mois d’enquête permirent de découvrir que les coupables n’étaient que de petits loubards locaux, antisémites, en mal d’émotions fortes mais sans aucun lien avec le parti de Jean-Marie Le Pen. L’amalgame est une des plaies de notre vie politique et c’est Pierre Bergé lui-même qui, aujourd’hui, « éclabousse la démocratie ». On ose espérer qu’il ne sera pas suivi par d’autres.

Mots-clefs : , ,